T’es docteur toi ?

TraditionEn France, l’article 433 – 17 prévoit un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende, en Chine les peines vont de 200 RMB à la peine de mort. De quoi s’agit-il ? De l’usage illé­gal de la méde­cine, acti­vi­té large­ment répan­due sous diverses formes, et que les auto­ri­tés combattent avec toute la véhé­mence propre à ce pays, c’est-à-dire de manière très épiso­dique, mais toujours médiatisée.

Si le panel de peines est si large, c’est parce que la légis­la­tion chinoise a voulu diffé­ren­cier les cas, ceux-ci allant de la vente de la tisane miracle à la pose de cathé­ter ayant pour but une perfusion .

Les Chinois se sont habi­tués au fil des siècles à se soigner par les plantes, ce qui a déve­lop­pé tant une impor­tante phar­ma­co­pée, qu’un grand nombre de personnes pres­cri­vant ou vendant ces médi­ca­tions. Si la distri­bu­tion de ces diverses racines, fruits et autres serpents était autre­fois libre, les années 80 ont vu l’élaboration de plusieurs textes de loi visant à régle­men­ter tant la prépa­ra­tion que le commerce de ces produits.

Il n’est pour­tant pas rare, surtout dans les zones rurales où cette tradi­tion est soli­de­ment ancrée, de voir deux ou trois femmes, qui étaient assises sur un trot­toir, déta­ler à toutes jambes en aper­ce­vant un véhi­cule de la police muni­ci­pale, alors qu’elles avaient mis en vente quelques herbes censées donner un regain de tonus ou ayant toutes autres vertus. Ce sont en effet les services locaux qui sont en charge de cette surveillance, mais ne descen­dant que rare­ment (jamais) de leur véhi­cule, les personnes contre­ve­nantes reprennent la plus part du temps leur place, une fois que la voiture s’est éloi­gnée de quelques centaines de mètres. Dans le cas d’un flagrant délit, c’est à ces personnes que s’adresse l’amende de 200 RMB, ce qui est assez élevé en rapport des béné­fices réalisés.

Dans les bourgs et les villes, on monte d’un ton avec les fausses offi­cines de méde­cine, plaçant prin­ci­pa­le­ment des perfu­sions à des personnes atteintes de rhumes ou d’un coup de fatigue. Les perfu­sions sont bien plus fréquentes que chez nous, sans doute pour des raisons d’efficacité et de coût, ce qui a pour effet de créer un certain nombre de voca­tions, mais où les prati­ciens n’ont aucun diplôme, et bien enten­du n’ont fait aucune décla­ra­tion. On trouve dans ce secteur des personnes prati­quant avec sérieux et respec­tant toutes les normes d’hygiène, et une ribam­belle de char­la­tans rempla­çant le produit norma­le­ment perfu­sé par un autre bien moins coûteux, mais égale­ment tota­le­ment inef­fi­cace. Ne pensez surtout pas que ces personnes se cachent, elles ont souvent pignon sur rue et font même parfois de la publi­ci­té lorsque c’est une ruelle un peu excen­trée qui les héberge. Tous les faux docu­ments sont bien mis en évidence, allant de l’autorisation des services sani­taires au diplôme obte­nu dans une école de médecine.

Là, ce ne sont plus les services muni­ci­paux qui inter­viennent, mais ceux du Minis­tère du Commerce en colla­bo­ra­tion avec les fonc­tion­naires du Minis­tère de la Santé. Un inven­taire des produits présents est réali­sé, ce qui servi­ra à fixer le montant de l’amende qui là va se révé­ler bien plus dissua­sive que dans le premier cas, avec en supplé­ment la confis­ca­tion du maté­riel frau­du­leux. Si la ferme­ture admi­nis­tra­tive a lieu lors d’un simple contrôle, les pour­suites se limi­te­ront à cet aspect finan­cier, mais au cas où il y aurait bles­sure ou mort, c’est la prison et parfois la peine capitale.

Malgré ces peines assez dissua­sives et la dange­ro­si­té d’exercer ce métier sans réelles connais­sances, ce sont chaque année des centaines de ces lieux qui sont fermés, les faux méde­cins pensant toujours passer au travers. La meilleure solu­tion lorsque l’on n’est as certain de la quali­té et de l’authenticité des soins dispen­sés, est de se rendre dans un établis­se­ment public où là les risques de tomber sur un faux sont moins impor­tants, n’étant toute­fois pas tota­le­ment exclus tant ce pays réserve de surprises.