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Le miroir aux alouettes

L’essor économique de la Chine fait rêver certains étrangers, pour qui même les 7.5 % de croissance prévue pour cette année de crise font penser que ce pays est un eldorado.  Les incitations gouvernementales visant à développer la consommation intérieure afin de contrebalancer la baisse des exportations peuvent en effet faire croire que les Chinois vont se ruer sur les biens de consommation et que ce pays va devenir la locomotive économique du monde après en avoir été l’atelier.
Si la réalité est parfois décevante pour des étrangers mal préparés au marché chinois et qui tentent d’imposer leur vision occidentalisée du commerce, elle l’est aussi souvent pour des Chinois qui, voyant leur pays changer à toute allure, pensent  que les mentalités évoluent  à la même vitesse.
S’il est facilement vérifiable que  les villes et villages, même modestes, se modernisent d’un point de vue architectural, il en est tout autre du mode de vie où les habitudes sont solidement ancrées et où les traditions sont la base de la vie en communauté. Ayant vécu pendant des décennies dans des conditions parfois difficiles, les Chinois ont en effet appris à se méfier des apparences et continuent à épargner souvent au détriment d’un meilleur confort de vie. L’absence de couverture sociale et de système de retraite généralisée à l’ensemble de la population, la scolarisation bien plus longue de leur enfant ne font que renforcer ce besoin d’être économe et où une différence de prix, même minime va faire pencher la balance.
Si les magasins de détail se modernisent à la vitesse de l’éclair, les propriétaires de ceux-ci veulent à juste raison que leurs investissements soient rentables et le prix des loyers de ces nouveaux emplacements commerciaux se retrouve bien plus élevé que ce qu’ils étaient par le passé. Des aménagements intérieurs plus luxueux, des achats de marques franchisées censées apporter un afflux de clientèle influent sur des prix qui vont se révéler bien supérieur à ceux des autres magasins à l’aspect certes moins rutilants, mais qui ont depuis longtemps amorti leur fonds de commerce.
Une fois l’attrait de la nouveauté passée, les clients vont en effet bien souvent regarder davantage leur intérêt que le fait de retirer une certaine  fierté d’acheter dans ces magasins plus modernes, mais qui par obligation pratiquent des prix relativement plus élevés, d’autant plus que les magasins plus anciens ont souvent baissé leur prix sous la poussée de la concurrence des nouveaux arrivants.
Il est donc courant aujourd’hui de voir un magasin  inauguré il y a tout juste trois mois fermer ses portes, ne pouvant couvrir  simplement les frais de fonctionnement ou ne retirant pas le bénéfice escompté. Si le turn-over des commerces est déjà une chose courante, celui-ci a tendance à s’amplifier pour les raisons citées, mais également pour d’autres qui touchent à des faits liés à un manque d’originalité et à des problèmes de gestion, souvent dus à une absence de formation.
Dans une même galerie marchande, vous allez en effet retrouver X fois les mêmes produits et seule la façon de les présenter va différencier les magasins ; intervient ensuite l’absence d’un quelconque budget prévisionnel, les fonds nécessaires étant souvent trouvés auprès de la famille ou des amis.
Cette absence de documents visant à évaluer la rentabilité du projet empêche les nouveaux commerçants d’avoir une réelle vision de la pérennité de leur activité et la réussite relève bien plus du coup de chance que d’un réel besoin sur un marché déjà bien pourvu.
Comme souvent, il ya en fin de chaine un gagnant qui n’est pas toujours celui qui a pris le plus de risques ; c’est le cas ici où le propriétaire des murs est à coup sûr le bénéficiaire de l’opération. Le loyer étant payé annuellement et d’avance, le commerçant malheureux va donc devoir soit abandonner le montant du loyer à son bailleur, soit trouver un sous-locataire qui prendra la suite avec bien entendu les mêmes risques que son prédécesseur. Les contrats de location étant souvent conclus pour cinq ans, le premier locataire devra donc veiller à trouver régulièrement un remplaçant.
Ces mêmes propriétaires sont très au fait de ce phénomène et en plaçant d’entrée la barre très haut, attirent les locataires qui de leur côté voyant le montant élevé  du loyer, pensent que les revenus seront en rapport alors qu’il en sera souvent tout autrement.
Ce style de spéculation fonctionne actuellement à un rythme soutenu, mais la source pourrait rapidement se tarir et il n’est pas impossible qu’une baisse des loyers commerciaux suive cette mode où un certain snobisme pousse des personnes à privilégier l’aspect au détriment de la rentabilité.
Il est également certain que le manque de formation en gestion commerciale est un des points que ce pays doit améliorer afin d’assainir un marché où les déceptions sont bien plus nombreuses que les réussites.