Valls à trois temps pour le PS, atten­tion le parquet est glissant

« La démo­cra­tie, c’est de se faire réélire ! », cette phrase pronon­cée par Silvio Berlus­co­ni avait ensuite été reprise à son compte par Nico­las Sarko­zy. Pour Manuel Valls, son nouveau poste de premier ministre ressemble de plus en plus à un trem­plin pour 2017 en prévi­sion de se faire élire. Candi­dat natu­rel du PS bien évidem­ment ? Rien de moins sûr et pour deux raisons. La première est qu’il est inima­gi­nable pour Fran­çois Hollande et le PS que le président sortant ne se présente pas. Cela ferait en effet mauvais genre de ne pas assu­mer les cinq ans passés, même si la moitié du bilan est à mettre à l’actif du candi­dat dissi­dent que devien­drait Manuel Valls. Rien que cette situa­tion ubuesque présage de moments pour le moins comique.

La deuxième est qu’au rythme actuel, Manuel Valls aura davan­tage d’ennemis à gauche qu’à droite. Il suffit en effet de consta­ter les hurle­ments de quelques dépu­tés socia­listes après l’annonce très person­na­li­sée des premières mesures sociales pour se voir confir­mé que le courant ne passe pas entre le premier ministre et le PS. Si certains au Parti socia­liste n’avaient pas encore compris que le premier ministre jouait ce rôle dans le simple but de prépa­rer sa place en 2017, les voilà au courant.

En gelant les pres­ta­tions sociales, Manuels Valls place d’emblée la balle au centre avec un penchant pour la partie droite de celui-ci. Idem pour l’indice des fonc­tion­naires au risque de se mettre à dos une partie de l’électorat tradi­tion­nel de la gauche, mais avec l’espoir de plaire à ceux trou­vant la fonc­tion publique trop épar­gnée par les efforts deman­dés aux Fran­çais. Toujours dans l’optique de la pêche aux voix, une nouvelle conven­tion enca­drant l’assurance-chômage avec un durcis­se­ment des règles d’indemnisation des inter­mit­tents du spectacle.

Les autres « mesu­rettes » sont du même acabit avec pour seul but de plaire aux élec­teurs. Manuel Valls veut visi­ble­ment séduire ceux de droite en ayant tota­le­ment conscience que le bilan de Fran­çois Hollande et donc du PS ne peut être que catas­tro­phique et donc peu porteur en vue d’une élec­tion. En dehors du paie­ment de son adhé­sion, on peut logi­que­ment se deman­der ce que fait Manuel Valls dans ce parti en appli­quant une poli­tique bien plus orien­tée à droite qu’à gauche. Une des raisons est que du fait du peu de renou­vel­le­ment des têtes dans les partis dits « de gouver­ne­ment », les places sont rares et chères. De là à assi­mi­ler Manuel Valls à un coucou allant pondre son œuf dans le nid d’un autre oiseau pour des raisons de commo­di­tés, il n’y a qu’un pas aisé à franchir.

Déjà amor­cée lors de sa décla­ra­tion de poli­tique géné­rale, la campagne élec­to­rale de Manuel Valls se pour­suit en tentant d’attirer vers lui l’aile la plus modé­rée du PS , les centristes et la part de l’électorat UMP ne dési­rant pas voir reve­nir ceux virés en 2012. La colle déver­sée en quan­ti­té sur cet assem­blage dispa­rate peut-elle parve­nir à créer un semblant d’unité ? Pour être élu sans doute, pour la France il en va tout autre­ment, mais cet aspect n’est pas davan­tage le sujet de préoc­cu­pa­tion de manuel Valls que des autres artistes du cirque politique.

Pour la droite, le combat va être de tous les instants avec un candidat-premier ministre venant chas­ser sur ses terres. Le PS quant à lui va devoir éviter l’éclatement en deux parties, l’une étant celle consti­tuée des dépu­tés voulant à tout prix être élus quitte à renier leurs origines vague­ment socia­listes, et l’autre faite de la vieille garde campant sur les mêmes posi­tions depuis 1981. Ces derniers n’ont pas encore compris que si Mitter­rand avait été élu, c’était avant tout pour chas­ser Giscard, la situa­tion ayant été iden­tique en 2012 où n’importe qui aurait été élu pour évin­cer Sarkozy.

En 2017, Manuel Valls n’aura pas besoin de viser le président sortant puisque celui-ci ne dépas­se­ra pas le premier tour. Pour les élus socia­listes, l’équation est simple avec « Tu me suis ou tu meurs ». Pour la droite plus à l’aise dans le domaine des règle­ments de comptes internes que pour prépa­rer une possible alter­nance, les trois ans qui viennent ne vont pas être de tout repos. Il va falloir en effet criti­quer les déci­sions du premier ministre, mais en devant se méfier de ne pas frois­ser son propre élec­to­rat. Et les Fran­çais dans tout ça ? Il y a bien long­temps que les poli­tiques ne s’en approchent qu’une fois tous les cinq ans et cette tradi­tion n’est pas près de s’éteindre.