TTGO, le VTT alle­mand aux yeux bridés

ttgoDans une socié­té de consom­ma­tion comme l’est deve­nue la Chine, chaque tranche d’âge repré­sente un poten­tiel de clien­tèle. Après la folie des Smart­phones dont les ventes tendent à s’effriter, un produit qui n’a pour­tant rien de nouveau fait son entrée remar­quée dans les petites agglo­mé­ra­tions rurales. On pour­rait parler d’un retour puisque s’agissant du vélo, mais le seul point commun entre l’objet majo­ri­tai­re­ment utili­taire et celui qui enva­hit actuel­le­ment les rues est la présence de deux roues. Pour le reste, la diffé­rence est aussi flagrante qu’entre la Chine des années 60–70 et celle d’aujourdhui.

Comme la plupart des objets de consom­ma­tion, ces deux-roues sont propo­sés dans une gamme de couleurs vives afin d’être vus. Les divers éléments consti­tu­tifs sont à l’image des ruti­lants cadres carbone, ce qui donne un aspect luxueux à ce qui a long­temps conduit des millions d’ouvriers vers les usines. Ces VTT ne sont pas ici desti­nés à grim­per les collines envi­ron­nantes, mais dans la plupart des cas pour réduire la fatigue d’écoliers se situant dans la tranche d’âge des 12–15 ans. Devant attendre quelques années pour la voiture, la moto élec­trique n’étant plus aussi prisée en raison des risques de vols et d’un usage deve­nu ordi­naire, ces vélos de luxe servent d’intermédiaire entre l’adolescence et l’âge où l’on est norma­le­ment adulte. Il ne s’agit pas en effet pour les parents de faire des écono­mies par rapport au prix d’un deux-roues élec­trique, ces engins se vendant entre 2500 et 4500 yuans suivant les modèles.

Il y a un an, un seul maga­sin propo­sait ce genre de vélos avec au plus deux modèles. Ces derniers mois, ce sont plus d’une dizaine de maga­sins qui se sont ouverts. Presque tous sont sous « la protec­tion » d’un fran­chi­seur derrière lequel on trouve en prise directe les indus­triels locaux. C’est le cas pour TTGO dont la maison mère est Peer­less basé à Guangz­hou (capi­taux hong­kon­gais). TTGO ayant été conçu pour atti­rer les fran­chi­seurs, les respon­sables marke­ting ont inven­té une histoire à cette marque, ce tant pour la rendre plus glorieuse que pour dissi­mu­ler la véri­table origine de la production.

Cette histoire naît en Alle­magne d’où TTGO aurait ensuite émigré. Cette leçon d’histoire révi­sée est celle que vous raconte avec fier­té le patron d’un de ces maga­sins. Dans les faits, Peer­less exporte 80 % de sa produc­tion sous diverses marques ou en OEM, l’Allemagne faisant bien plus partie des clients que des four­nis­seurs. Quoi qu’il en soit, ce conte met en lumière que même dans le domaine du vélo, la Chine a le plus grand mal à assu­mer chez elle la valeur de ses produits même quand ils n’ont rien à envier à la concurrence.

Si la Chine n’a pas inven­té le vélo, la concur­rence étran­gère, même à l’image floue, lui impose souvent de s’aligner. Ici c’est le Taïwa­nais Giant qui est visé en jouis­sant en Chine comme ailleurs d’une forte noto­rié­té. Asso­cié à des prix infé­rieurs (-20 % en moyenne) à ceux prati­qués par son concur­rent direct, ce zeste d’Allemagne vient appuyer une gamme de produits visant en prio­ri­té une clien­tèle pour qui le tout terrain se limite à quelques trot­toirs emprun­tés pour aller plus vite et surtout être vu.

Pour Perless, il s’agit d’augmenter ses parts de marché dans un secteur qui s’annonce comme porteur dans un climat écono­mique occi­den­tal morose. La socié­té n’ayant jamais été regar­dante sur le nom sous lequel sont vendus ses produits avec une bonne part d’OEM, TTGO n’est qu’une branche supplé­men­taire. Concer­nant l’acheteur, ou plutôt l’utilisateur, il a l’impression d’enfourcher un VTT alle­mand. Cet aspect rassu­rant est renfor­cé par la présence de dérailleurs Shima­no qui sous une origine japo­naise sont toute­fois là encore construits en Chine.

TTGO est en fait l’exemple type de la mondia­li­sa­tion vue de Chine avec pour précur­seur les produits d’Apple qui sont vendus en Chine bien plus cher qu’ailleurs alors qu’ils y sont fabri­qués. Dans un film dont je ne me souviens plus le nom, un person­nage expli­quait à un autre qu’il n’aurait jamais confiance en lui. La raison était le port simul­ta­né de bretelles et d’une cein­ture « Je ne ferai jamais confiance en une personne qui doute suffi­sam­ment de la quali­té de sa cein­ture pour y ajou­ter des bretelles ». La Chine, c’est beau­coup cela avec ce besoin perma­nent de se rassu­rer en croyant ache­ter ce qui a fait la suppo­sée supé­rio­ri­té de certains pays.