Santé et corrup­tion : préve­nir pour moins bien guérir

medecineAprès les respon­sables poli­tiques locaux, ce sont les méde­cins qui sont visés par une mesure anti-corruption. Cette fois, le corrup­teur et le corrom­pu sont mis sur un pied d’égalité avec un enga­ge­ment commun, cette promesse devant être signée par les deux parties.

De quoi s’agit-il ? À l’image des cadeaux faits aux profes­seurs, il est habi­tuel en Chine de remer­cier de manière anti­ci­pée le méde­cin qui va s’occuper de vous. Entré dans les habi­tudes, ce supplé­ment d’honoraires concerne égale­ment le person­nel infir­mier qui devient dès lors plus atten­tion­né. Les sommes varient en fonc­tion des dispo­ni­bi­li­tés de chacun ainsi que des services souhai­tés. En ce qui concerne les chirur­giens, ces pratiques existent dans de nombreux autres pays, dont la France avec des dessous de table garan­tis­sant de ne pas être opéré par un externe ou la femme de ménage.

En Chine ce système est géné­ra­li­sé à tout le corps médi­cal, ce qui n’est pas sans augmen­ter le coût d’une hospi­ta­li­sa­tion, les assu­rances ne couvrant bien évidem­ment pas ces frais. Tout le monde est au courant de ces pratiques soit en en béné­fi­ciant, soit en devant s’y plier pour ne pas avoir à subir les incon­vé­nients d’un service minimum.

Depuis mars 2013, certains aspects de la « culture chinoise » sont remis en ques­tion par la nouvelle équipe diri­geante qui tient à donner l’impression d’un combat achar­né contre la corrup­tion. Dési­rant, du moins en appa­rence, nettoyer le pays de nombreuses vieilles habi­tudes, il était logique que ces « supplé­ments médi­caux » soient la cible d’une nouvelle disposition.

Doré­na­vant, le méde­cin devra remettre au patient un docu­ment offi­ciel dans lequel est spéci­fié qu’il s’engage à ne rece­voir aucune grati­fi­ca­tion quelque en soit la forme. De son côté, le patient s’engage à ne pas corrompre le méde­cin ou le person­nel en offrant de quel­conques avan­tages en espèces ou en nature. Ce docu­ment doit être remis au patient au plus tard 24 heures après son admis­sion et doit être signé par les deux parties.

L’idée a beau appa­raitre inté­res­sante, son impact risque d’être limi­té. Côté hôpi­tal, il n’est en effet pas très diffi­cile de faire comprendre au patient qu’un cadeau serait le bien­ve­nu sans pour cela le récla­mer de manière ouverte. Pour la personne hospi­ta­li­sée et qui aura signé le docu­ment, rien n’empêchera à un membre de la famille ou un ami de jouer les intermédiaires.

Quel est alors l’objectif de cette mesure ? De se faire « propre sur soi ». En inter­di­sant les échanges réci­proques, les auto­ri­tés ne se font aucune illu­sion sur la réelle appli­ca­tion de cette mesure. Elles auront par contre pris la peine de s’intéresser à ce problème et personne ne pour­ra par consé­quent leur repro­cher des dérives qui si elles n’étaient pas auto­ri­sés, n’étaient pas expli­ci­te­ment pros­crites. Elles le sont à présent, ce qui aura pour seul effet de trans­fé­rer les respon­sa­bi­li­tés, but de la manœuvre.