Vous savez ce qu’elle vous dit la Marine fran­çaise ?

pays émergentNon il ne s’agit pas d’un énième remake du film de Pagnol, mais du débat télé­vi­sé ayant oppo­sé hier quelques valets des médias à Marine Lepen. Entre deux aboie­ments des pseu­do jour­na­listes, dési­rant à tout prix montrer leurs prothèses dentaires pour méri­ter leur salaire, Marine Lepen a tout de même pu s’exprimer. Dans ce genre d’émissions, on se demande souvent pour­quoi est invi­tée une person­na­li­té quel­conque puisque la fina­li­té est de remar­quer la verve de tel ou tel inter­vie­wer, et ce bien plus que d’écouter ce que le candi­dat veut dire sur des sujets précis.

En dehors de ces grosses ficelles promo­tion­nelles qui font des présen­ta­teurs les acteurs prin­ci­paux de cette campagne de marke­ting, la porte-parole et chef de file du FN a donc déve­lop­pé son argu­men­taire élec­to­ral. Pour ces détrac­teurs elle n’a bien évidem­ment pas été convain­cante alors que pour ses « pom pom girls » elle a été au contraire brillante, preuve que le yin et le yang ne sont pas des valeurs stric­te­ment asia­tiques.

Il faut tout d’abord noter que comme pour tous les candi­dats à cette élec­tion, les problèmes viennent des autres, sous-entendu les partis concur­rents, les Fran­çais eux étant mis hors de cause tant ils sont « mouto­ni­sés » et ne sont respon­sables de leur avenir que deux jours tous les cinq ans. En dehors des recettes stan­dards consti­tuées par la dimi­nu­tion de l’immigration et autres mesures sécu­ri­taires ayant pour but de faire plai­sir à l’électeur deux éléments valent eux la peine d’être rele­vés.

En premier lieu, Marine Lepen prône la sortie de l’Euro, une des causes de tous nos maux puisque comme tout le monde le sait le Franc était une valeur sûre avant la mise en place de la monnaie unique, et ce même si le Mark ou la Livre nous faisaient la nique. Cette sortie du système moné­taire euro­péen aurait bien évidem­ment un coût, esti­mé à 12 points de PIB par la candi­date fron­tiste. Ces 210 milliards de pertes seraient contre­ba­lan­cés en partie par une mesure sortie de derrière quelques cerveaux visi­ble­ment usés avant l’heure.

Si la candi­date ne prévoit pas de restau­rer la taille et la gabelle, ce sont les droits de douane supplé­men­taires qui devraient rappor­ter 40 milliards supplé­men­taires. Cette hausse des droits d’entrée serait bien évidem­ment aména­gée en fonc­tion des pays expor­ta­teurs, ce qui sans le dire vise bien évidem­ment la Chine et autres pays émer­gents. En dehors du fait que ces augmen­ta­tions des droits seront suppor­tées en tout ou partie par le consom­ma­teur dont il faudra par consé­quent augmen­ter les salaires, l’aspect déma­go­gique est lui certain. Le montant en valeur des impor­ta­tions en prove­nance de Chine ne repré­sente en effet que 8 % du total des impor­ta­tions fran­çaises et il va donc falloir se fâcher avec d’autres pays dont une bonne partie d’Européens. Sur les 400 milliards d’euros de produits impor­tés, 54 % proviennent de l’Union euro­péenne, près d’un tiers prove­nant d’Allemagne. Si cette mesure venait à voir le jour, et en ce qui concerne la Chine, elle ferait plai­sir à des socié­tés telles Boeing ou encore à de nombreux expor­ta­teurs mondiaux puisqu’il y a de fortes chances que le renvoi d’ascenseur aurait rapi­de­ment lieu.

Un autre projet de Marine Lepen est de réin­dus­tria­li­ser le pays, avec pour consé­quence la créa­tion de 500 000 emplois indus­triels. Liés à la hausse des droits de douane, certains produits impor­tés devien­draient de fait non concur­ren­tiel face à d’éventuels concur­rents locaux. Mis à part le fait qu’il s’agirait dès lors de travaux d’assemblages pour lequel nos bacs + 10 seront formés, il reste­ra à trou­ver les matières premières par exemple les terres rares indis­pen­sables à la fabri­ca­tion de tout appa­reil un peu High Tech. À moins de trou­ver et d’exploiter quelques mines locales forts polluantes, il faudra deman­der aux Chinois de nous vendre ce qu’ils possèdent à 95 %, ce qui est loin d’être gagné. À moins que la candi­date du FN n’ait dans l’idée de récu­pé­rer la produc­tion des centaines de gadgets à base de PVC, ce qui promet de belles bagarres lorsque l’on connaît les problèmes auxquels sont confron­tés certains maires vis-à-vis de leur popu­la­tion lorsqu’il s’agit de créer la moindre unité indus­trielle.

Beau­coup de déma­go­gie donc dans tout cela, mais le cadre élec­to­ral s’y prête du fait qu’il s’agit de laver plus blanc que son voisin, du moins en appa­rence. Se recro­que­viller n’a jamais été le signe d’évolution d’un grand pays que veut et peut encore être la France. Au lieu de valo­ri­ser les projets ambi­tieux et les personnes de valeurs, le vent est de s’exclure d’une planète qui il faut le rappe­ler est ronde. Fermer ses fron­tières au XXI ème siècle peut lais­ser croire à une solu­tion, mais celle-ci n’est qu’une faci­li­té ne menant à rien, à moins que ses fron­tières ne soient celles de l’ancien empire colo­nial si regret­té par certains.