Voitures des villes, voitures des champs

Dans

Inau­gu­ré en 2007 en même temps que la tranche de nouveaux loge­ments le bordant, ce terrain de basket-ball est progres­si­ve­ment deve­nu un parking perma­nent. De quelques voitures à usage profes­sion­nel appar­te­nant à l’entreprise où je réside, ce lieu autre­fois dédié au sport est aujourd’hui occu­pé par des dizaines de véhi­cules qui sont la proprié­té d’employés de la socié­té.

Quatre ans sont un laps de temps très court dans la vie d’un pays, mais ont suffi à chan­ger radi­ca­le­ment bien des aspects de la vie quoti­dienne. Certains de ceux-ci sont posi­tifs, d’autres étant plus pervers dans leur appli­ca­tion en risquant de corrompre un équi­libre envi­ron­ne­men­tal déjà précaire. Bien des Chinois se sont « moder­ni­sés » et ce même dans les zones rurales, copiant ainsi ce qui se fait dans les villes où les cita­dins ont eux-mêmes suivi ce qui se fait en occi­dent. Cet aligne­ment compor­te­men­tal de ce qui se fait parfois de pire, auquel il faut ajou­ter à des spéci­fi­ci­tés locales est les prémices de ce que sera la Chine dans vingt ans.

Vendre à tout prix des voitures, voire à n’importe quel prix, a certes déve­lop­pé le marché inté­rieur et a parti­ci­pé à l’évolution globale du pays, mais cela au détri­ment d’une vie plus proche de ce à quoi les « Occidentaux-modèles » aspirent de nos jours. Rattra­per un retard accu­mu­lé alors que bien d’autres nations font volon­tai­re­ment marche arrière dans bien des domaines (en l’occurrence, moins de trans­port indi­vi­duel pour plus de covoi­tu­rage ou trans­ports en commun, renou­vel­le­ment moins fréquent des véhi­cules indi­vi­duels, achat d’une voiture d’occasion plutôt que neuve…): rattra­per ce retard, tel est l’objectif d’une popu­la­tion n’ouvrant plus les yeux que pour regar­der son clas­se­ment social sur l’échelle du stan­ding.

S’il est bien enten­du incon­ce­vable d’expliquer à ces habi­tants de zones rurales qu’ils ne peuvent avoir accès aux mêmes biens de consom­ma­tion que leurs homo­logues cita­dins, il faudra toute­fois un jour prochain les mettre devant une triste réali­té. Déjà problé­ma­tique dans les agglo­mé­ra­tions plus ou moins prépa­rées à cet afflux de trafic, les zones rurales posent bien plus de soucis du fait de struc­tures inadap­tées. Construire un parking souter­rain ou aérien deman­dant de lourds inves­tis­se­ments pour une renta­bi­li­té rare­ment au rendez-vous, je vous laisse imagi­ner ce que donne quelques centaines de voitures supplé­men­taires dans un village où il y a encore peu les buffles tirant une char­rette étaient plus nombreux que les deux ou quatre-roues.

Les Chinois se garant majo­ri­tai­re­ment n’importe comment, ils ont dû égale­ment apprendre à se garer n’importe où, ce qui toute­fois ne leur pose pas de problèmes insur­mon­tables puisqu’étant très doués dans ce domaine. Dans un pays où le terrain construc­tible est l’objet de toutes les spécu­la­tions, trou­ver sa place, où plutôt celle de son véhi­cule devient progres­si­ve­ment un parcours du combat­tant, et ce même dans les zones rurales où l’espace est appa­rem­ment moins comp­té. Il serait bien sûr possible à ces « heureux proprié­taires » de garer leur véhi­cule au premier niveau de leur loge­ment. Mais ce que nous nommons chez nous rez-de-chaussée est majo­ri­tai­re­ment occu­pé par un commerce dont les reve­nus tirés direc­te­ment ou par la loca­tion servent juste­ment à rembour­ser les mensua­li­tés du crédit accor­dé pour l’achat du véhi­cule. La voiture pour­rait être garée sur le trot­toir, puisque dans bien des cas faisant partie de l’habitation, mais celui-ci est souvent loué à des restau­rants de rues, là encore pour en reti­rer un béné­fice utili­sé pour payer le carbu­rant.

On se gare donc chez les autres ou ailleurs dès que la moindre petite place est dispo­nible. Il est ainsi courant de voir des conduc­teurs tour­ner dans les rues durant plusieurs dizaines de minutes à a recherche de cet empla­ce­ment si convoi­té. Partant du prin­cipe qu’à chaque problème est lié une solu­tion, il ne reste plus à ces cher­cheurs de places que de prendre leur chère voiture pour trou­ver ce qui résou­dra le souci qu’ils se sont eux-mêmes créé. Le beurre, l’agent du beurre, la crémière, telle est l’équation qui devra être réso­lue, tout en sachant que même dans les pays dits plus évolués les déci­sions en la matière n’ont jamais brillé par leur effi­ca­ci­té réelle.