San Shuo : une Miao au pays des Zhuang (IX)

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La soirée se passe dans le calme, mais le soleil se lève à peine lors­que Wang et Zhou sont réveillés par le bruit d’un camion qui semble station­ner devant la maison. Wang jette un coup d’œil par la fenê­tre pour s’apercevoir qu’il s’agit de celui venant livrer les télé­vi­seurs. Les deux hommes s’habillent rapi­de­ment et descen­dent pour aider le chauf­feur à déchar­ger son véhi­cu­le. Le temps de tout ranger dans une pièce du rez-de-chaussée et Fang les a rejoints avec une enve­lop­pe conte­nant l’argent récu­pé­ré chez les habi­tants ayant passé comman­de. Une fois tout véri­fiés, Wang et Zhou remon­tent pren­dre leur repas et partent ensui­te vers une des maisons avec un des appa­reils. Toute la jour­née ils font ces allées-venues et vers 20 heures ont termi­né toutes les instal­la­tions.

Genshe a appe­lé pour annon­cer qu’il serait là aux alen­tours de 22 heures. Toute la famil­le l’attend en regar­dant la télé­vi­sion, Zhou et Wang ayant été invi­tés à souper par un des derniers « clients ». L’ambiance est d’autant plus gaie que l’alcool de riz coule à flot. Il ne s’agit pas de ces belles bouteilles que l’on trou­ve dans les maga­sins, mais de fabri­ca­tions loca­les stockées dans des bidons de 15 litres. Si l’esthétique du conte­nant n’y est pas, le conte­nu est lui à la hauteur, parti­cu­liè­re­ment en ce qui concer­ne le degré du liqui­de. Wang jette un œil embué à sa montre et en voyant qu’il est près de 10 heures du soir, pous­se son collè­gue à partir. C’est titu­bant et se tenant par le cou qu’ils parvien­nent péni­ble­ment jusqu’à la maison de San Shuo, hélas pour eux juste au moment où Genshe arri­ve. En les voyant ainsi il descend de sa voitu­re pour leur adres­ser quel­ques mots pas très aima­bles :

— Vous avez l’air en forme. Je vois que je peux comp­ter sur vous.

San Shuo ayant enten­du la voitu­re, elle est descen­due pour accueillir son patron et prend la défen­se des deux hommes :

— Ne leur en veut pas, ils ont eu une jour­née fati­gan­te.

— Oui, je vois. Très fati­gan­te même.

— Ce n’est pas de leur faute, ils se sont lais­sé pren­dre.

— Oui, ils n’ont pas dû beau­coup résis­ter.

Zhou et Wang montent l’escalier la tête basse, tels des enfants ayant fait une bêti­se et se faisant gron­der par leurs parents. Manquant une marche, Wang est à deux doigts de tomber sur Genshe, ce qui ne contri­bue guère à amélio­rer les rela­tions du moment. C’est sous le souri­re amusé des parents de San Shuo et de sa sœur qu’ils traver­sent la pièce et vont se coucher sans plus de commen­tai­res.

Genshe n’ayant pas mangé, Fang lui prépa­re quel­ques nouilles agré­men­tées de petits morceaux de porc. Parlant à peu près conve­na­ble­ment le dialec­te local en l’ayant appris avec sa femme, Genshe discu­te avec le père de San Shuo. La discus­sion se limi­te aux ques­tions quoti­dien­nes, soit celles concer­nant les cultu­res. San Shuo est allée aider sa sœur et les deux jeunes femmes revien­nent quel­ques minu­tes plus tard avec plusieurs assiet­tes. Genshe a faim et ne se fait pas prier pour commen­cer à se rassa­sier. Après quel­ques bouchées avalées, il sort son télé­pho­ne de sa poche, action­ne une touche et le tend à San Shuo :

— Ayen ! Elle est levée ?

— J’ai pris cette photo juste avant de partir. Elle ne marche pas enco­re, mais va nette­ment mieux. On lui télé­pho­ne­ra demain.

San Shuo a les larmes aux yeux en regar­dant celle avec qui elle avait pour­tant eu une sévè­re expli­ca­tion :

— Tu dormi­ras dans la cham­bre de Fei.

— Il n’est pas là ?

— Non pas pour quel­ques jours on en parle­ra demain. Tu dois être fati­gué.

— Oui assez, la semai­ne a été diffi­ci­le. Si tu as des choses à me dire, moi aussi.

Si tout le monde va se coucher, Wang et Zhou se sont eux affa­lés sur le même lit en étant inca­pa­bles d’aller plus loin. C’est à 9 heures passées qu’ils font une piteu­se appa­ri­tion, les pier­res qui se promè­nent dans leur tête les empê­chant de se tenir réel­le­ment droits. San Shuo est assi­se en face de Genshe, ses parents sont partis aux champs et Fang est allée donner quel­ques détails à une voisi­ne ayant quel­ques diffi­cul­tés avec la télé­com­man­de du télé­vi­seur. San Shuo a expli­qué à son patron la visi­te de cour­toi­sie de ses voisins Yao et c’est avec le souri­re qu’il voit arri­ver Wang et Zhou :

— Excuse-nous pour hier Genshe. Il est fort leur alcool, on est pour­tant habi­tué.

— Ça va, San Shuo m’a expli­qué que ça n’avait pas été de tout repos.

Fang revient de sa forma­tion et en voyant Zhou et Wang se préci­pi­te pour leur prépa­rer à manger. Ils s’assoient tout en se frot­tant la tête pour tenter d’évacuer les derniers gravillons. Genshe reprend sa conver­sa­tion avec San Shuo :

— Que penses-tu faire pour ton frère ?

— Je n’en sais rien pour l’instant. Il est inca­pa­ble de se débrouiller seul et s’il reste ici, ça va être des problè­mes en perma­nen­ce. D’un autre côté s’il n’est pas là, ce sont mes parents qui vont avoir des problè­mes pour culti­ver les champs. Il ne fait pas grand-chose, mais avec Fang ça fait une person­ne en plus. Sa sœur a enten­du cette remar­que qu’elle n’apprécie que moyen­ne­ment :

— C’est ça, je suis la moitié d’une person­ne.

— Non, ce n’est pas ce que je voulais dire.

— Non, mais tu l’as dit, et devant des étran­gers en plus.

— Je voulais dire qu’avec le travail que tu faisais ici, tu ne pouvais être toute la jour­née dans les champs.

— Ah bon, je préfè­re. Si tu crois que ça m’amuse de rester là toute la jour­née.

Pendant cette « expli­ca­tion de texte » entre les deux sœurs, Genshe est pensif, ce que San Shuo n’a aucu­ne peine à remar­quer :

— Quel­que chose ne va pas ? On t’ennuie avec nos histoi­res.

— Non pas du tout, je réflé­chis­sais à une solu­tion.

— Tu n’as pas à penser à ça, ce sont nos problè­mes et tu en as assez avec les tiens.

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