Si la Chine n’existait pas, il faudrait l’inventer : le commerce exté­rieur

exportation pomme chine 2012De la même manière que le taux de chômage, le défi­cit de la balance commer­ciale fran­çaise est souvent attri­bué à la Chine. S’il est vrai que sur les 70 milliards d’euros de défi­cit un tiers est d’origine chinoise, cela ne signi­fie toute­fois pas qu’il s’agit de produits chinois. Cette diffé­rence a beau être oubliée la plupart du temps, elle est pour une part impor­tante dans de fréquents malen­ten­dus plus ou moins savam­ment entre­te­nus.

Un Airbus fabri­qué à Tian­jin ou un iPad prove­nant de Foshan n’ont en effet rien de réel­le­ment chinois, la plupart ou la tota­li­té de leurs éléments prove­nant de pays tiers. Il y a quelques mois la direc­tion d’Airbus a par exemple préci­sé que les avions fabri­qués en Chine béné­fi­ciaient de l’assurance crédit euro­péenne, ceux-ci étant assem­blés en zone franche d’exportation, et sont donc consi­dé­ré à juste titre comme étant expor­tés en Chine. Il en est de même pour un iPhone qui lorsqu’il quitte sa zone de fabri­ca­tion devient taxable de la même manière qu’un produit impor­té. Bien qu’estampillés « Made in China » les béné­fices sont majo­ri­tai­re­ment réali­sés par les entre­prises conce­vant ses produits, le coût d’assemblage d’un iPad n’étant que de 2 dollars, ce qui est très éloi­gné du prix final. Il est souvent oublié que ces béné­fices sont en partie rapa­triés vers les pays d’origine, ce qui contri­bue aux budgets des pays concer­nés. Si le Japon, Taiwan ou la Corée du Sud inté­graient dans leurs échanges exté­rieurs les montants des produits expé­diés vers la Chine pour y être seule­ment assem­blés, l’excédent chinois serait bien moindre et la balance commer­ciale de ces pays sensi­ble­ment diffé­rents. Lorsque l’on sait ensuite que moins de la moitié des entre­prises expor­ta­trices sont gérées à 100 % par des Chinois, il est utile de rela­ti­vi­ser la « nuisance écono­mique » de la Chine.

exportation pomme chine 2012De par les éléments décrits plus haut, la Chine est le premier expor­ta­teur mondial, ce que tout le monde ou presque sait. Ce qui est par contre moins mis en lumière est la seconde place de ce pays en tant qu’importateur, ce derrière les USA et devant l’Allemagne. Avec sa cinquième place dans les deux secteurs, la France n’est pas si mal placée, ce même si le montant de ses expor­ta­tions suit de moins en moins celui des impor­ta­tions, ce qui dimi­nue d’autant le taux de couver­ture (montant des expor­ta­tions – montants des impor­ta­tions), et creuse par consé­quent le défi­cit. Il faut toute­fois noter que la facture éner­gé­tique pèse pour 44 % dans cet écart, l’Allemagne repré­sen­tant à elle seule 17 % du défi­cit commer­cial de la France.

Ce sont en fait moins les impor­ta­tions en hausse que les expor­ta­tions en baisse qui sont la cause de ce défi­cit. La faiblesse des écono­mies occi­den­tales, l’élévation du niveau de celles des pays émer­gents, dont en parti­cu­lier la Chine, a visi­ble­ment chan­gé le paysage de l’exportation, ce à quoi des pays comme la France ont bien du mal à s’adapter. Si l’Allemagne vend des machines-outils à la Chine, ce ne sont pas les quelques parfums ou cosmé­tiques ou produits viti­coles qui peuvent nous remettre à niveau. Après être passé à côté du déve­lop­pe­ment de l’informatique person­nelle en tant que fabri­cants, c’est la montée en puis­sance de pays passant de four­nis­seurs à clients que nos experts et diri­geants poli­tiques n’ont pas vu venir. Préfé­rant d’abord en rire avant de pous­ser des cris d’horreur, ils sont pour une bonne part dans le déclin actuel, mais qui a débu­té bien aupa­ra­vant au nom d’un certain héri­tage et de ses certi­tudes asso­ciées.

exportation pomme chine 2012C’est sans doute cette supé­rio­ri­té héri­tée qui a empê­ché nos poli­tiques d’appliquer les mêmes règles fixées par la Chine, celles-ci se résu­mant à des inves­tis­se­ments impor­tants et la garan­tie d’un mini­mum de personnes employées dans les usines. En voulant jouer aux « Améri­cains » (1er impor­ta­teur mondial et seule­ment 3ème expor­ta­teur), certains ont ainsi pensé perpé­tuer le vieux système colo­nia­liste où l’on se réserve les meilleures parts du gâteau en ne lais­sant que les miettes aux valets. Ces employés deviennent aujourd’hui les patrons, non pas en raison d’un quel­conque héri­tage, mais par leur facul­té à se remettre en ques­tion et à s’adapter à une situa­tion ponc­tuelle. Il s’agit donc avant tout d’une déci­sion, ou non-décision, poli­tique, ce à quoi la Chine est tota­le­ment étran­gère.

Dans le prochain article, il sera ques­tion de voir de plus près ce que rapportent en réali­té les expor­ta­tions chinoises, ce tant à certaines entre­prises qu’à un état bien souvent hypo­crite.