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Si Mao reve­nait.

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Je voudrais 5 tibias de soie et 2 fémurs de corde

Si le kilogramme, le mètre et autre unité de mesure sont aujourd'hui largement usité en Chine, cela n'a pas toujours été le cas. De plus, la superficie et les disparités démographiques ont fait que ces systèmes de mesure, pourtant indispensables à la vie quotidienne, étaient différents d'une région à l'autre. Pour résumer et quelque peu caricaturer, on peut ainsi dire qu'un mètre dans la région du Guangxi n'avait pas la même longueur que dans le Shanxi. Il en était de même pour les poids où un même nom avait une valeur sensiblement différente d'une région à l'autre, ce qui ne facilite guère le calme des transactions, surtout lorsque l'on connaît le caractère parfois roublard des Chinois. Parmi ces mesures, l'une d'entre elles était très particulière puisqu'il s'agissait d'un fémur ou d'un tibia humain. Si vous connaissez sans doute le mètre étalon qui sert d'unité à nos mesures, les Chinois prenaient en référence une de ces parties du squelette qui devenait donc la référence en matière de mesure. Pas question toutefois de prendre l'os de n'importe qui, seules les personnes ayant une importance certaine dans la société avaient droit à cet honneur après leur mort, leurs fémurs devenant ainsi l'unité de longueur du moment. L'inconvénient de ce système, c'est que la célébrité étant toujours très relative et limitée géographiquement, cette référence était différente dans chaque région du fait qu''une célébrité locale n'est justement reconnue que par le seul groupe auquel on s'identifie. Je vous laisse imaginer les discussions commerciales entre Chinois de l'époque, qui issus de régions différentes s'affrontaient sur la longueur d'une pièce de tissu, surtout quand l'on connaît la propension de ce peuple à tout discuter même lors que les unités de mesure sont uniformisées. Il en est de même pour le mu (亩), une unité de surface encore largement utilisée en Chine qui correspond à 666.7 m². Si cette valeur en effet était celle des Hans, pour les Zhuangs par exemple cette unité ne représentait que 564 m², la différence étant loin d'être négligeable. Ces écarts rendaient donc difficiles les transactions, créant des conflits qui dans bien des cas se finissaient par des bagarres générales ou des affrontements bien plus étendus lorsque deux ethnies voulaient faire prévaloir leur vérité, qui n'était de fait pas la même que celle de leurs voisins. Ces divergences d'appréciation sont sans doute une des raisons de la méfiance des Chinois sur tout ce qui a trait à un achat, faisant par exemple que les œufs s'achètent au poids et non à la pièce, un kilogramme ayant toujours la même valeur, alors qu'une même quantité peut avoir un poids sensiblement différent. Il semble d'ailleurs que dans ce domaine, les Chinois soient devenus des experts dans le trucage des instruments de mesure, les balances étant souvent « généreuses » pour les commerçants, sans parler des plateaux plombés qui vont faire gagner quelques grammes, ou encore le mètre faussement gradué qui dans les faits ne mesure que 98 centimètres. Pour conclure, je dirai que l'on peut penser que l'expression « il y a comme un os » vient de Chine, la longueur pouvant varier d'un individu à un autre, créant ainsi quelques divergences de point de vue qui font partie du quotidien des Chinois, et dont je me demande parfois s'ils pourraient vivre sans ces discussions incessantes sur le moindre point, tant celle-ci sont intimement liées à leur caractère.

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