Une Chine bien serrée, S.V.P

Une Chine bien serrée, S.V.PPour certains, la Chine idéale serait celle de l’époque du néoli­thique (voir photo) c’est-à-dire réduite à sa plus simple expres­sion. Dans ce cas, peu impor­te­rait qu’elle soit commu­niste, qu’elle ne respecte pas la charte des droits de l’homme ou qu’elle pratique la peine de mort ; le plus impor­tant étant qu’elle serait un petit pays sans impor­tance. Mais dans ce cas, que devien­drait le reste de l’actuel terri­toire ?
Par le passé, cela a exis­té et n’a pas été une réfé­rence en matière de liber­té indi­vi­duelle ou d’expansion écono­mique et où même la présence répé­tée des Occi­den­taux n’a guère appor­té de solu­tions enviables aux popu­la­tions.

Loin des régions riches en conflits ethniques, les grandes puis­sances étran­gères de l’époque se sont concen­trées sur les régions qui avant tout pouvaient leur appor­ter quelque chose, délais­sant leur modèle d’évangélisation quand il s’agissait de régions trop « hostiles ».Les problèmes actuels de la Chine vis-à-vis des autres pays ne sont donc pas telle­ment ceux liés à la liber­té d’expression et au régime poli­tique, mais davan­tage à ceux conce­ra­nant son éten­due géogra­phique, sa démo­gra­phie et surtout le poids que prend ce pays sur la scène mondiale. Que la Chine ne respecte pas telle ou telle direc­tive onusienne n’est en effet pas en soi un problème tant sont peu nombreux les pays qui se plient à ces mêmes direc­tives, sans pour cela s’attirer les foudres des instances inter­na­tio­nales.


Non, le seul problème est que depuis cinquante ans, nous nous étions habi­tués à un monde géopo­li­tique stable, géré par deux super­puis­sances ; or la Chine, en bous­cu­lant cet équi­libre, dérange ces mêmes puis­sances dans leur sommeil ou du moins celui de leurs diri­geants. Depuis cinquante ans, on se passe en effet le pouvoir d’un camp à l’autre, histoire qu’un maxi­mum d’amis puisse avoir leur part du gâteau, mais tout cela dans un ordre établi où rien ne semblait pouvoir ébran­ler ce balai politico-économique. En France, passer de la gauche à la droite n’a jamais chan­gé signi­fi­ca­ti­ve­ment les choses tant le sché­ma ne peut être qu’identique, car dicté par les lobbies en tous genres qui tiennent dans leurs mains le destin de ces mêmes poli­tiques.
Mais voilà que la Chine et son système mono­par­tisme est venu trou­bler ce « merveilleux » ordre mondial du fait de la notion discu­tée de légi­ti­mi­té de ce parti unique, non pas issu des urnes mais lié à un pacte tacite avec la popu­la­tion et qui se résume par : « on te laisse le pouvoir, mais en échange on veut des résul­tats .

Dans nos systèmes poli­tiques, les respon­sables se retranchent en perma­nence derrière une légi­ti­mi­té de déci­sion obte­nue par les suffrages de la popu­la­tion et utilisent les scru­tins élec­to­raux pour légi­ti­mer leurs échecs, partant de ce prin­cipe : « Je suis mauvais, mais c’est vous qui m’avez élu et donc c’est vous qui êtes les premiers respon­sables, car vous aviez le choix. » En Chine, le parti unique au pouvoir n’a pas cette légi­ti­mi­té appa­rente et se voit donc dans l’obligation d’obtenir un certain nombre de résul­tats sous la menace d’une sanc­tion non pas au travers des urnes, ce qui ne fait pas trop mal vu le niveau des indem­ni­tés, mais par un risque pur et simple de dispa­ri­tion de ce système. C’est ainsi que ce régime poli­tique, quoiqu’étant très loin d’être parfait, a peut-être plus à perdre en cas d’insatisfaction que nos dépu­tés nantis, reclas­sés ici ou ailleurs en cas d’échec.

Voilà donc majo­ri­tai­re­ment ce qui dérange nos diri­geants, car imagi­nez que ce système fasse tache d’huile et qu’au lieu de se cacher derrière une légi­ti­mi­té issue des urnes, nos élus deviennent respon­sables sur leur vie ou leur fortune des actions menées au cours de leur carrière poli­tique ; il y aurait sans aucun doute, une baisse notable de la voca­tion qui fait que n’importe quel saltim­banque de foire peut se préva­loir dépu­té ou ministre.

Si la Chine repré­sente un danger, celui-ci cible avant tout bien davan­tage les diri­geants que la popu­la­tion qui ne fait que subir un système qui ne fait que s’autoalimenter sur le dos de ceux qui croient encore être les vrais déci­sion­naires de leur avenir.
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