Taiwan, berceau de l’esclavagisme moderne

billet-TchangTaiwan est souvent présen­té comme la réfé­rence chinoise en matière de droits humains dont devrait s’inspirer le conti­nent. Il est vrai que depuis 1986 les progrès sont notables et font du coup oublier le règne dicta­to­rial de Tchang Kaï-Check. Massacre de 30 000 Taïwa­nais en 1947, loi martiale et dicta­ture n’ont pas empê­ché les pays occi­den­taux de tisser de solides liens d’amitié avec un régime appli­quant sur l’île la même poli­tique que celle qui était en vigueur avant que les commu­nistes prennent le pouvoir en Chine.

C’est ce même silence qui prédo­mine depuis que les descen­dants des natio­na­listes se sont réins­tal­lés sur le conti­nent et qui comme par le passé exploitent la main d’œuvre chinoise pour s’enrichir. Leurs amis poli­tiques et commer­ciaux étant les mêmes qui ont long­temps prati­qué l’esclavagisme, il est logique que même le pays des droits de l’homme ne trouve rien à redire sur un mode de fonc­tion­ne­ment pour le moins critiquable.

Pour rester dans le domaine de l’esclavagisme, est d’habitude respon­sable de la situa­tion celui qui donne les ordres et non celui qui les fait ensuite appli­quer. C’est ainsi qu’en Afrique ou en Asie, les sévices physiques infli­gés aux esclaves étaient souvent l’œuvre de congé­nères qui en tiraient quelques avan­tages, mais qui étaient placés sous les ordres des esclavagistes.

Par un tour de passe-passe dont les Occi­den­taux ont le secret, en Chine ce sont les sbires des donneurs d’ordre taïwa­nais qui portent l’essentiel des respon­sa­bi­li­tés dans la forme moder­ni­sée de l’esclavagisme. Ceux qui tiennent le fouet sont certes les respon­sables poli­tiques locaux, mais ceux qui imposent les cadences inhu­maines sont bel et bien les chefs d’entreprises venus de Taiwan pour perpé­tuer la tradi­tion initiée de longue date par leurs ancêtres. Lorsqu’un mouve­ment social survient en France, il est en prio­ri­té ques­tion de l’employeur et non du gouver­ne­ment, ce qui est logique. C’est l’inverse en Chine avec la mise en accu­sa­tion systé­ma­tique du régime poli­tique de la part des médias.

Il en est ainsi de Foxconn dont le CEO et grand huma­niste Terry Gou décla­rait concer­nant ses employés chinois qu’il n’était pas toujours facile de faire travailler un million d’animaux. Ce commen­taire pour le moins dépla­cé a-t-il pour autant susci­té la moindre répro­ba­tion chez les poli­tiques donneurs de leçons ou les clients de Foxconn ? Pas le moins du monde, l’immense majo­ri­té des médias occi­den­taux se gardant bien de relayer ce déra­page verbal signi­fi­ca­tif d’une menta­li­té large­ment répan­due dans la « pensée » taïwanaise.

Les salariés en grève à l'usine Yue Yuen de Dongguan
Les sala­riés en grève à l’usine Yue Yuen de Dongguan

Toujours dans le silence des médias occi­den­taux, ce sont des dizaines de milliers d’ouvriers d’une usine de Dong­guan (Guang­dong) qui sont en grève depuis plusieurs jours. Ces sala­riés produisent des chaus­sures pour Nike, Adidas, Converse et autres marques répu­tées, ce dans les condi­tions aussi dures que chez Foxconn. Qui se trouve à la tête de l’entreprise implan­tée en Chine sous le nom de Yue Yuen ? Le groupe taïwa­nais Pou Chen Group qui en 2013 a géné­ré un chiffre d’affaires de 1,77 milliard de $ US et 513 millions de béné­fice brut. Malgré cette marge confor­table, le groupe taïwa­nais rechigne à payer les assu­rances sociales, ce qui est la cause du mécon­ten­te­ment de ses sala­riés. Après avoir été punis par les forces de l’ordre à la solde des employeurs lors d’une mani­fes­ta­tion dans les rues de Dong­guan, les sala­riés sont à présent canton­nés dans l’enceinte de l’usine où ils réclament toujours la régu­la­ri­sa­tion des coti­sa­tions sociales.

Inutile de cher­cher dans les grands médias, vous n’y trou­ve­rez rien, ce mouve­ment social inté­res­sant moins les sala­riés des groupes de presse que les trafi­quants de drogue de Wukan présen­tés comme de fervents démo­crates (lire ici). Pour­quoi ce silence ? D’abord pour des raisons de poli­tique commer­ciale et ensuite pour ne pas risquer de frois­ser la diaspo­ra taïwa­naise excel­lente cliente dans le secteur de l’armement, ce même si dans le cas de la France la vente des frégates a connu un coûteux épilogue pour le contribuable.

À la décharge des indus­triels taïwa­nais, il faut préci­ser qu’ils ne sont que les sous-fifres des multi­na­tio­nales occi­den­tales qui ne leur laissent que quelques miettes de l’énorme gâteau. Dans un système où la femme de ménage a été rempla­cée par la tech­ni­cienne de surface, il était logique que les escla­va­gistes prennent le nom d’investisseurs et les esclaves celui de sala­riés, avec dans le cas de Taiwan comme pour bien d’autres l’application du proverbe : « Bon sang ne saurait mentir ».