Taïwan, une écono­mie malade

démocratieEn lien direct avec l’article sur le futur accord sino-taiwanais, voici quelques indi­ca­tions sur l’économie de (ce pays) cette province.

Alors que l’on nous rebat en perma­nence les oreilles avec le taux anor­ma­le­ment impor­tant d’exportation prove­nant de Chine, son voisin affiche fière­ment un chiffre équi­valent à plus de 70 % de son PNB, et ce, sans s’attirer la moindre remarque désa­gréable de la part des membres de l’OMC.

Ce silence a plusieurs origines, mais la plus évidente est à trou­ver aux les États-Unis , qui ont par le passé soute­nu la dicta­ture (eh oui, déso­lé) de Tchang Kai Chek, et ce, tant mili­tai­re­ment que finan­ciè­re­ment. Ce n’est pas que les U.S avaient quoi que ce soit contre les Chinois s’étant ralliés à la cause commu­niste, mais ils ne souhai­taient pas la nais­sance d’un bloc rouge gigan­tesque formé par la Chine et l’URSS. Après l’exil des resca­pés du Kuomin­tang, les Améri­cains ont large­ment contri­bué à l’essor Taiwa­nais, cette aide venant s’ajouter à celle de la riche diaspo­ra des proprié­taires fonciers chinois en plus des « souve­nirs » venus eux aussi du conti­nent. Je ne vous ferai pas ici un cours d’histoire sur la période 1950–1986, mais sachez que la réali­té est souvent très éloi­gnée de l’image d’une belle démo­cra­tie floris­sante face à la méchante dicta­ture conti­nen­tale.

Taiwan a donc connu l’opulence, et pour les avoir longue­ment fréquen­tés, je peux vous dire que ce que l’on reproche aujourd’hui à certains Chinois conti­nen­taux pouvait s’appliquer à certains Taïwa­nais en matière de préten­tion et d’orgueil mal placé, se prenant parfois pour le centre du monde. Les plus belles histoires n’ayant toujours qu’un temps, Taïwan aujourd’hui n’est pas au plus haut de sa forme, avec depuis quelques années une baisse prati­que­ment constante de son PIB (-8,36% en 2008), la crise écono­mique ayant touché de plein fouet l’économie locale. Même, les États-Unis, autre­fois ardents soute­neurs, se tournent de plus en plus vers le conti­nent, ce qui n’est pas pour faire déplai­sir aux diri­geants Chinois, tant pour des raisons poli­tiques qu’économiques. Expor­ta­tions en baisse de 40 %, la même valeur s’appliquant aux impor­ta­tions, l’économie taïwa­naise ne reposent prati­que­ment plus que sur deux pays, les U.S et la Chine.

La Chine aujourd’hui repré­sente plus de 40 % des expor­ta­tions de l’île, ce chiffre étant en constante augmen­ta­tion, comme celui des inves­tis­se­ments taïwa­nais sur le conti­nent qui, avec plus de 50 milliards de dollars, font de Taiwan le premier inves­tis­seur étran­ger en Chine. Il semble donc que même les finan­ciers locaux ne croient plus beau­coup dans les chances de son pays, et l’accord qui est en passe de se conclure (voir article en rubrique actua­li­tés) ne fait que confir­mer cette impres­sion qui n’en est d’ailleurs plus une, deve­nant de fait une simple réali­té. Cet accord en effet, sous un aspect commer­cial, n’a pour but que d’alourdir le défi­cit budgé­taire entre les deux pays, faisant ainsi du conti­nent un client incon­tour­nable.

Un des rares éléments posi­tifs de ce tableau que certains trou­ve­ront sans doute trop noir, mais j’attends leurs contre-arguments, est le taux de chômage qui se main­tient aux alen­tour de 5 %, là et comme en Chine, la majo­ri­té de la popu­la­tion ne travaillant pas pour l’exportation ou même dans le domaine du numé­rique. Dans ce domaine hors high-tech, le tourisme connaît un essor inté­res­sant grâce juste­ment aux assou­plis­se­ments concer­nant les laissez-passer, et ce sont des milliers de conti­nen­taux qui vont visi­ter l’île, qui il est vrai est magni­fique.

Quel est donc l’avenir de Taïwan ? Au risque de faire grin­cer des dents, la fina­li­té se trouve sans doute dans une fusion en douceur avec le conti­nent, qui dans les décen­nies à venir va deve­nir le l’élément incon­tour­nable de l’économie Taïwa­naise. C’est contre cette fusion progres­sive que luttent les divers partis d’opposition, bien plus d’ailleurs pour des raisons idéo­lo­giques et carrié­ristes que pour le bonheur de leur popu­la­tion. Il leur sera toute­fois bien diffi­cile de l’empêcher, l’économie floris­sante de l’île n’ayant de tout temps été qu’un arti­fice finan­cé soit de l’extérieur, soit par des inter­ven­tions massives de la diaspo­ra exilée qui ne peuvent sur une longue durée combattre la puis­sance du conti­nent qui a su au fil du temps se rendre indis­pen­sable tant poli­ti­que­ment, qu’économiquement.