San Shuo : une Miao au pays des Zhuang (III)

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Genshe montre le chemin de la cham­bre aux méde­cins. Sans poser de ques­tions, ils font le premier état de l’homme toujours iner­te, le dos appuyé au mur. Un filet de sang coule d’une oreille, indi­quant une possi­ble frac­tu­re du crâne. Un des poli­ciers s’adresse à San Shuo :

— On ne voit que toi en ce moment.

San Shuo bais­se la tête, mais Genshe n’a visi­ble­ment pas appré­cié la réflexion :

— Qu’est-ce que cela veut dire ? Cet abru­ti a essayé de la violer, elle n’y est pour rien.

— Comment est-il entré ?

— Par la porte, par où voulez-vous qu’il rentre ?

— Shin expli­que qu’elle lui a ouvert avant de s’absenter, mais un des docteurs inter­vient :

— Il est dans le coma, pas très brillant.

Un des poli­ciers s’adresse à Genshe et San Shuo :

— Vous venez avec moi au poste de poli­ce et vous allez m’expliquez votre version, ce n’est pas clair tout ça. S’il s’avère que vous avez voulu vous venger de la mort de votre mari, ça va vous coûter cher.

Sur la route qui amène San Shuo et Genshe au commis­sa­riat, l’ambiance est lour­de. Genshe a posé sa main sur celle de San Shuo :

— Ne t’inquiètes pas tout va bien se passer, tu ne risques rien.

— Oui, mais vous, vous allez avoir des ennuis et tout cela à cause de moi.

— J’aurais agi de la même façon pour n’importe qui.

Le poli­cier leur impo­se de se taire et ils font ainsi le reste du trajet dans le silen­ce, le seul lien entre eux restant cette main qui n’a pas échap­pé au regard du poli­cier. San Shuo ne pense pas à faire remar­quer ce geste à son patron, le consi­dé­rant comme un signe de récon­fort. Il lui est de plus diffi­ci­le de risquer d’être déso­bli­gean­te dans la situa­tion actuel­le.

La voitu­re s’arrête devant le commis­sa­riat, San Shuo et Genshe suivent le poli­cier. Celui-ci deman­de à San Shuo de s’asseoir dans l’entrée et seul Genshe pénè­tre dans un bureau. Il racon­te toute l’histoire depuis le moment où il a rencon­tré Shin jusqu’à celui où la poli­ce est arri­vée :

— Oui, vous vous êtes quand même achar­né sur lui

— C’est vrai que j’étais très en colè­re. Cet homme ne vaut rien, il a propo­sé de l’argent à San Shuo pour qu’elle ne porte pas plain­te.

— Ah oui ! San Shuo, elle n’est pas trop farou­che. Son mari est mort depuis seule­ment quel­ques jours et elle habi­te déjà chez vous.

Les yeux de Genshe rougis­sent de rage, il se lève en saisis­sant le bord du bureau et le retour­ne sur le poli­cier. Des renforts arri­vent, maîtri­sent Genshe et lui passent les menot­tes. Le poli­cier se relè­ve, furieux :

— Ça va vous coûter cher ce geste, je vais vous le faire payer.

— Si vous voulez, cela ne m’inquiète pas.

— On verra.

Genshe est emme­né dans une cellu­le. Pour s’y rendre, il passe devant San Shuo :

— Qu’est-ce qu’il y a, qu’est-ce qui se passe, où l’amenez-vous ?

— Ne t’inquiète pas San Shuo, dès que tu sors, tu dis à Ruha de préve­nir mon avocat.

Genshe n’a pas le temps de dire un mot de plus qu’un poli­cier le pous­se vers le couloir menant aux cellu­les. Le poli­cier qui inter­ro­geait Genshe est à présent remis de ses émotions et appel­le San Shuo :

— À ton tour main­te­nant, viens.

San Shuo prend la place qu’occupait Genshe juste avant elle :

— Tu vois ton copain, il a voulu faire le malin et il a perdu.

— Ce n’est pas mon copain, c’est mon patron et il est très gentil avec moi.

— Oui, il est très gentil, et toi aussi, tu es très gentille avec lui, n’est-ce pas ?

Le sang de San Shuo ne fait qu’un tour, elle saisit un lourd presse-papier posé sur le bureau et le lance au visa­ge du poli­cier qui a juste le temps d’esquiver l’objet :

— Tu vas aller te calmer à côté de ton ami, puis­que vous êtes insé­pa­ra­bles.

Un autre poli­cier entre dans le bureau, mais bien plus gradé :

— Bon, tu arrê­tes, j’ai tout enten­du depuis le couloir et l’on m’a rappor­té ce qui s’était passé avec Genshe. Un de tes collè­gues va repren­dre l’affaire, tu ne t’en occu­pes plus.

— On va repren­dre du début et avec plus de douceur, tu veux du thé ?

— Oui, merci je veux bien. Et mon patron ?

— Ne t’inquiète pas pour lui, on s’en occu­pe­ra un peu plus tard.

Une poli­ciè­re vient cher­cher San Shuo, la conduit dans une autre pièce et lui offre du thé. Genshe lui est libé­ré de sa cellu­le et est à nouveau enten­du. L’audition dure un peu plus d’une heure, cette fois dans le calme. À la fin de l’audition, le poli­cier préci­se certains points à Genshe :

— Je n’ai pas à pren­dre parti dans cette affai­re et même si je comprends votre réac­tion, vous risquez gros. S’il y reste, vous serez accu­sé de meur­tre sinon de tenta­ti­ve, au mini­mum de coups et bles­su­res.

— Je sais, mais il a essayé de violer San Shuo

— Oui, peut-être, mais vous ne deviez pas le frap­per si fort.

— Je ne regret­te rien et j’assume mes actes.

L’audition finie, le poli­cier appel­le son chef :

— Qu’est ce que l’on fait, on le remet en cellu­le ?

— Non, ce n’est pas un crimi­nel, enfin, pas pour l’instant. Laissez-le partir.

— Je vais atten­dre San Shuo, la pauvre a été choquée par cette histoi­re. Depuis plusieurs jours, elle ne s’en sort pas.

— Oui, bien sûr, on va faire vite pour elle et ensui­te vous pour­rez rentrer.

— San Shuo est enten­due pendant une ving­tai­ne de minu­tes, omet­tant de signa­ler l’acharnement de Genshe et certai­nes de ses paro­les.

Un taxi ramè­ne San Shuo et son patron vers la maison. Shin accourt :

— Vous allez bien tous les deux, ça s’est bien passé ? J’ai tout nettoyé.

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