Xi Jinping en chute verti­gi­neuse dans les sondages d’opinion

[dropcap]I[/dropcap]l n’y a pas en Chine de sondages sur la cote de popu­la­ri­té des diri­geants, mais les oreilles valent large­ment tous les insti­tuts spécia­li­sés. A l’occasion d’un repas regrou­pant un « échan­tillon repré­sen­ta­tif de la popu­la­tion », j’ai pu ainsi me faire une idée de la popu­la­ri­té de l’équipe diri­geante. Après avoir atteint des sommets, la courbe est nette­ment à la baisse, pour ne pas dire en chute libre. Si la campagne anti-corruption et les restric­tions impo­sées aux diri­geants locaux ont été très majo­ri­tai­re­ment bien accueillies dans un premier temps, les effets colla­té­raux se font à présent sentir, et ce dans l’ensemble des couches sociales.

Un ami qui travaille dans une entre­prise d’État riait il y a encore peu de temps des limi­ta­tions de dépenses impo­sées à ses supé­rieurs hiérar­chiques. Fini les repas dans les grands restau­rants, l’achat de voitures au nom de l’entreprise, mais dont certaines n’étaient utili­sées que par l’épouse ou le fiston. Le Nouvel An est venu tempé­rer sa joie avec la dispa­ri­tion des cartes d’achat gratuites dans certains maga­sins et l’enveloppe rouge tradi­tion­nelle. Xi Jinping devient dès lors tout juste bon à jeter aux orties après m’avoir expli­qué que la Chine reve­nait à l’époque de la Révo­lu­tion cultu­relle avec une « chasse aux sorcières idéo­lo­gique ». Il y a seule­ment trois mois, les propos étaient très diffé­rents avec un « La Chine est enfin en train de se nettoyer ». Visi­ble­ment, la lessive se révèle bien plus effi­cace que prévu en allant cher­cher la moindre tache.

Cet autre invi­té fait quant à lui partie d’une classe sociale chou­chou­tée par les médias occi­den­taux : les paysans. Souvent présen­tés par la presse étran­gère comme des martyres du système commu­niste du fait des expro­pria­tions, il a été mis de côté que les mani­fes­ta­tions paysannes n’avaient très majo­ri­tai­re­ment pour fina­li­té que de faire monter par tous les moyens les enchères sur le montant de l’indemnisation portant sur des terrains dont les paysans n’ont jamais été proprié­taires. Cela préci­sé, il faut toute­fois ajou­ter que ces procé­dures ont permis aux respon­sables locaux de se gaver d’argent détour­né.

Époque révo­lue et les dernières expro­pria­tions en date se font d’une manière très diffé­rente. Les roite­lets locaux du PCC ne pouvant plus se servir en toute impu­ni­té, les paysans expro­priés en font les frais de manière très directe. Lors du repas, ce jeune paysan expro­prié il y a quelques mois a expli­qué que le montant de l’indemnisation avait été fixé après négo­cia­tions à 600 000 yuans. Une fois la somme parta­gée avec sa mère et ses 4 frères et sœurs, c’est donc 100 000 yuans qui devaient lui reve­nir. Chan­ge­ment de système oblige et dispo­ni­bi­li­tés moins impor­tantes font que l’indemnisation a pris un autre aspect. Plus ques­tion pour le gouver­ne­ment local de verser de l’argent que de plus il n’a pas, ce même si le montant du dédom­ma­ge­ment reste le même. La famille de paysans va en effet se voir remettre le titre de proprié­té d’un terrain d’une valeur équi­va­lente à 600 000 yuans. Contrai­re­ment à la terre agri­cole, ce terrain sera construc­tible, ce qui en augmente la valeur, mais en dimi­nue la surface. Le gouver­ne­ment local n’ayant qu’hérité des terres lors de la collec­ti­vi­sa­tion, cette opéra­tion ne lui coûte rien, ce qui est le but suprême. Reste à la famille de paysans à négo­cier elle-même la vente du terrain où à y construire à ses frais des loge­ments.

Gérante d’un maga­sin de vête­ments, cette femme d’une quaran­taine d’années pestait souvent contre les manières peu ortho­doxes des agents du minis­tère du Commerce. En échange de taxes moins élevées, ceux-ci s’habillaient en effet en même temps que leur famille à moindres frais. Fini « les cadeaux » impo­sés, ce qui ne ravit pas pour autant la commer­çante. Elle doit verser les taxes prévues par la loi et celles-ci se révèlent très large­ment supé­rieures à ce qu’elle offrait aupa­ra­vant. Inutile de préci­ser que sa joie de ne plus voir les agents du minis­tère venir faire leurs emplettes gratui­te­ment a lais­sé la place à la colère.

S’ajoutent la dizaine de restau­rants ayant dû fermer leurs portes, suite à une subite baisse de fréquen­ta­tion de la part des repré­sen­tants du peuple, des maga­sins d’alcool de luxe voyant leur chiffre d’affaire en chute libre et les direc­teurs d’écoles ne rece­vant plus des enve­loppes bien remplies en échange de l’inscription d’un enfant n’ayant pas le niveau requis, mais des parents finan­ciè­re­ment aisés.

Au fur et à mesure, le rêve chinois se trans­forme en cauche­mar pour les mêmes qui se féli­ci­taient des chan­ge­ments. Cela ne peut que nuire à l’image des diri­geants et nombreux sont ceux qui commencent à regret­ter l’époque précé­dente. S’il n’y a que peu de chances (ou de risques) d’une marche arrière, il va falloir quelques années pour que la popu­la­tion s’habitue à vivre comme dans les pays modernes et civi­li­sés, c’est-à-dire où tout est stric­te­ment enca­dré, un peu comme dans une dicta­ture.