San Shuo : une Miao au pays des Zhuang (XII)

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Le dernier grou­pe de poli­ciers venant d’indiquer qu’il était prêt, le signal est donné et c’est simul­ta­né­ment que plusieurs portes sont enfon­cées. S’y engouf­frent des dizai­nes d’hommes en armes dans un vacar­me provo­qué tant par quel­ques objets cassés au passa­ge que par les hurle­ments inti­mant aux person­nes présen­tes de ne pas avoir de gestes suspects. Sur les six chauf­feurs incri­mi­nés, seul l’un d’entre eux tente de s’échapper en passant par la fenê­tre, mais il est aussi­tôt repris dans la rue où étaient en poste deux poli­ciers. L’effet de surpri­se a fonc­tion­né comme prévu et c’est le regard hébé­té qu’ils se retrou­vent accrou­pis et menot­tés sous la garde de plusieurs mili­tai­res braquant leurs armes sur eux.

Du côté des merce­nai­res, si quatre se rendent sans trop de problè­mes, cinq autres tentent coûte que coûte d’échapper à leur sort. Les échan­ges de tir durent plusieurs minu­tes et trois de ces hommes sont abat­tus. Les deux derniers finis­sent par jeter leurs armes, l’un d’eux ayant eu une cuis­se sérieu­se­ment touchée par une balle.

La maison de Shuan se trou­vant légè­re­ment en dehors de la ville, aucun des trois occu­pants n’a enten­du quoi que ce soit. C’est pour cela que les person­nes en char­ge de l’opération ont déci­dé en premier lieu de s’occuper des chauf­feurs et des hommes de main afin d’empêcher tout éven­tuel renfort. Ce nettoya­ge termi­né, ordre est donné aux hommes en poste autour de la maison de Shuan d’intervenir. Plusieurs tireurs équi­pés de fusils à lunet­te sont postés sur le toit d’en face, la maison étant elle tota­le­ment encer­clée par une cinquan­tai­ne de mili­tai­res ou poli­ciers.

La porte d’entrée étant blin­dée, il est hors de ques­tion d’employer les mêmes moyens que précé­dem­ment, aussi c’est par les fenê­tres que les poli­ciers ont prévu d’entrer. La maison dispo­se de quatre étages, Shuan dort au deuxiè­me, les deux gardes étant quant à eux instal­lés au premier. En silen­ce, les échel­les sont appuyées contre les murs et plusieurs poli­ciers munis de masque à gaz sont prêts à y grim­per de la même maniè­re qu’ils le font couram­ment lors de leurs entraî­ne­ments ou d’opérations simi­lai­res. Profi­tant des derniè­res minu­tes de la nuit, plusieurs hommes se postent en face des fenê­tres. Ils sont munis de fusils dont le canon est surmon­té de grena­des déto­nan­tes et fumi­gè­nes.

Aussi­tôt celles-ci tirées et le verre des fenê­tres parti en éclats, une épais­se fumée marron s’échappe des ouver­tu­res alors que les premiers poli­ciers pénè­trent dans la maison. Vu la rapi­di­té à laquel­le la scène s’est dérou­lée, aucun des deux gardes n’a eu le temps de réagir et se retrou­vent entou­rés d’hommes poin­tant leurs armes vers eux. Shuan quant à lui n’a même pas eu le réflexe de se lever et s’est lais­sé menot­ter sans oppo­ser la moin­dre résis­tan­ce. Deux des poli­ciers descen­dent l’escalier et ouvrent la porte afin de permet­tre à leurs collè­gues d’investir les lieux.

Baio arri­ve en vue d’Hengxian en étant loin de se douter des évène­ments qui vien­nent de s’y dérou­ler. À la sortie d’un vira­ge, il voit deux voitu­res de poli­ce barrant la route. Une ving­tai­ne de poli­ciers casqués braque leurs armes dans sa direc­tion, ce qui ne lui lais­se aucun doute sur la cible. Il arrê­te son camion à quel­ques centai­nes de mètres du barra­ge et tente d’évaluer la situa­tion, une herse étant posée une tren­tai­ne de mètres devant les voitu­res, tenter de passer en force est voué à l’échec d’autant plus qu’il sait que les poli­ciers n’hésiteront pas une secon­de à tirer.

La route est trop étroi­te pour faire demi-tour et recu­ler lui est impos­si­ble. Jetant un coup d’œil dans ses rétro­vi­seurs, il aper­çoit six hommes descen­dus du véhi­cu­le qui les suivait qui poin­tant égale­ment leurs armes vers lui. À l’aide d’un méga­pho­ne, l’un d’eux lui ordon­ne de se rendre, ce que Biao hési­te à faire devant cette situa­tion sans issue. Il passe sa main sous le siège du passa­ger pour en ressor­tir un révol­ver et un éclair saute de l’autre côté de son camion, ouvre la portiè­re et part en courant à travers champs. Les poli­ciers lui inti­ment à nouveau l’ordre de se rendre tout en lui courant après. Perdant du terrain sur ses pour­sui­vants, Biao se retour­ne à plusieurs repri­ses en tirant sur les poli­ciers dont un est atteint à l’abdomen.

Une déto­na­tion plus forte que les autres se fait enten­dre, Biao vacille un instant, lâche son arme et s’écroule.

Alors que deux poli­ciers portent secours à leur collè­gue, les trois autres s’approchent du corps de Biao gisant en plein champ, il est mort.

Le poli­cier bles­sé est rapi­de­ment pris en char­ge par des méde­cins qui atten­daient à l’arrière du barra­ge. Char­gé dans une des ambu­lan­ces, il est amené vers l’hôpital alors qu’un autre de ces véhi­cu­les s’approche du corps sans vie de Biao. En passant dans une des rues de la ville, l’ambulance croi­se une voitu­re de poli­ce ayant à son bord un poli­cier dont le regard fixe la paire de menot­tes que lui a passée quel­ques minu­tes aupa­ra­vant un des poli­ciers venus de Pékin. Le camion que condui­sait Biao est amené dans un hangar du poste de poli­ce où il va être soigneu­se­ment inspec­té et au besoin démon­té. Shuan est pour sa part assis dans une pièce, gardé par deux poli­ciers n’ayant pas quit­té leur tenue de combat. Sa maison, les bureaux de son entre­pri­se, les KTV, four­millent de poli­ciers en civil en fouillant chaque recoin tout en amas­sant une impor­tan­te quan­ti­té de docu­ments divers.

Une opéra­tion d’une telle enver­gu­re ne pouvant que diffi­ci­le­ment passer inaper­çue dans un villa­ge, les conver­sa­tions tour­nent bien évidem­ment autour de ce seul sujet. Ici toute­fois, pas de horde de jour­na­lis­tes traquant le moin­dre détail à se mettre sous la dent, quit­te à les inven­ter si les infor­ma­tions recueillies se révè­lent trop commu­nes. Si les éven­tuels témoins ne sont géné­ra­le­ment que peu loqua­ces, ce sont avant tout les auto­ri­tés qui impo­sent aux médias de se conten­ter d’aller là où on leur dit et d’écrire ou de filmer ce qui leur est auto­ri­sé. Dans l’immédiat ces infor­ma­tions auto­ri­sées sont nulles, un blackout total étant appli­qué. Ce filtra­ge n’empêche toute­fois pas les habi­tants de s’intéresser à cette affai­re dont la fina­li­té n’est guère une surpri­se pour la majo­ri­té d’entre eux.

Genshe étant resté chez lui pour travailler sur le plan­ning des construc­tions à venir, c’est sa servan­te qui en allant faire ses cour­ses en ville apprend ce qui s’est passé dans la mati­née. À l’allure d’un sprin­ter, elle fait le chemin retour, lais­se tomber son vélo devant l’entrée et se met à hurler en péné­trant dans le hall :

— Genshe, Shuan a été arrê­té et son frère a été tué !

Genshe sort préci­pi­tam­ment de son bureau et deman­de à Shin de répé­ter ce qu’elle vient de crier et dont son patron n’a compris que quel­ques mots :

— Shuan a été arrê­té et son frère a été tué par la poli­ce.

En enten­dant Shin, le cousin de Genshe accourt :

— Je comprends pour­quoi je n’avais pas de nouvel­les de mon ami à Pékin.

Une fois remi­se de ses émotions, Shin rela­te ce qu’elle a appris sur le marché. Genshe reste sans dire un mot. Il est bien enten­du heureux de cette nouvel­le, mais préfè­re atten­dre d’en être certain avant d’annoncer ce qui pour­rait ressem­bler à la fin de bien des soucis. Cette confir­ma­tion arri­ve quel­ques minu­tes après. Quelqu’un sonne en effet à la porte et Shin va ouvrir. Il s’agit de Wu, l’ami poli­cier du cousin à Genshe. Une fois assis et après avoir avalé une tasse de thé, il confir­me ce que Shin a enten­du en ajou­tant quel­ques détails de l’opération. La seule ombre au tableau est son collè­gue griè­ve­ment bles­sé et sur lequel les méde­cins hési­tent enco­re à se pronon­cer. Genshe deman­de s’il peut aver­tir San Shuo, ce à quoi Wu s’oppose en jugeant qu’il est enco­re trop tôt. Si cette histoi­re a fait du bruit loca­le­ment les poli­ciers tien­nent à main­te­nir une certai­ne discré­tion, le temps d’éclaircir quel­ques aspects enco­re flous.

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