Vinex­po 2010, ce vin qui berce tant d’espoirs.

berse 2010Le salon Vinex­po, qui se tient les 25,26 et 27 mai à Hong Kong, est comme chaque année l’occasion pour les pays produc­teurs de présen­ter leurs derniers crus, plus ou moins adap­tés à une clien­tèle asia­tique deve­nue depuis quelques années le centre d’intérêt des viti­cul­teurs et négociants.

Parmi ces pays regar­dés avec des yeux remplis d’envie, la Chine occupe une place de choix du fait de ce sempi­ter­nel poten­tiel de clien­tèle qui dans les faits se révèle souvent loin des espérances.

Il est bien enten­du mis en avant l’augmentation des ventes, oubliant bien souvent que celle-ci n’a pas toujours un lien réel avec une évolu­tion de la consom­ma­tion. Si en effet de plus en plus de restau­rants et de KTV acceptent le dépôt d’une certaine quan­ti­té de vin dans leurs établis­se­ments, ces bouteilles ne sont payées par le proprié­taire que lorsque celles-ci sont vendues, ce qui se révèle être bien diffé­rent d’une vente directe au consommateur.

Ce phéno­mène, aisé­ment consta­table sur le terrain, a pour effet de contre­dire quelque peu le soudain engoue­ment des Chinois pour une bois­son qui n’est pas cultu­rel­le­ment la leur. Que ce soit en effet le fromage ou tout autre produit ayant subi une fermen­ta­tion, les bases du taoïsme décon­seillent ces produits, censés alté­rer l’intérieur du corps humain, et même si ces préceptes ne sont pas appris de manière écrite, ils font partie inté­grante de leurs traditions.

Certes, les menta­li­tés changent, souvent par besoin de copier « l’occidental », consi­dé­ré comme plus évolué par une certaine classe de nouveaux riches Chinois, mais il faudra encore des décen­nies avant que ces habi­tudes se géné­ra­lisent. Il faut ensuite être logique, et se dire que même si les menta­li­tés viennent à chan­ger, le vin vendu sera majo­ri­tai­re­ment d’origine chinoise, surtout après les débuts cala­mi­teux en termes de quali­té des premières impor­ta­tions étrangères.

En partant en effet du prin­cipe que les Chinois n’avaient aucune éduca­tion en la matière, certains négo­ciants en ont profi­té pour se débar­ras­ser de vins de quali­té médiocre, jouant sur une image de marque qui n’a duré qu’un temps. Pour­quoi en effet aller dépen­ser plusieurs centaines de Yuan pour un produit n’égalant même pas les vins chinois, certains allant même jusqu’à expor­ter du vin en vrac ensuite mélan­gé avec des produits locaux, ce qui permet­tait d’échapper au taux de taxes élevés à l’époque.

Les choses ont fort heureu­se­ment chan­gé, mais entre-temps les produc­teurs Chinois ont amélio­ré leurs propres produits, et sans en arri­ver au niveau des crus Fran­çais, commencent à mettre sur le marché des vins accep­tables. Si la produc­tion chinoise, déjà large­ment excé­den­taire, arrive à se diffu­ser de manière plus impor­tante, c’est avant tout en multi­pliant les points de vente, ce qui est plus que rare pour les produc­teurs étran­gers se canton­nant toujours aux quelques grandes villes du pays. Lorsque des gros­sistes distri­buent ces produits dans des zones moins denses, la quan­ti­té d’intermédiaires fait que ces vins arrivent des prix inabor­dables pour l’immense majo­ri­té de la popu­la­tion, même lorsque celle-ci est rela­ti­ve­ment aisée.

Ce qu’il manque donc aux produits étran­gers, que ceux-ci soient Fran­çais ou autres, c’est un réseau commer­cial, ce qui va bien au-delà de la seule vente. Les Chinois ont en effet besoin d’être éduqué en matière de goûts autres que ceux auxquels ils sont habi­tués, et cela ne peut passer que par des expli­ca­tions, des dégus­ta­tions, telles que les font les démons­tra­teurs de n’importe quel gadget vendu dans la rue, ceux-ci atti­rant toujours beau­coup de monde malgré la souvent piètre quali­té des produits proposés.

C’est donc aux produc­teurs eux-mêmes, que ce soit dans le domaine du vin ou d’autres spécia­li­tés, de se prendre en main et de créer, comme cela a été fait ailleurs, de véri­tables écoles du goût et des saveurs occi­den­tales. Sans cette volon­té et les inves­tis­se­ments liés à ces actions, nos produits locaux reste­ront au stade du folk­lore que quelques Chinois embour­geoi­sés achè­te­ront pour agré­men­ter une vitrine dont le conte­nu sera présen­té au titre de la réus­site sociale. Multi­plier les points de vente directe doit faire égale­ment partie des objec­tifs à court terme, au lieu d’attendre le client dans le dernier bar à vins de la capi­tale, car ne seront jamais des millions de Chinois qui iront à eux, mais c’est bien l’inverse qui doit se faire.

S’il est certes plus valo­ri­sant de décla­rer vendre en Chine en préci­sant quelques grandes places comme autant de marques de réus­site, la renta­bi­li­té passe dans ce cas en arrière-plan, et il ne sert à rien dès lors de venir se plaindre que le marché est loin d’être celui espé­ré, repro­chant presque aux Chinois de ne pas faire des milliers de kilo­mètres pour ache­ter une de leurs bouteilles.

Il faut de plus préci­ser que le temps presse dans le secteur viti­cole, les Chinois commen­çant à regar­der de près un certain nombre de proprié­tés fran­çaises de renom, non pas pour en vendre la produc­tion loca­le­ment, mais pour la rapa­trier dans leur pays et ainsi prendre la place de ceux qui ont la fâcheuse tendance à se regar­der le nombril.