À vendre construc­tion de plain-pied située au sixième étage

plain-piedCe titre pour le moins étrange n’est pas dû à une surcon­som­ma­tion d’alcool de riz à l’occasion du 1er mai, la photo ci-contre étayant cette entrée en matière. Ce genre de construc­tion est fréquent dans ce village et ajoute depuis peu une raison de disputes supplé­men­taires entre les auto­ri­tés locales et les proprié­taires des immeubles concer­nés. Pour­quoi ? Parce que les terrasses sur lesquelles elles sont construites n’ont pas été conçues pour suppor­ter ce poids supplé­men­taire avec de plus un béton qui vieillit préma­tu­ré­ment (lire ici). Dans bien des cas, la dalle de béton est même d’une épais­seur infé­rieure à celles des étages puisque n’a initia­le­ment que son propre poids à supporter.

Ces bâti­ments de plain-pied, puisque ne compor­tant qu’un seul étage, datent de la construc­tion de l’immeuble lors des années 80 et sont souvent au nombre de deux sur une même terrasse. À quoi servaient-ils ? Cette ques­tion, je me la suis long­temps posée avant que l’actualité locale me pousse à en savoir davan­tage. Sur les deux construc­tions, une est simple­ment une habi­ta­tion permet­tant de surveiller de près ce qui se trouve dans la deuxième. Ques­tion logique : Qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur ? Divers produits alimen­taires ayant pour point commun de devoir être séchés pour être conser­vés. Il s’agit en effet de séchoirs qui abri­taient viandes, pois­sons, piments, tabacs, etc. Dans les années 80, les réfri­gé­ra­teurs sont raris­simes, ce d’autant plus dans une région pauvre. Les surfaces construc­tibles étant réduites, les commer­çants font logi­que­ment construire ces séchoirs sur les terrasses. Du fait de la valeur des produits entre­po­sés et des risques de vols, un loge­ment est construit juste à côté et occu­pé par une famille char­gée de la surveillance.

Comme le prouve l’état des toitures des deux construc­tions sur la photo, ces séchoirs ne sont plus utili­sés, les produits alimen­taires séchés étant à présent des fabri­ca­tions indus­trielles. Pour­quoi dès lors s’opposer à leur démo­li­tion ? Pour deux raisons majeures. La première tient au fait que les Chinois adorent contes­ter toute forme d’autorité. Cette spéci­fi­ci­té n’a rien de nouveau et est ici élevée au niveau de symbole régio­nal. Le deuxième est d’ordre finan­cier, un autre symbole fort depuis les années 80 et la fin du collec­ti­visme. Les frais occa­sion­nés par les démo­li­tions sont en effet à la seule charge des proprié­taires, ce qui pour eux est une barrière infran­chis­sable. Si la démo­li­tion ne pose pas de grands problèmes du fait du mauvais état de la plupart de ces bâti­ments, c’est l’évacuation des gravats qui est la cause de l’opposition. Démé­na­ger des tonnes de décombres a un coût non négli­geable même en Chine, et pour les proprié­taires il est hors de ques­tion de payer pour quelque chose qui ne rapporte rien.

Une solu­tion aurait été de deman­der au tribu­nal d’ordonner la démo­li­tion, mais pour quelle raison ? L’illégalité de ces construc­tions ? Elles n’ont rien d’illégal en ayant à l’époque béné­fi­cié des auto­ri­sa­tions néces­saires, du moins pour la plupart d’entre elles. Quelques proprié­taires ont avan­cé une solu­tion, mais qui pour l’instant n’est pas du goût des respon­sables locaux. L’argumentation est la suivante : nos séchoirs vous dérangent ? Démolissez-les à vos frais. Pour évacuer les gravas, ne comp­tez pas utili­ser nos esca­liers sans nous dédom­ma­ger pour les nuisances et le manque à gagner. Il faudra égale­ment nous indem­ni­ser pour la surface habi­table perdue, soit envi­ron 5000 yuans/m² pour les habi­ta­tions et davan­tage pour ce qui est aujourd’hui consi­dé­ré comme instal­la­tion industrielle.

À l’heure actuelle, les négo­cia­tions sont au point mort, les auto­ri­tés locales refu­sant de céder à ce qu’elles consi­dèrent comme un chan­tage. La tota­li­té de la dalle de béton où se trouvent les séchoirs étant léga­le­ment construc­tible, quelques proprié­taires envi­sagent des agran­dis­se­ments, non pas pour peser davan­tage sur la terrasse, mais sur les respon­sables locaux.

Lorsque l’on constate les diffi­cul­tés qu’éprouvent les diri­geants de certains pays pour garder un trou­peau de moutons, il est diffi­cile de les imagi­ner manœu­vrer en Chine, ce malgré leur penchant à donner des leçons …

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