San Shuo : une Miao au pays des Zhuang (V)

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Les infir­miè­res passent régu­liè­re­ment dans sa cham­bre pour véri­fier la bonne marche des appa­reils. Dans quel­ques minu­tes un méde­cin va passer pour débran­cher le respi­ra­teur qui assu­re à Ayen une bonne venti­la­tion de ses poumons. Si elle peut se passer de cette aide, elle sera à nouveau opérée dans la mati­née, sinon il faudra atten­dre que son état s’améliore.

Li Bing et sa tante arri­vent pour pren­dre le relais et invi­tent San Shuo à aller se repo­ser :

— J’irai un peu plus tard. Ils vont débran­cher le respi­ra­teur pour voir si Ayen peut respi­rer seule. Je veux être là.

Un méde­cin arri­ve quel­ques instants plus tard en compa­gnie de deux infir­miè­res. Il auscul­te rapi­de­ment Ayen et fait signe à une de ses aides de débran­cher l’appareil. Après un très court instant de pause, le souf­flet du respi­ra­teur reprend son mouve­ment, mais cette fois pous­sé par le seul souf­fle d’Ayen. Le méde­cin et les infir­miè­res restent quel­ques minu­tes au chevet de la jeune femme. L’une d’entre elles lui fait une piqu­re et les trois person­nes quit­tent la cham­bre. Le méde­cin se tour­ne vers San Shuo :

— Elle a l’air de tenir le coup. Rien de certain enco­re, mais cette premiè­re étape semble posi­ti­ve.

À peine a-t-il termi­né sa phra­se qu’un des ordi­na­teurs émet un siffle­ment stri­dent, signe que quel­que chose ne va pas. Le méde­cin entre rapi­de­ment dans la cham­bre et une des infir­miè­res remet le respi­ra­teur en route. Après quel­ques minu­tes, il est à nouveau débran­ché. Tout semble rede­ve­nir normal. Voyant la mine défai­te de San Shuo il lui expli­que de ne pas s’inquiéter :

— Cela arri­ve souvent. Le corps s’habitue à être aidé et le cerveau doit enre­gis­trer qu’il doit à présent repren­dre le contrô­le. Rien de grave.

Après cette aler­te, San Shuo refu­se d’aller se coucher malgré l’insistance de Li Bing. Ayen semble pouvoir se passer du respi­ra­teur et aucun autre souci ne vien­dra trou­bler la nuit. Vers 6 heures du matin, San Shuo se rend dans une cham­bre pour s’y repo­ser. Cet après-midi a lieu l’entretien avec Fon et elle doit être en forme.

Un de ses gardes du corps s’est instal­lé sur une chai­se en face d’elle, ce qui ne l’aide guère à trou­ver le sommeil. San Shuo parvient toute­fois à s’endormir et ce n’est que vers 10 heures qu’elle est réveillée par une main lui tapo­tant l’épaule. En voyant le visa­ge de Li Bing, San Shuo se lève d’un coup :

— Qu’est-ce qui se passe, ta mère ?

— Oui, mais rien de grave, au contrai­re. Elle a un peu bougé la tête et a ouvert les yeux. Pas très long­temps, mais un peu.

— J’arrive.

San Shuo rejoint Li Bing devant la gran­de vitre, sa tante étant partie travailler. En fin de mati­née Genshe arri­ve et deman­de à San Shuo des nouvel­les de son amie :

— Li Bing me dit qu’elle a un peu bougé et entrou­vert les yeux. Ils lui ont reti­ré le respi­ra­teur et elle devrait être réopé­rée cet après-midi

— C’est bien. Tu vas voir, tout va s’arranger pour elle et pour toi aussi.

— À 14 heures je vien­drai te cher­cher pour aller à notre rendez-vous. Aussi­tôt après, vous parti­rez tous les trois. S’il n’y a pas de problè­mes sur la route, vous devriez arri­ver en début de soirée. San Shuo ne dit rien, toujours aussi peu embal­lée de quit­ter tant Ayen que son travail :

— Tu crois que c’est réel­le­ment obli­ga­toi­re ?

Pour répon­se San Shuo a droit à un regard glacial, ce qui suffit ample­ment à lui faire compren­dre que la discus­sion sur ce sujet est close. Le patron de San Shuo s’en va, lais­sant la jeune femme à ses inter­ro­ga­tions. Il revient à l’heure dite alors qu’au même moment Ayen est amenée vers le bloc opéra­toi­re. San Shuo tente de deman­der à Genshe si elle pour­ra atten­dre le retour de son amie avant de partir :

— Non, ça fera trop tard après. Je ne veux pas que tu arri­ves chez toi en plei­ne nuit. Tu as préve­nu tes parents ?

— Non, pour quoi faire ?

— Penses-tu enco­re à ne pas y aller ?

— Non, mais je n’ai pas à les préve­nir. Ce sont mes parents.

— Et s’ils ne sont pas là ?

— Où veux-tu qu’ils aillent ?

Genshe n’insiste pas, sachant fort bien qu’il ne parvien­dra à rien. Ce mode de raison­ne­ment est le même que celui qu’avait sa femme, et il sait donc très bien que l’impasse est au bout de la discus­sion.

Il donne ses ordres aux deux anges gardiens de San Shuo. Il lais­se sa voitu­re sur le parking de l’hôpital et va faire à pied les quel­ques centai­nes de mètres qui le sépa­rent du salon de massa­ge. San Shuo part en voitu­re quel­ques minu­tes après avec les deux hommes qui la lais­se­ront devant la porte du salon. Ils iront ensui­te se garer assez loin au cas où Fon serait suivie.

Le scéna­rio se dérou­le comme prévu et San Shuo retrou­ve Genshe au salon. Une dizai­ne de minu­tes plus tard, c’est Fon qui fait son entrée. La proprié­tai­re du salon les instal­le dans une pièce située quel­que peu en retrait et ferme la porte derriè­re elle.

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