San Shuo : une Miao au pays des Zhuang (VIII)

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Le rendez-vous si impor­tant pour Genshe est celui que le proprié­taire du KTV lui a fixé en l’appelant hier. Genshe parcourt le même dédale que la fois dernière, seule la jeune fille char­gée de le conduire ayant chan­gée. Wei le fait asseoir en lui propo­sant de la même manière que la dernière fois un verre de Whis­ky. Genshe a beau être pres­sé d’en venir à la raison qui l’amène dans ce lieu, il doit respec­ter le céré­mo­nial impo­sé par son hôte. Wei voyant toute­fois Genshe inquiet, il ne tarde pas trop à lui annon­cer le résul­tat de ses contacts :

— Comme je te l’ai dit l’autre fois, tu n’es pour rien dans la suspen­sion des projets. Ceux-ci seront même accé­lé­rés puisque les dossiers de soumis­sion doivent être dépo­sés avant deux semaines. Voilà pour une première chose.

Wei marque un temps d’arrêt avant de pour­suivre et avale une gorgée de whis­ky :

— La deuxième est qu’en remon­tant la filière utili­sée par Shuan, mon contact s’est aper­çu d’une chose bizarre.

— Laquelle ?

— Le nom de ton entre­prise appa­rait toujours dans la liste des soumis­sion­naires auto­ri­sés.

— Ce n’est pas possible, j’ai assis­té moi-même à la réunion. Un des respon­sables m’a dit en apar­té que je ne pour­rais plus soumis­sion­ner.

— Je sais, mais tu as été réins­crit. Attends, je n’ai pas fini ! Ayant brif­fé mon contact sur ta situa­tion, il a été autant surpris que toi et à voulu en savoir davan­tage. Derniè­re­ment, plusieurs dossiers touchant Shuan de près ou de loin ont été récla­més par les services char­gés des contrôles finan­ciers.

— De la région ?

— Non juste­ment, de la capi­tale. Tu as mis quelqu’un d’autre sur cette affaire ?

— Non pas sur cet aspect. J’ai un cousin qui y est avocat et il est arri­vé ce matin pour me donner quelques conseils, mais pas sur les projets puisque je t’ai deman­dé de t’en occu­per.

— Quoi qu’il en soit, cette demande a semé le trouble chez certains et une enquête interne a été ordon­née. C’est à ce moment-là que le nom de ta socié­té est réap­pa­ru.

— Je ne comprends pas bien. Tu m’as dit l’autre fois que Shuan avait dû payer cher pour m’évincer. Il donc versé de l’argent à une personne et c’est la même qui en prenant peur m’aurait réins­crit ? Et l’argent qu’il a versé ?

— Je ne sais pas, peut-être l’a-t-il rendu à Shuan.

Genshe boit en une fois son verre de Whis­ky et le tend à Wei afin qu’il le remplisse à nouveau :

— Wei, ça te dérange si je demande à mon cousin avocat de venir ?

— Pas du tout. Appelle-le.

Dix minutes plus tard, le cousin de Genshe entre dans le bureau. Genshe lui explique la situa­tion le plus rapi­de­ment possible afin de ne pas trop empié­ter sur l’emploi du temps de Wei. L’avocat explique ensuite les démarches qu’il a entre­prises avant de venir :

— J’ai quelques amis dans ces services et je leur ai pour l’instant simple­ment deman­dé s’ils pensaient qu’il y avait assez de matière pour une inter­ven­tion de leur part en leur four­nis­sant les éléments que tu m’as donnés. Sans me préve­nir, ils ont dû juger que oui et ont commen­cé les inves­ti­ga­tions. Norma­le­ment cette demande n’aurait pas dû sortir, mais il est toujours diffi­cile d’éviter les fuites dans ce pays.

Wei et Genshe ont écou­té avec atten­tion les expli­ca­tions four­nies par son cousin. Wei apporte un élément des plus utiles pour la suite :

— Ça ne me regarde pas, mais si vous voulez coin­cer Shuan et ses amis il va falloir faire vite, car il a senti l’odeur de brûlé et se prépare à partir. Je le sais parce qu’il m’a appe­lé avant-hier.

— Il t’a appe­lé ?

— Oui. Tu sais qu’il est proprié­taire de deux KTV. Il m’a deman­dé si je serais inté­res­sé pour les ache­ter. Comme il n’a pas parti­cu­liè­re­ment besoin d’argent, j’en ai déduit qu’il prépa­rait son départ. Je peux me trom­per, mais si son guan­xi (rela­tion) lui a rendu l’argent, qu’il lui en ait ou non expli­qué la raison a dû l’alerter.

Wei remplit de nouveau le verre de Genshe, celui-ci l’ayant vidé pendant que Wei donnait cette précieuse préci­sion. Genshe tire vers lui la mallette qu’il avait amenée. Un simple regard entre lui et Wei remplace la ques­tion qui pour des gens « plus normaux » aurait été : « Combien je te dois ? » Wei montre deux doigts, ce qui signi­fie 200 000 yuans. Genshe ouvre la mallette et ressort quelques liasses de billets qu’il dépose sur la table avant de les pous­ser vers Wei :

— Ce n’est pas pour moi, mais pour mes contacts. Cela ne m’arrive que très rare­ment, mais ce service je te l’offre. D’abord parce que c’est toi et ensuite parce que je n’ai aucune estime pour Shuan. Mes deux employés, ça va ?

— Oui, ils sont en train d’installer un télé­vi­seur.

— Comment ça un télé­vi­seur ?

— Là où ils sont, c’est San Shuo qui leur a deman­dé.

— Ils ont fait plus dange­reux comme mission.

Genshe et son cousin prennent congé de Wei. Son cousin étant venu en taxi, les deux hommes reviennent ensemble à la maison de Genshe. S’il a du mal à conte­nir sa joie, il se demande égale­ment quelle va être la suite des évène­ments. Il veut à tout prix empê­cher Shuan de s’échapper, non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il a fait à San Shuo et à Ayen :

— Je pensais devoir sortir aux alen­tours de 5 millions et je m’en sors avec 200 000. Reste à soumis­sion­ner et obte­nir les chan­tiers, mais le plus dur est fait. Que comptes-tu faire pour le reste ?

— Dès demain matin, je vais appe­ler mes amis et leur deman­der d’accélérer en leur préci­sant les risques de fuite. Ça devrait les faire réagir.

Aussi­tôt rentré, Genshe prend une douche qui lui rafrai­chit les idées après les quelques verres de whis­ky de trop. Avant de repar­tir à son rendez-vous, il est passé par l’hôpital voir Ayen. Sans être encore tota­le­ment consciente, elle ouvre main­te­nant les yeux et semble recon­naître sa fille. Demain matin, elle appel­le­ra San Shuo pour lui faire part de l’état de santé de son amie. En ce qui concerne ce qu’il vient d’apprendre, pas ques­tion d’en discu­ter au télé­phone et devra donc attendre que Genshe et San Shuo se rencontre. Il avait prévu d’aller voir San Shuo en fin de semaine, et ce qu’il sait à présent ne fait que donner des raisons à sa visite.

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