Violence à tous les étages (I)

Pour de nombreuses raisons, la Chine est un pays complexe. Parve­nir à le décrire, ou à l’expliquer pour les plus préten­tieux, est-il lié à la durée du séjour ? C’est ce que j’ai pensé dans un premier temps et même dans un deuxième. Après bien­tôt douze ans en Chine, certains aspects que je pensais être des certi­tudes s’éloignent pour abou­tir à bien plus de ques­tions que de réponses. Parmi mes inter­ro­ga­tions figure cette violence aisé­ment visible parce que quoti­dienne, ce même si elle n’occupe pas une place majeure dans la liste des préoc­cu­pa­tions de la popu­la­tion.

Signe des inéga­li­tés sociales ou du fossé inter­gé­né­ra­tion­nel ? Je laisse ces analyses récur­rentes à leurs fabri­cants, le plus souvent des jour­na­listes produc­teurs de clichés. Pour­quoi nier ce que répètent certains médias dont les sala­riés sont payés pour plaire aux lecteurs et non pas pour infor­mer ? Pour la simple raison qu’il ne s’agit pas de la réali­té de terrain. Les quelques exemples qui suivent sont à multi­plier par des milliers de cas, et ce dans toutes les régions du pays :

  • violence-2Dans une rue, une dizaine d’adolescents prennent en chasse un élève de la même école. Sa faute : avoir « conquis » le cœur d’une jeune fille scola­ri­sée dans le même établis­se­ment. Les « chas­seurs » sont armés de manches en bois, de couteaux et des incon­tour­nables hachoirs. La « proie » est repé­rée dans une rue commer­çante et battue durant plusieurs minutes. Il parvient à s’échapper, mais est rattra­pé par la meute. Le jeune homme aban­don­né gît dans une mare de sang et décède avant l’arrivée des services médi­caux d’urgence.
  • violenceAutre querelle d’adolescents amou­reux, mais cette fois entre filles. L’une d’entre elles est frap­pée par plusieurs autres durant une pause entre deux cours. Gifles et coups de pieds pleuvent sur la gamine forcée de s’agenouiller. Lais­sée inani­mée, elle est hospi­ta­li­sée et reste plusieurs jours dans le coma. Les consé­quences sont d’importantes séquelles au niveau du cerveau dont un trau­ma­tisme majeur impo­sant une assis­tance perma­nente et défi­ni­tive pour les tâches quoti­diennes de la vie.
  • violence4Un poli­cier de la route demande ses papiers à la proprié­taire d’une Audi Q7 mal garée. La réponse de cette femme d’une quaran­taine d’années est : « Tu as vu la voiture que j’ai (plus de 80 000 €) et tu me demandes mes papiers ? ». Insen­sible à cet argu­ment, le poli­cier réitère sa demande, ce qui lui vaut de rece­voir une monu­men­tale gifle qui le projette à terre. La femme s’acharne ensuite sur lui en lui assé­nant de violents coups de pieds dans la figure.
  • violence3Cet homme de 70 ans prend le bus d’une ligne urbaine pour rendre visite à son fils. Arri­vé à l’arrêt final, il tente de descendre par la porte avant du véhi­cule. Le chauf­feur refuse en lui indi­quant que la descente se fait obli­ga­toi­re­ment par la porte arrière. Bien que les agres­sions de chauf­feurs de bus soient fréquentes lorsque ces véhi­cules sont confon­dus avec des taxis, l’âge du passa­ger laisse présa­ger une réso­lu­tion paci­fique du problème. C’est au contraire la violence qui inter­vient, le septua­gé­naire frap­pant le chauf­feur à plusieurs reprises avant de descendre par la porte arrière en y étant pous­sé par les autres personnes présentes dans le bus.

Ces réac­tions violentes n’ont rien d’exceptionnel et sont même parfai­te­ment inté­grées à la vie quoti­dienne, tous milieux sociaux et profes­sion­nels confon­dus. Personnes non civi­li­sées, manque d’éducation ou réac­tions liées au système poli­tique chinois, telles sont les réponses habi­tuelles et forma­tées de ceux et celles qui veulent se convaincre de leur supé­rio­ri­té géné­ti­que­ment acquise, ache­tée ou impo­sée par une certaine ligne édito­riale profes­sion­nelle ou person­nelle.

Ce qui est « amusant » est que ce sont souvent ces mêmes personnes qui se présentent en grands défen­seurs des diffé­rences cultu­relles entre les peuples, les ethnies et autres. Il s’agirait donc d’une profonde diffé­rence cultu­relle ? Mes discus­sions sur ce sujet avec des Chinois de tous âges et de diverses origines sociales ne m’ont pas appor­té de réponse abso­lue, mais vont dans ce sens. Bien évidem­ment, ces réponses se révèlent diffi­ciles à comprendre pour un occi­den­tal ayant reçu ce que nous nommons une « certaine éduca­tion ». Dans les faits il ne s’agit que d’un système parmi d’autres. Ces expli­ca­tions de ce qui serait ailleurs le scéna­rio d’un film d’action et parfois de science-fiction consti­tue­ront l’essentiel du prochain article.