Statut : Migrant

refletsdechineEn nais­sant dans une région pauvre leur avenir était déjà écrit, du moins pour un certain nombre d’années. Ils font partie des millions de migrants qui vont cher­cher un meilleur emploi près des zones côtières où les entre­prises exportent vers le monde entier. Avoir un enfant était un des prin­ci­paux objec­tifs pour ce jeune couple qui est très conscient des diffi­cul­tés de la vie en Chine ; ils ne se plaignent pas, ils vivent avec tout simple­ment. Issus de familles modestes, la venue de leur enfant est un soleil, même s’ils ne le verront que peu les premières années .

Ils se sont mariés il y a un an et leur enfant va venir au monde dans quelques jours. Elle, est de la campagne du Yunnan et lui de la ville de Longz­hou, une bour­gade à la fron­tière avec le Viet­nam. Ses parents ont été évacués avec toute la famille lors du conflit avec le voisin Viet­na­mien. L’affrontement a été de courte durée mais parti­cu­liè­re­ment violent, faisant de nombreuses victimes mili­taires mais aussi civiles. Le village était deve­nu une base de l’armée et par consé­quence une cible des tirs de mortiers adverses.

En chan­geant de région, la famille a aussi chan­gé de vie et a eu droit à un avan­tage notable qui est celui de chan­ger offi­ciel­le­ment de lieu de rési­dence avec une nouvelle inscrip­tion sur le hukou, le livret de famille Chinois. Ce droit au chan­ge­ment offi­ciel de rési­dence n’est pas courant et est réser­vé à des cas parti­cu­liers ou à des personnes fortu­nées et ayant de bonnes « rela­tions ».

Pour la jeune épouse, c’est aussi une aubaine de s’être mariée avec un homme de la ville et lors du mariage le choix de rési­dence a été vite choi­si. Il faut en effet savoir que lors d’une union, les deux mariés peuvent choi­sir le lieu de rési­dence de l’un ou l’autre des époux et c’est celui ci qui sera inscrit sur le hukou fami­lial.

Toute­fois, le jeune couple fait partie de l’immense popu­la­tion des migrants car les deux jeunes mariés travaillent dans le Guang­dong où le travail est mieux rému­né­ré et ils rejoin­dront leur lieu de travail quelques semaines après la nais­sance de leur enfant. Ils gagnent à eux deux envi­ron 1800 RMB (180 euros) en étant logés et nour­ris par leur employeur ; le seul reve­nu du mari ne permet­trait pas d’entretenir la famille et c’est la raison pour laquelle l’épouse va se remettre au travail peu après l’accouchement. L’enfant sera confié aux grands parents qui ont déjà en charge une autre petite-fille âgée de cinq ans et dont les parents travaillent dans un restau­rant du Hainan.

Pour les grands-parents, c’est une joie et un honneur que d’élever ses petits enfants mais c’est aussi une aide finan­cière car les parents envoient chaque mois une partie de leurs salaires pour l’entretien et l’éducation de leurs enfants. Dans deux ans, le jeune bébé sera scola­ri­sé et lais­se­ra un peu plus de temps à ses grands-parents non pas pour partir en vacances ou aller jouer à la belotte au club du troi­sième âge local mais pour travailler.

Ce système du droit de rési­dence n’empêche nulle­ment les gens de se dépla­cer et d’aller vivre et travailler où bon leur semble mais freine le problème de surpo­pu­la­tion dans les villes. Il faut savoir qu’un migrant qui voudra scola­ri­ser son enfant sur son lieu de travail devra payer davan­tage que les rési­dents, idem pour l’achat d’une maison.

Si la raison est compré­hen­sible, sa méthode d’application est plus discu­table pour nous Occi­den­taux qui avons l’habitude de dissi­mu­ler bien plus les problèmes et lors des J.O., certains médias se sont fait l’écho du cas de migrants qui étaient renvoyés chez eux pour la période des jeux. Leurs entre­prises étant souvent fermées pendant cette période et étant privés de reve­nus, ils n’avaient pas d’autres choix que de retour­ner provi­soi­re­ment chez eux.

Bien sûr, un certain nombre d’Occidentaux s’élèvent contre ce système qu’ils jugent comme étant une entrave à la libre circu­la­tion des personnes mais que proposent ils de concret à la place afin d’éviter les bidons-villes de certaines méga­poles Occi­den­tales ?

La Chine a des problèmes à résoudre et le système du hukou en fait partie, non pas telle­ment sur son prin­cipe mais par ses critères de sélec­tion par l’argent. Une personne aisée pour­ra en effet sans trop de problèmes s’installer dans une grande ville même si sa rési­dence offi­cielle est dans une autre province mais cela sera bien plus diffi­cile pour une famille modeste.

Les jour­naux relatent souvent le problème de ces migrants mais en se canton­nant unique­ment au cas des grandes villes ; il existe pour­tant des migrants partout en Chine et tous ne sont pas dans les métro­poles Chinoises. Le Hukou est en effet très restric­tif au sein même d’une région et se dépla­cer de quelques kilo­mètres a le même effet que de fran­chir des fron­tières régio­nales. Cette volon­té de maitri­ser les flux migra­toires est une des réformes à laquelle le gouver­ne­ment doit s’atteler ; car dans la vie, si un homme est proprié­taire de sa vie et de son avenir par ses actions, il n’est pas respon­sable du lieu où il nait. Cette notion de lieu de nais­sance est bien plus impor­tante que tous les droits d’expression récla­més par certains car il touche bien plus à la liber­té.