Si la Chine n’existait pas, il faudrait l’inventer : le chômage

StatistiquesDepuis une ving­taine d’années, tout ou presque est la faute de la Chine. C’est du moins ce que tentent de faire croire nos respon­sables poli­tiques et la période élec­to­rale qui vient ne devrait guère amélio­rer ce qui ressemble bien plus à un mantra qu’à une réali­té aussi marquée. Sans doute est-il plus facile de pronon­cer le mot Chine que celui d’incapacité, mot qui semble pour­tant être une meilleure défi­ni­tion.

Sans affir­mer que la montée en puis­sance de la Chine et autres pays émer­gents est tota­le­ment sans effet sur les secteurs tels que l’économie et le chômage, il faut toute­fois jeter un coup d’œil en arrière, ou plutôt sur quoi nous sommes confor­ta­ble­ment assis depuis bien­tôt 40 ans. Pour cela pas besoin d’inventer des argu­ments, l’INSEE et d’autres services publics les four­nis­sant à tous ceux qui cherchent à entendre un autre son de cloche, qu’elle soit d’ailleurs de droite ou de gauche, extrêmes des deux bords compris.

Commen­çons par cet élément le plus doulou­reux pour certains : le chômage. Comme écrit plus haut, la période élec­to­rale nous vaut le délire commun des divers candi­dats avec des « idées » allant de la ferme­ture des fron­tières aux taxes appli­quées sur les produits impor­tés, et donc majo­ri­tai­re­ment sur la Chine. Chine est donc à leurs yeux syno­nymes de chômage, les migrants des zones côtières chinoises volant les emplois aux pauvres hexa­go­naux.

Ce n’est pas tout à fait ce qu’indique le graphique ci-dessous, basé sur les chiffres du BIT (Bureau Inter­na­tio­nal du Travail.

StatistiquesCelui-ci indique en effet de manière très claire que la courbe du chômage est montée en flèche lors des années 75–83, soit à une époque où la Chine avait un poids écono­mique négli­geable. Or, qu’ont fait nos Giscard d’Estaing et succes­seurs lors de cette période pour lutter contre cette hausse ? Rien ou du moins pas grand-chose de visi­ble­ment effi­cace. Grim­pant à 25 % lors de ces 8 ans, le taux de chômage des 15–24 ans est une des causes de cette hausse, cette tranche d’âge étant celle des jeunes diplô­més. Est-ce la faute de la Chine si les entre­prises locales rechignent à embau­cher des jeunes sans expé­rience profes­sion­nelle ? Certains semblent dire que oui en tout cas.

Comme cela est visible sur ce même graphique, l’entrée de la Chine dans l’OMC n’a aucun impact réel sur le chômage. Celui-ci est même à la baisse par rapport aux années 90, les jeunes restant eux les plus touchés. Vu le genre de produits expor­tés majo­ri­tai­re­ment par la Chine, je me demande s’il est utile de faire coudre des bras de chemise ou assem­bler deux pièces d’iPad à des bacs + 3, même si cela vaut mieux que de ne rien faire.

Ce qui demeure évident c’est que droite ou gauche, les mesures prises pour tenter d’enrayer la hausse du chômage ont été bien plus coûteuses qu’efficaces, et ce tant pour les entre­prises que pour le budget de l’État. À grands coups de mesures bien plus élec­to­ra­listes que réflé­chies, les élus succes­sifs n’ont fait que creu­ser un gouffre suppor­té par les contri­buables sans pour cela appor­ter la moindre solu­tion.

StatistiquesSi certains de ces respon­sables avaient été chef d’entreprise, c’est devant les tribu­naux qu’ils auraient dû expli­quer cette faillite quasi frau­du­leuse puisque ayant dépen­sé à tort et à travers des fonds ne leur appar­te­nant pas. Au lieu de cela ils viennent pleu­rer devant les camé­ras de télé­vi­sons en expli­quant que tout est de la faute de la Chine qui vole nos emplois et nous inonde de produits aux bas coûts de fabri­ca­tion.

Parmi leurs argu­ments se trouve le défi­cit de notre commerce exté­rieur avec la Chine, ce qui sera appro­fon­di lors du prochain article, car là aussi les appa­rences sont souvent trom­peuses.