Une statue à l’effigie de Soong Ching Ling ou de la Chine actuelle ?

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Soong Ching Ling, ce nom ne dit peut-être pas grand-chose à la majo­ri­té des lecteurs. Si par contre je vous précise qu’il s’agit de l’épouse du premier président de la Répu­blique de Chine, cela devrait vous aider. Soong Ching Ling, qui est décé­dée en 1981, était la femme de Sun Yat-Sen et est encore recon­nue en Chine comme une « grande dame » en raison de ses actions à desti­na­tion des plus pauvres.

Afin de fêter digne­ment le cente­naire de la première Répu­blique chinoise, la fonda­tion qui porte le nom de l’illustre épouse a comman­dé une monu­men­tale statue à l’effigie de Soong Ching Ling. Le projet rete­nu a été celui propo­sé par une école de sculp­ture répu­tée de Guangz­hou et les travaux sont en cours de fini­tion. Si du haut de ses 24 mètres Soong Ching Ling a commen­cé à se poser des ques­tions sur ce qu’est deve­nu le pays initié par son mari, d’autres inter­ro­ga­tions viennent trou­bler ce qui devait être un hommage à celle dont qui reste un person­nage très respec­té en Chine.

Ils sont en effet plusieurs au sein de la fonda­tion à contes­ter le monu­ment en mettant en avant la trop vague ressem­blance avec l’original. De son côté le respon­sable de l’école de sculp­ture explique docu­ments à l’appui que la statue est en totale confor­mi­té avec le modèle propo­sé et approu­vé par la fonda­tion.

contentBien plus qu’un simple litige sur une ressem­blance plus ou moins évidente, certains avancent des argu­ments bien plus terre-à-terre sur cette tardive contes­ta­tion. Certains respon­sables de la fonda­tion sont en effet actuel­le­ment mis en cause sur des détour­ne­ments de fonds, et ce serait en fait le manque d’argent qui serait à la base des reproches faits au monu­ment. Plusieurs milliards de yuans ayant été dépen­sés dans une vaste opéra­tion sur de l’immobilier de luxe, et ce aux seuls béné­fices des gestion­naires de la fonda­tion, les caisses se trouvent partiel­le­ment vides. De là à penser que ces sommes manquantes sont à l’origine de la contes­ta­tion, il n’y a qu’un pas qu’il est aisé de fran­chir.

Si l’organisme social reste le plus impor­tant dona­teur du pays avec des dons en 2010 de l’ordre de 140 millions de yuans, il est loin d’avoir atteint le mini­mum impo­sé qui est de 420 millions. Dispo­sant offi­ciel­le­ment d’un actif de plus de 3 milliards de yuans, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la capa­ci­té de finan­ce­ment réelle de la fonda­tion. Cette histoire de statue risque donc de faire de nouvelles vagues malgré les affir­ma­tions des respon­sables expli­quant que le niveau de tréso­re­rie était rede­ve­nu normal.

Reste à l’école de sculp­ture à se faire payer, ce qui deman­de­ra sans doute du temps et quelques remises supplé­men­taires sur le prix initial. Soong Ching Ling se voit en tout cas bien mal récom­pen­sée de son œuvre, mais peut ainsi toucher du doigt ce qu’est souvent deve­nu ce pays.