Une immi­gra­tion nettoyée et encore plus choi­sie

chineIl aura suffi de deux inci­dents ayant pour origine des étran­gers pour que les auto­ri­tés chinoises envi­sagent quelques chan­ge­ments profonds touchant à l’immigration. Si cette réac­tion semble à prio­ri épider­mique, elle l’est sans doute moins qu’il le parait du fait des argu­ments avan­cés.

Des troubles fréquents dans certains quar­tiers de grandes villes telles Pékin, Shan­ghai ou Guangz­hou ainsi que certains trafics de stupé­fiants et autres ayant des étran­gers pour origine sont ainsi révé­lés par des habi­tants qui avouent une certaine incom­pré­hen­sion face à ce qui est consi­dé­ré comme du laxisme de la part de la police. De son côté celle-ci explique une certaine appré­hen­sion à inter­ve­nir face à des personnes ne parlant parfois pas le chinois, sans comp­ter la peur de créer un inci­dent pouvant avoir un impact diplo­ma­tique néga­tif pour le pays.

Devant cette pous­sée de fièvre et une approche jugée trop « souple » par une partie de l’opinion publique, les auto­ri­tés chinoises vont rapi­de­ment mettre en place un certain nombre de mesures. La fina­li­té affi­chée n’est pas de fermer le pays aux étran­gers, mais de mieux en gérer l’accès par des textes plus clairs et plus en phase avec la volon­té d’ouverture du pays.

C’est ainsi que la procé­dure permet­tant d’obtenir une « carte verte » devrait être modi­fiée afin d’être rendue plus acces­sible. En contre­par­tie, les déten­teurs de ce permis de séjour devront stric­te­ment se confor­mer aux lois chinoises sans aucune déro­ga­tion. L’accession à la natio­na­li­té chinoise devrait être égale­ment plus aisée sous les mêmes condi­tions d’acceptation du cadre juri­dique local. Si ces deux points ont pour but de permettre à des non-Chinois de rési­der dura­ble­ment dans ce pays de manière plus pratique, d’autres ont pour fina­li­té de régu­ler une immi­gra­tion moins « souhai­tée ».

Pour se faire les auto­ri­tés chinoises vont réduire le nombre de services liés aux ques­tions de l’immigration. Au nombre de 12 actuel­le­ment, ces divers services se renvoient les respon­sa­bi­li­tés lorsque des problèmes surviennent, ce qui n’aide guère à les résoudre. Une partie de l’immigration clan­des­tine trou­vant sa place dans de nombreux établis­se­ments scolaires, ceux-ci vont être passés au peigne fin afin de réduire cet aspect jugé illé­gal dans les circons­tances actuelles. Un autre pont concerne le renou­vel­le­ment des visas et leurs dates d’expiration. Si actuel­le­ment un dépas­se­ment de cette date ne vaut qu’un simple aver­tis­se­ment et au pire une amende de 1000 yuans, celle-ci est appe­lée à passer à 10 000 yuans pour un « oubli » infé­rieur ou égal à 3 jours alors qu’une peine de déten­tion de 10 jours sera appli­quée pour les dépas­se­ments supé­rieurs. Dans le cas d’une absence de renou­vel­le­ment d’une trop longue durée, l’expulsion pour­ra être pronon­cée.

À ces mesures viennent s’ajouter certaines mesures plus coer­ci­tives comme le « nettoyage » de certains quar­tiers consi­dé­rés comme étant deve­nus des ghet­tos pour étran­gers. Parmi eux celui de Sanli­tun à Pékin ou de Tianhe à Guangz­hou qui devraient à l’avenir être bien plus visi­tés par la police locale.

Si les deux inci­dents récents sont pour une part dans ces futures mesures, il faut toute­fois comprendre qu’elles étaient sûre­ment en attente depuis un certain temps. La Chine fonc­tion­nant en grande partie sous la pous­sée de l’opinion publique, ce qui peut paraître étrange dans une dicta­ture, les respon­sables chinois trouvent là l’occasion de mettre sur le tapis ces futures direc­tives. Comment seront-elles appli­quées ? Ce sera ensuite à chaque région ou province de les adap­ter à leurs besoins, comme c’est le cas actuel­le­ment dans bien d’autres domaines. Ce qui est par contre évident, c’est que les auto­ri­tés locales auront avant long­temps bien plus de lati­tude pour trai­ter ces problèmes qu’elles en avaient aupa­ra­vant. Comment ces nouveaux pouvoirs seront-ils utili­sés ? Seul l’avenir le dira.