Un fois grand, je serai maire adjoint !

Lion

Une histoire de corrup­tion comme il s’en découvre tous les jours dans un pays dont je finis par me deman­der s’il n’est pas bien plus riche qu’il n’y paraît. Le cas dont il est toute­fois ques­tion a quelque chose d’exceptionnel, non pas par l’importance des sommes, bien que consé­quentes, mais par le person­nage en lui-même. Un conseil, asseyez vous, car d’une part l’article est assez long en raison de la quan­ti­té de choses à trai­ter, et est de plus assez surpre­nant.

Fang Qian est assis­tant du maire de Guiyang dans la province du Guiz­hou, une de ces régions pauvres dont une bonne partie de la popu­la­tion ne fait pas partie de la nouvelle classe moyenne. Cette fonc­tion, il l’occupe depuis plus de vingt ans, et sans doute depuis trop long­temps. Courant 2008, les auto­ri­tés judi­ciaires de la province ont reçu une lettre anonyme mettant en lumière les agis­se­ments présu­més coupables du maire adjoint. Une enquête de voisi­nage a tout d’abord été menée et ses conclu­sions ont failli faire aban­don­ner la procé­dure.

Le respon­sable local ne roule pas en Audi ou Mercé­dès, n’a pas de maîtresses et ne joue même pas au mah-jong. Rien donc qui corres­pond au profil du « parfait corrom­pu » tel que les enquê­teurs en voient fréquem­ment. Par acquit de conscience, le procu­reur a tout de même ordon­né une perqui­si­tion au domi­cile de Fang Qian, et c’est à partir de là qu’ils ont eu la certi­tude que le cour­rier dénon­cia­teur était bel et bien fondé.

Un coffre fort haut de 1,8 m à deux portes a tout d’abord été ouvert. Les enquê­teurs ont pu consta­ter qu’il était plein à ras bord de billets de 100 RMB, mais aussi de lingots d’or, le tout repré­sen­tant 15 millions d’euros. Dans une pièce conti­guë au coffre, c’est une véri­table pagaille compo­sée de télé­phones portables hauts de gamme non débal­lés, de bouteilles de Moutai, de vins d’importation, de montres. Si la valeur de ces bois­sons et des divers objets est esti­mée à 100 millions de yuan, 20 millions supplé­men­taires vont être trou­vés dans des sacs posés à même le sol. Embal­lée dans du papier jour­nal, cette somme est encore répar­tie dans ces enve­loppes rouges utili­sées en remer­cie­ment d’un service rendu.

Passa­ble­ment émous­tillés par ces décou­vertes, les enquê­teurs vont pour­suivre leurs recherches et décou­vrir un second coffre dans une autre des pièces de la maison. Dans celui-ci, ce sont 3 sacs conte­nant envi­ron 500 millions de Yuan, et dont Fang Qian explique la prove­nance : « Ce sont des sommes qui m’ont été offertes pour le Nouvel An ». Dans la chambre de sa fille, un nouveau coffre attend d’être ouvert, et ce sont cette fois 52 millions de yuan qui sont sous les yeux des enquê­teurs.

Fati­gués d’une telle jour­née, les poli­ciers vont remettre au lende­main la perqui­si­tion du domi­cile de la mère de Fang Qian, et ce, après avoir encore déni­ché quelques sacs pleins d’argent épar­pillés dans la maison. Dès le petit matin, les fonc­tion­naires se rendent à la demeure de la mère de Fang Qian. Âgée de 80 ans, la dame ouvre la porte sans diffi­cul­té, surtout que son fils est présent, mais menottes aux poignets..

Si un coffre est bien dans une des pièces, celui-ci ne contient aucune monnaie chinoise, mais unique­ment des dollars hong­kon­gais et améri­cains pour une valeur de 13 millions d’euros. Les enquê­teurs pensent alors avoir fait le « tour du proprié­taire », mais les inter­ro­ga­toires de Fang Qian vont les amener sur une autre piste qui est celle de l’immobilier. C’est en effet en consta­tant que les géné­reux dona­teurs avaient tous un lien avec ce domaine, qu’ils vont s’intéresser de plus près au patri­moine de ce person­nage pour­tant sans réel relief. Ce sont alors neuf loge­ments récents qui sont ajou­tés à une la liste déjà longue. D’une surface variant de 110 à 230 m², ces appar­te­ments sont pour certains loués, et pour d’autres au stade des fini­tions. Tous les docu­ments offi­ciels sont bien évidem­ment en règle, Fang Qian n’ayant aucun mal à les faire vali­der. Une fois tous ces éléments tota­li­sés et esti­més, la valeur atteint la somme de 1 milliard d’euros, ce qui corres­pond à 20 ans de corrup­tion passive, auquel il faut ajou­ter l’argent dépen­sé par la femme et la fille de Fang Qian.

Si l’adjoint au maire menait en effet une vie presque monas­tique, il en est tout autre­ment de son épouse qui multi­pliait les allers venus en avion vers la capi­tale pour aller y faire quelques emplettes. Idem pour la fille qui suivait des cours de piano auprès de deux profes­seurs, dont un est de Hong Kong et l’autre de Guangz­hou. Là encore, pas ques­tion de prendre un vulgaire train, et c’est l’avion qui était utili­sé à la manière d’un taxi. Un autre profes­seur, mais lui venu de Shan­ghai, venait donner 1 fois par mois des leçons d’équitation à la jeune fille, histoire de maîtri­ser les 2 chevaux origi­naires de Hong Kong ; bien enten­du, l’enseignant venait lui aussi en avion payé par la mère.

Pour sa défense, Fang Qian a décla­ré devant les juges qu’il n’aimait pas l’argent, ce qui est peut-être vrai si l’on prend en compte sa manière de s’habiller et le fait qu’il allait jusqu’à faire resse­me­ler trois fois ses chaus­sures. Il a expli­qué qu’il n’avait jamais rien deman­dé, mais que dès son arri­vée à ce poste il avait été infor­mé du fonc­tion­ne­ment d’un système mis en place bien avant lui : « Tout ce que qui a été trou­vé m’a été donné sans que je ne réclame rien. Il était donc normal que je rende certains services en échange de ces cadeaux ».

Les juges ont mis son juge­ment en déli­bé­ré et Fang Qian devrait connaître son sort d’ici à quelques mois, la peine pouvant varier entre la prison à vie et la peine de mort accom­pa­gnée d’un sursis de deux ans. S’il fait ensuite appel de la déci­sion, ce sera à la Cour suprême de statuer, fixant cette fois défi­ni­ti­ve­ment une peine qui pour­ra éven­tuel­le­ment être mino­rée du fait que la majeure partie des détour­ne­ments a été récu­pé­rée.

Si Fang Qian était un cas rare, où si suite à cette affaire émer­geait la moindre espé­rance d’une baisse de cette délin­quance « en col blanc », la Chine aurait gagné une de ses plus impor­tantes batailles. Il n’en est hélas rien et ils sont sans doute nombreux à avoir lu le compte rendu origi­nal en se disant : « Qu’il est bête, il s’est fait prendre ! », alors que dans le même temps de nombreux adoles­cents demandent à leurs parents : « Comment fait-on pour deve­nir adjoint au maire ? ».

Source : http://economy.southcn.com/

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