Version hard et light du shadow banking chinois

shadowSi pour une struc­ture commer­ciale ou indus­trielle de taille modeste et privée l’accès au crédit est diffi­cile sans solides garan­ties, les portes sont grandes ouvertes pour les entre­prises publiques. Profi­tant de ces avan­tages, les respon­sables des entre­prises placées sous le giron de l’État ou des régions jouent les inter­mé­diaires en échange d’une juteuse rému­né­ra­tion. Ce shadow banking étant bien évidem­ment illé­gal, les commis­sions perçues vont direc­te­ment dans la poche des diri­geants et de quelques sous-fifres indis­pen­sables au fonc­tion­ne­ment du système, tout cela sans passer par la case taxe.

Comme d’habitude, en cause le laxisme au niveau des contrôles. Une entre­prise peut sans trop de soucis obte­nir des prêts impor­tants sans pour autant être obli­gée de prou­ver la réelle desti­na­tion de ces fonds ; ce sont au mieux quelques fausses factures aisé­ment obte­nues qui viennent justi­fier les dépenses. Les prêts ainsi sous-traités étant accom­pa­gnés des cadeaux habi­tuels pour services rendus, un fonc­tion­naire payé 4000 yuans mensuels peut s’offrir plusieurs immeubles, un parc de voitures et des études dans une des meilleures écoles étran­gères à sa descen­dance, tout cela en supplé­ment d’un train de vie nette­ment supé­rieur à ses moyens offi­ciels. Si l’entreprise ayant béné­fi­cié du prêt vient à faillir, elle est le plus souvent absor­bée par celle à l’origine du crédit, son statut natio­nal ou régio­nal lui permet­tant d’éponger les dettes grâce aux fonds publics. Dans le cas de la réus­site du projet, les mêmes prêteurs sont remer­ciés au travers de pour­cen­tages sur les béné­fices et autres « babioles » toujours aussi offi­cieuses. Bien qu’illégales, ces acti­vi­tés bancaires paral­lèles contri­buent pour une part impor­tante à l’économie du pays, ce même si une bonne partie de ces entre­prises ne vivent que le temps de dépen­ser les sommes allouées dans des inves­tis­se­ments douteux ou à des fins person­nelles.

Connu d’un grand nombre de Chinois, ce système demande un réseau de rela­tions (guan­xi) éten­du et donc couteux. Pour les autres, la Chine dispose d’une version allé­gée du banking shadow alimen­tée par des sources tout aussi troubles. On y trouve les reve­nus des nombreux trafics dont une partie des sommes récol­tées est blan­chie au travers des prêts consen­tis. Une autre source impor­tante est les milliards prove­nant d’activités commer­ciales ou indus­trielles partiel­le­ment décla­rées ou tota­le­ment paral­lèles. L’exploitation de mines clan­des­tines procure par exemple de juteux reve­nus, mais qu’il est risqué d’étaler au grand jour sans éveiller la curio­si­té. Idem pour les innom­brables socié­tés de commerce pyra­mi­dal qui dans bien des cas ont leur siège social à Honk Kong, mais dési­rent faire fruc­ti­fier en Chine le montant des adhé­sions préle­vé sur leurs membres. Dans les deux cas, prêter à des taux d’intérêt élevés à des struc­tures ne pouvant obte­nir une aide devient inté­res­sant avec des risques minimes. Si le débi­teur vient tempo­rai­re­ment ou défi­ni­ti­ve­ment à faillir, une rapide « dissolution-acquisition » permet au prêteur de récu­pé­rer une partie de sa mise tout en élar­gis­sant sa vitrine. C’est grâce à ce stra­ta­gème que de nombreuses offi­cines de prêts illé­gaux affichent des acti­vi­tés très offi­cielles où la renta­bi­li­té n’est que secon­daire.

shadow2Ces divers aspects font qu’une partie de l’économie chinoise peut être consi­dé­rée comme insa­lubre bien qu’indispensable au fonc­tion­ne­ment géné­ral. Sans ce shadow banking élevé au niveau de culture natio­nale, c’est en effet la paix sociale qui serait en danger. Hormis les quelques réus­sites faci­li­tées par ces prêts camou­flés, c’est une forme de rêve de gran­deur qui est entre­te­nu, ce qui aide énor­mé­ment les diri­geants poli­tiques à retar­der la prise de conscience d’une réali­té moins attrayante.

En multi­pliant les banques villa­geoises, les auto­ri­tés tentent depuis peu de mettre un frein à ces pratiques de shadow banking. La fina­li­té n’est pas d’y mettre un terme, ce qui serait d’une part illu­soire et d’autre part dange­reux pour l’équilibre social déjà précaire. Le but est en prio­ri­té de faire circu­ler au grand jour une partie de ces sommes, ce qui aura pour effet de proté­ger la partie immer­gée de l’iceberg. Un autre avan­tage est de pouvoir au besoin agir sur cet accé­lé­ra­teur écono­mique si le taux de crois­sance offi­ciel a tendance à chuter. Inver­se­ment, un coup de frein aura pour effet de rassu­rer les clients de la Chine sur la soli­di­té de leurs propres écono­mies. C’est ainsi que le taux de crois­sance et le PIB s’adaptent aux besoins inté­rieurs et exté­rieurs en jonglant avec cette écono­mie paral­lèle que les pays riches ont progres­si­ve­ment élimi­née de leur stra­té­gie dictée par les grands groupes finan­ciers. En ayant l’aval du système poli­tique qui en retire de nombreux avan­tages, le shadow banking a de belles années devant lui et pour­rait même deve­nir un modèle expor­table, ce qu’il est déjà en partie au travers de certains inves­tis­se­ments chinois.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.