Terres rares : ces montagnes qui valent de l’or

RisquesAu même titre que l’Amérique a connu sa ruée vers l’or, la Chine connaît cette fièvre qui tend à creu­ser le moindre mètre carré de terre de certaines régions. Dans le cas présent, ce n’est pas le métal jaune qui est recher­ché, mais ce qui est commu­né­ment nommé « terres rares ».

Parmi les régions recé­lant ces trésors, le Jiangxi, situé au sud-est du pays. Si le gouver­ne­ment a impo­sé de sévères restric­tions sur l’extraction de ces mine­rais, l’appât du gain et les impor­tants béné­fices tirés de ces ressources font que les mines clan­des­tines sont deve­nues bien plus nombreuses que celles déte­nant une licence d’exploitation. Dans ces régions monta­gneuses, les popu­la­tions y sont géné­ra­le­ment pauvres et la valeur soudaine de leurs montagnes pousse à tous les excès.

Si 8500 tonnes repré­sentent le quota fixé par le gouver­ne­ment, ce sont en fait 300 000 tonnes qui sont extraites annuel­le­ment de ces montagnes du Jiangxi. Malgré les risques de fortes amendes, les mines se multi­plient, et ce, d’autant plus que les auto­ri­tés limitent les expor­ta­tions. La Chine produi­sant à elle seule 95 % de ces mine­rais, la demande pousse à tous les excès, le quasi-embargo décré­té par Pékin ayant fait monter les prix.

Une tonne de ce mine­rai conte­nant 50 % de cérium et 25 % de lanthane est vendue 150 000 yuan alors qu’elle ne coûte que 30 000 yuan à produire. Partant de ce constat finan­cier, les problèmes liés à la pollu­tion engen­drée par ces exploi­ta­tions ne sont rien en rapport des béné­fices. Pour les proprié­taires de terrain n’ayant pas les moyens d’aménager une mine, c’est la loca­tion d’un bout de ces montagnes qui va deve­nir une impor­tante source de reve­nus, les risques reve­nant dès lors au loca­taire.

Cette exploi­ta­tion sans contrôle est la source d’une impor­tante pollu­tion des eaux ainsi qu’à de très nombreux acci­dents souvent mortels auxquels il faut ajou­ter la noci­vi­té des produits employés pour sépa­rer les mine­rais. Mais entre mourir pauvre et avoir l’espoir de gagner rapi­de­ment de fortes sommes d’argent, le choix est vite fait. En donnant à une seule socié­té d’État le contrôle et l’exploitation de ces terres rares, le gouver­ne­ment a en fait favo­ri­sé cette clan­des­ti­ni­té qui n’est en fait qu’une manière de détour­ner les quotas. La plupart de ces mines non décla­rées sont en effet parfai­te­ment connues des auto­ri­tés locales qui en tirent des béné­fices de manière plus ou moins détour­née.

Sur les 103 licences d’exploitation, la seule ville de Ganz­hou en détient 88, mais ce sont plus de 400 entre­prises qui travaillent dans les montagnes avoi­si­nantes. Ce sont ainsi 20 000 (666 m²) de montagne qui ont été louées à des entre­pre­neurs pour un prix variant entre 500 et 1000 yuan le . Cette loca­tion d’une durée variant entre 10 et 40 ans est ensuite cédée aux personnes accep­tant de prendre les risques d’exploiter illé­ga­le­ment ces lieux à un tarif passant à 6000 yuan par mù.

Comme souvent en Chine, la clan­des­ti­ni­té est admise tant que la majo­ri­té des personnes concer­nées y trouvent leur compte. Si de nombreuses mines de char­bon clan­des­tines béné­fi­cient de la mansué­tude des auto­ri­tés, il en est de même pour celles exploi­tant ces terres rares, le rapport étant de plus bien supé­rieur. Si les auto­ri­tés natio­nales ont mis la pres­sion sur les pays dési­rant impor­ter ces mine­rais si recher­chés, elles laissent s’installer dura­ble­ment un marché paral­lèle qui peut ainsi satis­faire aux besoins des indus­tries locales, mais aussi de celles étran­gères connais­sant les filières d’approvisionnement. Il s’agit donc pour la Chine d’un outil prin­ci­pa­le­ment poli­tique en ce qui concerne les clients étran­gers, et d’une manière de stabi­li­ser écono­mi­que­ment cette partie déshé­ri­tée du pays.

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