Une bien étrange dispa­ri­tion

ImagEn supplé­ment de divers records plus ou moins hono­rables, la Chine doit être le pays qui compte le plus de dispa­ri­tions. Il ne s’agit pas de là de rela­ter les encore trop nombreux enlè­ve­ments d’enfants, mais de ces personnes souvent adultes qui dispa­raissent sans ne plus donner de signe de vie à leurs familles ou à leur entou­rage. Si pour certains c’est la mort qui est la cause de ce silence, celle-ci pouvant être acci­den­telle ou provo­quée, pour d’autres c’est le désir de chan­ger de vie ou du moins d’environnement. Si ces dispa­rus sont géné­ra­le­ment assez jeunes et origi­naires de zones urbaines, le cas présent est diffé­rent puisque la personne concer­née a soixante ans et est origi­naire de la campagne. Habi­tant à quelques kilo­mètres de Liuz­hou dans le Guangxi, cette femme d’agriculteur avait vécu jusqu’à présent sans faire parler d’elle, se conten­tant appa­rem­ment de son simple sort d’épouse de paysan.

Rien donc ne lais­ser présa­ger d’un quel­conque problème, ces quatre enfants s’entendant bien avec elle, de même que son mari. Cette sexa­gé­naire a donc dispa­ru il y a une quin­zaine de jours et les recherches tant de la famille que de la police n’ont rien donné. Les choses ont commen­cé à se gâter quelques jours seule­ment après la dispa­ri­tion, les visites au domi­cile de la dame se multi­pliant et pas toujours de manière paci­fique.

Que récla­maient ces personnes ? Qu’on leur rembourse la dette contrac­tée par la dispa­rue auprès de divers amis ayant eux-mêmes parfois emprun­té à d’autres rela­tions pour réunir la somme deman­dée. En échange de recon­nais­sances de dettes, ce sont ainsi 400 000 yuan qui ont été récu­pé­rés par la dispa­rue. Le choc a été si fort pour l’époux que celui-ci a été victime d’une attaque céré­brale et est décé­dé une semaine plus tard. Ce décès a donc pour effet de repor­ter la dette sur les enfants qui, comme c’est souvent le cas, s’entredéchirent en se repro­chant des faits dont personne ne connaît la fina­li­té. Pour­quoi en effet cette femme sans histoire a-t-elle emprun­té cette somme ? Nul ne le sait aujourd’hui, les Chinois ne posant que rare­ment ce genre de ques­tion. On est ami avec quelqu’un, il est dans le besoin et on se doit donc de l’aider sans plus rentrer dans les détails.

Le signa­le­ment de cette dispa­ri­tion a été trans­mis tant aux commis­sa­riats de police du pays que des postes fron­tières et aéro­ports, mais n’a pour l’instant donné aucun résul­tat. Les envi­rons ont été fouillés au cas où la femme aurait été victime d’un acci­dent ou d’une agres­sion, mais rien. Alors que les quelques habits dont elle dispo­sait sont toujours dans la maison, seule manque sa carte d’identité qu’elle n’avait pour­tant pas l’habitude d’avoir sur elle, ce qui laisse imagi­ner une dispa­ri­tion program­mée.

Désir d’une vie plus confor­table ou autres raisons, le seul qui aurait pu donner quelques indi­ca­tions précieuses est le mari qui avait peut-être remar­qué quelques chan­ge­ments de compor­te­ments ou était au courant de cet emprunt. Celui-ci étant décé­dé, il ne reste plus que des suppo­si­tions et des ennuis à venir pour les enfants qui sont sans cesse harce­lés par les créan­ciers. Aucun d’entre eux n’ayant les moyens de rembour­ser une telle somme, il leur faudra sans doute suppor­ter cette situa­tion durant deux ans, le temps que les recon­nais­sances de dette soient obso­lètes. À moins que d’ici là la fugueuse soit retrou­vée de préfé­rence vivante, ce qui permet­tra aux créan­ciers de récu­pé­rer au moins une partie des 400 000 yuan ou du moins d’avoir des expli­ca­tions.