Y a-t-il un capi­taine sur le navire ?

pays richesQue ceux qui me reprochent parfois ma béati­tude ou naïve­té sur la réali­té de ce pays regardent le bandeau du site, ils verront qu’est écrit : La Chine des uns, la Chine des autres, et je leurs promet que le jour où les médias seront deve­nus objec­tifs, je ferme­rai ce site dans la minute suivante.

La Chine est en effet encore un pays pauvre et il suffit pour s’en rendre compte de sortir un peu des sentiers battus, tant physi­que­ment que de manière idéo­lo­gique. Il existe en Chine une classe riche, même si celle-ci dispose de moins de richesses que son homo­logue améri­cain :

20 % de la popu­la­tion déte­nant 50 % des richesses en Chine,

10 % de la popu­la­tion détient 70 % des richesses aux U.S

Existe égale­ment dans ce pays une classe dite moyenne, qui si elle augmente régu­liè­re­ment, est loin d’atteindre le pour­cen­tage des pays dits riches, d’autant plus que les statis­tiques se limitent bien souvent aux zones urbaines, délais­sant ainsi une majeure partie du terri­toire. Qu’une majo­ri­té de Chinois vivent mieux qu’il y a trente ans, cela est incon­tes­table, mais toutes les études montrent que les inéga­li­tés sociales se creusent du fait que si les pauvres sont moins pauvres, les riches et la classe moyenne évoluent plus rapi­de­ment.

Dans nos pays, ce fossé qui a égale­ment exis­té a été progres­si­ve­ment comblé par des aides sociales visant les plus défa­vo­ri­sés , et ce, tant en matière de loge­ment qu’au travers de bourses desti­nées aux étudiants et à un système de salaire mini­mum obli­ga­toire. Pour pouvoir être mis en place, un tel système demande à ce qu’une majo­ri­té de la popu­la­tion issue des classes riches et moyennes soit apte à verser les divers prélè­ve­ments obli­ga­toires, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui en Chine.

Le pour­cen­tage de la popu­la­tion dispo­sant de reve­nus corrects, à rela­ti­vi­ser à l’échelle du niveau de vie du pays, est de l’ordre de 57 %, soit un peu plus de la moitié, ce chiffre se révé­lant ainsi insuf­fi­sant pour venir en aide aux 43 % restants. Des prélè­ve­ments d’envergure sur cette partie de la popu­la­tion auraient en effet pour fina­li­té d’appauvrir consi­dé­ra­ble­ment la partie basse de cette classe, et deman­dant ainsi à la tranche la plus haute des efforts finan­ciers qui devien­draient démo­ti­vant, prendre aux plus riches pour donner aux plus pauvres n’ayant jamais fonc­tion­né dans aucun pays.

D’après certaines études, il faudrait donc attendre que cette classe moyenne atteigne les 80 % pour pouvoir envi­sa­ger un système de répar­ti­tion des richesses basé sur des prélè­ve­ments obli­ga­toires. Cette classe moyenne ayant augmen­té de 46 % en cinq ans, on pour­rait penser que ce chiffre peut être rapi­de­ment atteint, et ce, pour peu que le PIB conti­nue sur la même courbe ascen­dante que celui qu’il connaît depuis des années. Rien n’est pour­tant moins sûr, car, une majeure partie de cette évolu­tion étant basée sur les expor­ta­tions, la Chine se doit de main­te­nir une produc­ti­vi­té à bas coût, ce qui a un effet direct sur les rému­né­ra­tions, la concur­rence d’autres pays se révé­lant de plus en plus rude, et la crise écono­mique touchant les pays riches rédui­sant le volume des achats. Reste bien enten­du l’hypothèse de déve­lop­per le marché inté­rieur, mais là cette volon­té se heurte au chiffre cité plus haut, faisant que presque la moitié de la popu­la­tion n’a pas les moyens de consom­mer, du moins dans la gamme des produits actuel­le­ment desti­nés à l’exportation.

En admet­tant toute­fois que dans un avenir plus ou moins loin­tain, ce chiffre de 80 % puisse être atteint, les auto­ri­tés risquent de se heur­ter à un fort mécon­ten­te­ment social venant des classes moyennes qui ne verraient pas d’un bon œil une partie de leurs efforts s’envoler au béné­fice d’une classe plus modeste et qui à leurs yeux auraient accès à des avan­tages dont eux-mêmes seraient privés du fait de leur posi­tion sociale. Ce mécon­ten­te­ment aurait pour effet de mettre en danger le système actuel, mais égale­ment ses diri­geants, ce que ceux-ci ne souhaitent bien évidem­ment pas. Un autre risque rela­tif à cette agita­tion sociale serait de provo­quer la chute du système, entraî­nant tant son lot d’instabilité que de manières inéluc­tables la mise au pouvoir de diri­geants issus des classes aisées, puisqu’à la base du mécon­ten­te­ment, ce qui n’apporterait rien pour les plus modestes, si ce n’est le spectre d’une nouvelle guerre civile.

C’est cette situa­tion ambi­guë qui explique sans doute les progrès à petits pas vers une meilleure répar­ti­tion, trop peu visible à l’heure actuelle, et qui a pour but de tenter de conci­lier la plus grande partie de la popu­la­tion. Garder des pauvres pour alimen­ter les usines, mais égale­ment montrer à une classe sociale moyenne gran­dis­sante que son niveau de vie évolue par compa­rai­son, tel semble être le système adop­té qui, s’il est loin d’être satis­fai­sant, main­tient la paix sociale du moins pour l’instant.

Cette solu­tion d’attente, et sans doute de raison, ne peut toute­fois cacher qu’il faudra un jour que les respon­sables expliquent aux classes les plus aisées que l’image de gran­deur d’un pays passe par la réduc­tion des inéga­li­tés sociales, et ce au prix d’efforts consen­tis au béné­fice des plus dému­nis, ce qui est loin d’être gagné dans un pays où il y a 40 ans 90 % de la popu­la­tion devait tout parta­ger par idéo­lo­gie impo­sée, et où il y a 30 ans a été décla­ré que l’enrichissement person­nel était une bonne chose. C’est sans doute cette oppo­si­tion entre deux direc­tions diamé­tra­le­ment oppo­sées, et ce, à quelques années d’intervalles, qui pose le plus de ques­tions aux Chinois, se deman­dant parfois quelle sera la prochaine de ces contra­dic­tions, et qui dans l’attente empochent le maxi­mum de béné­fices, même si cela se fait au détri­ment de leur voisin.

C’est sans doute cette situa­tion où l’on contre­dit aujourd’hui ce qui était décrit comme étant une certi­tude hier, qui donne cet élan vers un chacun-pour-soi menant vers un mur qui s’il est encore loin­tain se rapproche de manière inéluc­table. La seule espé­rance reste un nouveau coup de gouver­nail chan­geant une fois de plus la direc­tion de ce navire chinois dont l’équipage semble aujourd’hui bien plus occu­pé à regar­der les belles plages enso­leillées qu’à s’occuper de l’entretien du bâti­ment qui certes flotte, mais a parfois tendance à tanguer dange­reu­se­ment, sans doute secoué par ces chan­ge­ments perma­nents de cap.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.