Turbo­me­ca : enfin une histoire d’espionnage crédible

refletsdechineEn se gardant bien d’emboîter le pas à certains médias que la lamen­table affaire Renault n’a pas refroi­di, il est possible que cette fois ce qui n’est pour l’instant qu’une hypo­thèse se confirme. Plutôt en effet de dire « Encore la Chine », puisque tant Renault que Valéo se sont révé­lés être des flops, on pour­rait cette fois titrer :«Enfin peut-être la Chine ».

Bien enten­du, il ne s’agit que de suppo­si­tions et il y a de toute manière un maxi­mum de chances pour que le dénoue­ment de cette histoire ne soit jamais connu. Pour des raisons poli­tiques et écono­miques, c’est en effet la plupart du temps en secret que sont trai­tées les conclu­sions de ces affaires d’espionnage indus­triel, ce qui permet aux médias de suppo­ser ce qui par la suite devien­dra une certi­tude faute de réelle argu­men­ta­tion contraire.

Toujours est-il que cette fois l’affaire semble être plus sérieuse que celle initiée par les barbouzes de Renault dont les prin­ci­paux respon­sables ne poussent même plus l’hypocrisie à envi­sa­ger la moindre démis­sion. Si cette histoire semble plus crédible, c’est aussi parce qu’elle a été confiée d’emblée à la DCRI (Direc­tion Centrale du Rensei­gne­ment exté­rieur). Une autre raison est le possible initia­teur qui ne serait autre qu’un des parte­naires de Safran dont Turbo­me­ca est une filiale. Autre élément alimen­tant en crédi­bi­li­té cette affaire est la quasi-certitude d’une parti­ci­pa­tion interne à ces détour­ne­ments. Il ne s’agit pas de pirates externes utili­sant un script quel­conque, mais de personnes ayant accès aux réseaux de l’entreprise et qui auraient ensuite trans­mis les infor­ma­tions.

D’après la DCRI, les extrac­tions auraient ainsi duré 8 mois, ce qui par contre démontre un manque évident de sécu­ri­té au sein de cette entre­prise. Il est en effet éton­nant que des personnes aient pu durant cette période détour­ner un nombre impor­tant d’informations sans qu’un système de contrôle hiérar­chique n’en soit aler­té. Sans dédoua­ner l’éventuel desti­na­taire des données volées, cette affaire met en lumière un manque de protec­tion évident.

Si un certain nombre d’informations concerne l’aspect tech­nique des acti­vi­tés de Turbo­mé­ca, il semble que la plupart des « évasions » concernent des docu­ments de factu­ra­tion, ce qui comme je l’écrivais plus haut accré­dite ‚faute de mieux pour l’instant , cette piste. Impor­tant client et parte­naire de Safran, il se peut que China Avia­tion Indus­try Corpo­ra­tion (AVIC) ait voulu savoir s’il n’était pas victime de surfac­tu­ra­tion. Portant sur des sommes impor­tantes, les divers contrats ont peut-être semblé à AVIC moins préfé­ren­tiels que pour les autres parte­naires de Safran, ce qui l’aurait pous­sé à en savoir un peu plus.

Le construc­teur chinois fabrique sous licence les moteurs d’hélicoptère ARRIEL 1 et 2C conçus par Turbo­me­ca, safran étant parte­naire avec AVIC depuis 30 ans, créant même des liens d’échange avec des univer­si­tés chinoises. C’est cette alliance de longue date qui impose au côté fran­çais une certaine discré­tion dans les décla­ra­tions du côté de Turbo­mé­ca, ce qui tranche avec celles des « guignols » de chez Renault. Si les soup­çons s’avèrent fondés, il reste­ra à Safran de ména­ger la chèvre et les choux en ébrui­tant le moins possible cette affaire tout en en tirant les consé­quences en interne afin que ce genre de mésa­ven­tures ne se repro­duisent plus.

Si la presse en parle­ra encore quelques jours ce sera sans réelle matière, ce qui ne la gêne habi­tuel­le­ment pas outre mesure, la source est appe­lée à se tarir par inté­rêt commun des parties concer­nées, d’autant plus qu’il ne s’agit pour l’instant que de suppo­si­tions, du moins en ce qui concerne l’identité de l’initiateur.