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L’arbre qui cache la forêt

« La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. »
Cette phrase est inscrite dans le préambule de la constitution française et a contrario son absence dans la déclaration chinoise semble être une des incompréhensions culturelles mutuelles. Pour exister, la démocratie a en effet besoin de s'alimenter, sa nourriture préférée étant l'individu, pour ne pas dire l'individualisme. Une société comme celle de la France est par conséquent fondée sur la valeur supposée de chaque personne censée avoir une personnalité propre. Ce mur, dont chaque individu est une pierre, doit ensuite le protéger tant contre les attaques extérieures que celles venues de l'intérieur. Chacune de ces pierres constituant cet édifice est de même dimension, de même poids, du moins si l'on se réfère au complément que constitue la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Dans la constitution chinoise, la notion d'individu n'apparaît qu'une seule fois, et ce, pour préciser qu'aucun d'entre eux ne peut s'approprier un bien appartenant à la collectivité ou à l'État. L'ensemble du document ne fait ensuite référence qu'à la seule vision d'une population en tant que masse, ce qui laisse a priori penser que toute individualité est exclue de ce système. Face à un cadre législatif et juridique français strict, car parfaitement défini jusque dans ces moindres détails, le système Chinois repose lui sur le principe que tout ce qui ne nuit pas à la bonne marche de la nation ou de l'état est autorisé, tout en laissant penser que chaque personne fait partie intégrante de cette collectivité. Les divers encadrements deviennent alors de fait bien plus flous puisque par exemple un voleur est condamnable non pas pour avoir lésé un individu, mais un élément de l'édifice collectif.
C'est cet aspect qui dans bien des cas laisse prévaloir les intérêts de l'état ou du plus grand nombre si les risques d'atteinte à la collectivité sont jugés plus importants que le dommage subi, et ce, même si le préjudice causé à la victime est évident. Pour comprendre cet élément essentiel de la culture Chinoise, il faut accepter le fait que l'être humain est par nature éphémère alors que les notions de nation et de collectivité sont eux considéré comme éternels. Il est donc impensable de donner la moindre priorité à un élément qui peut disparaître naturellement ou par accident du jour au lendemain, et qui est aisément remplaçable dans la chaîne sociale.
Là où un français va évoluer toute sa vie en étant limité ou protégé par des barrières, un Chinois va se trouver dans sa vie individuelle bien plus libre du fait qu'en raison de l'inexistence de cette notion, rien ne la régit. Le revers de cette « liberté de mouvement » est que n'étant pas définie, elle peut se voir réduite à sa plus simple expression si elle constitue à un moment donné un risque apparent pour la collectivité. Si les Chinois sont habitués à fonctionner de cette manière et s'en accommodent tant bien que mal, ce système s'avère bien plus difficile à assimiler pour un Occidental éduqué dans des règles strictes de respect de l'individu. Ce combat permanent pour la vie ou la survie, nous l'avons totalement perdu de vue au fur et à mesure que les divers éléments de notre vie privée ont été décidés à notre place du fait que le sommet de la hiérarchie de l'état est conçu pour penser et agir au nom de l'individu lui-même. La normalisation de la vie individuelle s'est habillée de mots plus faciles à imposer et s'appelle mode, savoir-vivre et tant d'autres qui ont pour but unique de donner un aspect plus présentable à ce qui n'est dans les faits qu'une forme de dictature. En agissant en effet sur tous les aspects de la vie, l'être humain n'agit plus en fonction de qui lui ressemble ou lui plaît, mais par rapport à ce qu'il doit être en tant qu'individu: ressembler à son voisin.
Difficile dès lors d'accepter les différences qui ne feront pas de vous le clone parfait de l'autre, qui lui est plus riche, plus cultivé, plus célèbre. La finalité de ce système de clonage à l'infini est de générer le besoin superflu, l'envie de paraître, alors que dans le même temps un Chinois va se contenter majoritairement de qu'il a, chaque supplément étant considéré à son niveau réel, c'est-à-dire celui de quelque chose d'agréable, mais non vital. À une époque où certaines populations s'arcboutent sur ces superflus devenus à leurs yeux indispensables et qu'ils nomment parfois acquis sociaux, de nombreux chinois vivent avec bien moins de sécurité dans bien des domaines, mais apprécient encore le moindre progrès, tout en regardant celui-ci avec le recul nécessaire qui permet à l'occasion de s'en passer.
Malgré ce que certains pensent, les Chinois ne vivent pas pour la grandeur de leur pays, mais tout simplement parce qu'ils sont nés et que leur rôle est de perpétuer cette race humaine dont aucune finalité n'est fixée. Rien dans une Chine sous-développée ou rien dans une Chine riche, la différence pour de nombreux habitants se révèle nulle du fait que n'existant pas en tant qu'individu, ils n'ont rien à prouver, ni même à se prouver. Pour ceux qui trouveraient une telle vie morne, qu'ils enlèvent donc de la leur tous les artifices qui l'encombrent et regardent ce qui reste. Ils verront alors que celle de bon nombre de Chinois est peut-être aussi grise, mais bien plus réelle, ce qui leur permet de ne pas se bercer de rêves ou de fausses illusions sur ce qu'ils ne sont pas et ne seront majoritairement jamais.