Suppres­sion de la taxe anti­dum­ping sur les briquets : la flamme de l’hypocrisie

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En suppri­mant la taxe anti­dum­ping sur les briquets impor­tés de Chine, la commis­sion euro­péenne démontre une fois de plus qu’elle fonc­tionne à l’envers. Après avoir impo­sé en 2006 une taxe diffé­ren­tielle sur les chaus­sures en cuir là aussi impor­tés de Chine, le tribu­nal de la CE a derniè­re­ment donné raison au prin­ci­pal fabri­cant qu’est Aokang. Si celui-ci est rembour­sé des frais de procé­dure, ses clients se verront pour leur part resti­tués les sommes indû­ment perçues.

Cette déci­sion a été prise en regard des éléments four­nis par Aokang mettant en lumière que les prix prati­qués corres­pondent à une norma­li­té. La ques­tion que l’on peut logi­que­ment se poser est de savoir quels ont été les argu­ments qui ont fait intro­duire cette taxe en 2006. S’agit-il réel­le­ment de raisons écono­miques ou d’autres plus poli­tiques suggé­rées par quelques respon­sables devant prochai­ne­ment se soumettre à une élec­tion et dési­rant influen­cer l’opinion publique par une mesure bien plus clai­ron­née que son retrait ?

Toujours dans le domaine des taxes anti­dum­ping, c’est au tour des briquets chinois de se voir débar­ras­sés de cette sanc­tion qui en doublait le prix. Cette déci­sion prise en 1991 a en premier lieu profi­té à l’entreprise BIC, ce qui se révèle assez amusant du fait que cette socié­té a été très long­temps une spécia­liste du dumping social en France. C’est en effet à Fleury-Merogis qu’étaient instal­lés plusieurs ateliers assem­blant stylos et briquets et embal­lant les célèbres rasoirs jetables. Les centaines de déte­nus repré­sen­taient alors une main-d’œuvre bon marché permet­tant à la socié­té BIC d’asseoir son mono­pole. Si cet article révèle la diffi­cul­té à rendre public cette exploi­ta­tion que beau­coup jugent indigne lorsqu’elle a lieu en Chine, j’en ai été témoin lorsque j’étais surveillant dans cet établis­se­ment péni­ten­tiaire en 1978 et 1979. Comme souvent, si l’on sait à quoi s’attendre en Chine, la série de para­vents mis en place dans certains pays cache bien des choses permet­tant de média­ti­ser au maxi­mum les suicides chez Foxconn et bien moins ceux surve­nant dans des entre­prises occi­den­tales dont certaines Fran­çaises. Dans le cas de BIC les 300 sala­riés annon­cés ne prennent visi­ble­ment pas en compte ceux passant leur temps derrière les barreaux et permet­tant à cette socié­té de déga­ger 40 % de marge sur les briquets.

Pour la commis­sion euro­péenne, c’est d’ailleurs cette marge qui est jugée suffi­sante pour ne plus impo­ser une taxe anti­dum­ping. S’il n’est pas ques­tion de prendre la défense d’un requin euro­péen face à un congé­nère chinois, la commis­sion montre à cette occa­sion qu’elle est avant tout un régu­la­teur écono­mique et non une barrière contre le dumping social comme elle tend parfois à le lais­ser croire. Si la concur­rence déloyale sur ces produits n’est pas flagrante, elle l’est par contre en ce qui concerne les condi­tions dans lesquelles sont fabri­qués les briquets chinois.

Loin d’être issus d’une produc­tion indus­trielle et un tant soit peu contrô­lée, ce sont en effet des milliers de parti­cu­liers qui assemblent les briquets dans des condi­tions souvent hasar­deuses. Si ces produits sont ensuite regrou­pés sous le nom d’un même expor­ta­teur, leur origine est aussi multiple que la manière dont les diverses pièces sont assem­blées. Un site comme alibaba.com regorge de machines arti­sa­nales permet­tant de remplir ces briquets d’un gaz stocké dans des condi­tions souvent médiocres. Comme écrit dans cet article cette acti­vi­té connaît en Chine un réel succès, une bonne partie de ces produc­tions partant ensuite vers des desti­na­tions plus ou moins connues, mais ne se limi­tant pas aux seules fron­tières du pays.

Sans doute la commis­sion euro­péenne a-t-elle jugé que donner du travail à quelques milliers de Chinois ou à quelques centaines de prison­niers en France reve­nait au même, les premiers étant toute­fois meilleurs clients d’Airbus que les seconds. En deve­nant ouver­te­ment une succur­sale de l’OMC, la commis­sion euro­péenne ne fait que démon­trer son inuti­li­té en dehors de celle permet­tant d’engraisser quelques fonc­tion­naires aux ordres et quelques dépu­tés prenant systé­ma­ti­que­ment quelques kilos en plus d’une rému­né­ra­tion pouvant être assi­mi­lée à un dumping élec­to­ra­liste.