Taoïsme, nour­ri­ture et mort

mortLors du décès d’une personne, ses effets person­nels, vesti­men­taires et objets sont rassem­blés par la famille, et à la fin de la céré­mo­nie, ceux-ci sont géné­ra­le­ment brûlés afin qu’ils accom­pagnent le défunt dans sa nouvelle exis­tence, du moins virtuelle. Au cours de l’année, et à l’occasion des nombreuses fêtes, des repas sont offerts aux ancêtres dispa­rus, afin qu’ils aient une meilleure vie, et sachent que les personnes restées sur terre pensent à eux.

Si dans le taoïsme, la notion de réin­car­na­tion est igno­rée, celle d’immortalité est bien présente et explique ces pratiques visant à venir en aide aux personnes décé­dées, qui en contre­par­tie pour­ront venir épau­ler les vivants en cas de besoin. Au-dessus de la porte d’entrée de nombreuses maisons est dispo­sé un miroir qui a pour but d’empêcher les mauvais esprits d’entrer dans la demeure ; ces fantômes ayant un aspect physique terri­fiant sont effrayés par leur image reflé­tée dans le miroir et repartent donc ainsi sans entrer.

Cette quête d’immortalité était par le passé accom­pa­gné d’un régime strict, où toute viande était exclue, car comment deve­nir immor­tel en ingur­gi­tant soi-même de la nour­ri­ture morte ?

C’est cette doctrine qui fait encore qu’aujourd’hui les Chinois mangent énor­mé­ment de légumes et ne supportent pas la vue d’une viande rouge ; il en est de même pour les fromages, qui fermen­tés, rappellent la pour­ri­ture. Les céréales étaient égale­ment par le passé exclues du régime alimen­taire, car la proie de vers répu­tés pour faire vieillir le corps. Appli­qué à la lettre, ce mode vie a pous­sé les Chinois à élabo­rer une alimen­ta­tion natu­relle, décou­vrant ainsi les proprié­tés de nombreuses plantes qui ont donné une bonne partie de la méde­cine tradi­tion­nelle. Le vin quant à lui était banni par les boud­dhistes, car égale­ment fermen­té, et est venu s’ajouter aux pratiques taoïstes, ce qui explique que là encore aujourd’hui, les habi­tants ne sont pas de grands amateurs de vins, alors que les alcools blancs distil­lés sont consom­més en abon­dance.

Si le mode de vie s’est moder­ni­sé sous l’influence occi­den­tale, de nombreux Chinois gardent de nos jours ces bases d’hygiène alimen­taire et ces croyances en une immor­ta­li­té qui font que lorsqu’une personne dispa­raît, son esprit reste présent et demeure parmi eux. Esprits, fantômes, rêves prémo­ni­toires dictés par les défunts sont les nombreuses compo­santes de la vie sur terre des Chinois qui font souvent le maxi­mum pour plaire à ces enti­tés virtuelles dont ils ignorent les pouvoirs.

L’esprit de l’être humain étant immor­tel, il reste en effet impor­tant de véné­rer ses ancêtres pour être admis parmi eux le jour venu, et explique égale­ment qu’après le décès d’une personne proche, plusieurs signes forts sont envoyés afin que le défunt sache que ses parents pensent à lui. D’un billet de 5 mao entou­ré d’un cordon rouge que pren­dront les personnes venues rendre un dernier hommage afin d’acheter une confi­se­rie, aux repas de famille suivant le décès, il est impor­tant de marquer son atta­che­ment au dispa­ru, son esprit restant quelque temps à proxi­mi­té avant de rejoindre lui-même ses ancêtres.

C’est cette croyance dans l’immortalité qui génère chez les Chinois un certain fata­lisme devant la mort, celle-ci n’étant qu’une porte vers une autre vie. Ce fata­lisme est toute­fois tein­té d’appréhension pour les personnes qui restent, car elles ignorent de ce qu’il advient exac­te­ment de cet esprit immor­tel et de ses pouvoirs réels. C’est cette appré­hen­sion qui fait que l’on laisse à l’intérieur d’une maison la lumière allu­mée pendant plusieurs nuits, les esprits étant répu­tés pour ne se dépla­cer que dans la pénombre et le silence. C’est d’ailleurs cette absence de silence, et même ce brou­ha­ha inces­sant qui prédo­mine lors de la céré­mo­nie d’adieu, où il est impor­tant de faire le plus de bruit possible, tant pour éloi­gner les mauvais esprits, que pour aler­ter les bons afin de venir cher­cher le défunt.

Les Chinois d’aujourd’hui y croient-ils réel­le­ment ? La réponse est aussi variable qu’il existe de personnes, mais cela ne coûte pas grand-chose de faire ce qu’impose la tradi­tion, au cas où.

Ce qui est par contre sûr, c’est que ces croyances ne sont impo­sées à personne, et ce contrai­re­ment à bien d’autres reli­gions, même s’il est de règle de respec­ter la tradi­tion qui se retrans­met depuis des siècles, bien plus par respect pour les anciens qui eux-mêmes ont fait perdu­rer ces coutumes.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.