Zhou Yong­kang, l’ami de trente ans de Bo Xilai

Alors que l’arrestation de Bo Xilai avait profon­dé­ment « ému » les médias inter­na­tio­naux en tentant de le faire passer pour un martyre, la mise en accu­sa­tion de Zhou Yong­kang est passée quasi­ment inaper­çue. Les points communs sont pour­tant nombreux, ce d’autant plus que l’ancien membre perma­nent du bureau poli­tique et ex-ministre de la Sécu­ri­té a pesé de tout son poids dans l’ascension et la protec­tion de Bo Xilai. Parfai­te­ment au courant des agis­se­ments douteux de son proté­gé à ses anciens postes, Zhou Yong­kang l’a couvert et même promo­tion­né. Physi­que­ment et dans son mode de fonc­tion­ne­ment, Zhou Yong­kang possède certaines ressem­blances avec notre Charles Pasqua « Natio­nal », ce qui peut être une raison du silence des médias fran­çais au nom du célèbre « On a les mêmes à la maison ».

― Le silence des moutons

Pour­quoi ces mêmes médias ont-ils pris fait et cause pour Bo Xilai, mafieux notoire aidé par son épouse avocate inter­na­tio­nale ? Au nom du forma­tage intel­lec­tuel subi par les sala­riées de la presse voyant en Bo Xilai un outil de propa­gande contre le régime poli­tique chinois. Zhou Yong­kang faisant offi­ciel­le­ment partie de ce système criti­qué pour plaire au grand-frère améri­cain, il devient compli­qué de prendre la défense de ce que les jour­na­listes sont censés dénon­cer. Rassurez-vous, les médias se remet­tront de cette contra­dic­tion en exploi­tant comme habi­tude l’amnésie collec­tive et le forma­tage de l’opinion publique.

― L’immobilier porte-malheur

villaLa villa sur la Côte d’Azur de la famille Bo Xilai a beau­coup contri­bué à la déchéance publique de l’ancien secré­taire géné­ral de Chong­qing. Dans le cas de Zhou Yong­kang, c’est une villa en Cali­for­nie qui a été donnée en pâture à l’opinion publique chinoise. D’une valeur esti­mée de 850 000 $, cette rési­dence située au sud de Sacra­men­to a été ache­tée par Zhou Yong­kang, avec ses parents pour prête-nom. Il faut préci­ser que les USA, Zhou Yong­kang connaît bien après avoir passé l’essentiel de sa carrière dans le secteur du pétrole. Cette villa n’est bien enten­du que la partie émer­gée de l’iceberg et sa présence n’a été révé­lée que pour donner de la matière concrète à l’enquête visant l’ancien membre du Polit­bu­ro.

― De la rumeur à la mise en accu­sa­tion

Dès l’an dernier, des rumeurs concer­nant la mise en accu­sa­tion de Zhou Yong­kang avaient parcou­ru le web. Rapi­de­ment démen­ties, elles avaient alors quelque peu terni l’image de la nouvelle équipe diri­geante se présen­tant comme rempart contre la corrup­tion. Si ces fuites plus ou moins orga­ni­sées étaient fondées, il manquait des preuves irré­fu­tables des agis­se­ments de Zhou Yong­kang, un ancien haut diri­geant ne pouvant être accu­sé à la légère. C’est une fois sûr des faits que la commis­sion de disci­pline du PCC a action­né le levier ouvrant la trappe sous les pieds de celui qui en Chine fait partie des person­na­li­tés les plus détes­tées. Si pour l’instant la sanc­tion est interne au PCC, le dossier devrait être trans­mis à un tribu­nal d’ici à quelques mois, ce qui permet­tra à Zhou Yong­kang de rejoindre son ami Bo Xilai. Comment les preuves ont-elles été établies ? Pour une part grâce à la contri­bu­tion de plusieurs mafieux du Sichuan derniè­re­ment jugés et qui ont ainsi vu leurs peines adou­cies. L’enquête judi­ciaire devrait égale­ment mettre en cause certains membres de la famille de Zhou Yong­kang, des rela­tions et autres béné­fi­ciaires du réseau mis en place par Zhou Yong­kang.

― La fin d’un système, le début d’un autre ?

Pour la Chine ce ne seront que quelques corrom­pus de moins, mais pour le gouver­ne­ment un signe fort à desti­na­tion de l’opinion publique chinoise que les diri­geants mettent en appli­ca­tion leurs promesses quel que soit le niveau des personnes mises en cause. Contrai­re­ment aux anciens diri­geants natio­naux qui s’appuyaient sur le PCC et son maillage de respon­sables poli­tiques locaux, Xi Jinping semble privi­lé­gier l’option popu­laire sans doute consi­dé­rée comme moins sensible aux modes. Réali­té ou poudre aux yeux ? Réponse dans quelques années.