San Shuo : une Miao au pays des Zhuang (II)

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Le patron de San Shuo est un homme gentil et droit, il est veuf depuis 5 ans, sa femme étant morte d’un cancer malgré tout ses efforts et les sommes dépen­sées. Depuis il se consacre unique­ment à son travail.

Il a commen­cé comme simple manœuvre pour ensuite deve­nir ouvrier avant de se mettre à son compte. Il a main­te­nant 600 employés et il est proprié­taire de plusieurs maga­sins en ville. Il est toute­fois resté un homme simple qui connaît le travail et sait recon­naître les gens de valeur.

San Shuo frappe à la porte de son bureau :

— Entre San Shuo, je t’ai vu arri­ver.

San Shuo pénètre dans la pièce où les murs sont tapis­sés de photos des chan­tiers réali­sés :

— Assieds-toi, veux-tu du thé ?

— Non, merci, je viens voir avec qui je travaille demain !

— Juste­ment, je voulais te voir à ce sujet. J’ai réflé­chi à pas mal de choses depuis 2 jours.

— Il y a un problème ?

— Non, ne t’inquiète pas. Tu sais qu’il y a un an j’ai ouvert un maga­sin de vête­ments dans le centre-ville. La personne qui s’en occupe va se marier et elle va partir à Nanning. J’ai pensé que tu serais inté­res­sée, tu es sérieuse et je sais que tu t’en sorti­ras bien.

— Mais, je n’y connais rien et de plus je ne veux pas de pitié, pour­quoi moi ?

— La pitié n’a rien à avoir, je voulais t’en parler depuis plusieurs jours, pour le reste tu appren­dras.

— Et Ayen ?

— Quoi Ayen ?

— Si elle ne travaille pas avec moi, ça ne m’intéresse pas. C’est mon amie et elle a les mêmes problèmes que moi.

— Quelle tête de mule occupe-toi donc de toi, je ne peux prendre qu’une personne. Il y a déjà une vendeuse et pour l’instant, je n’ai rien pour ton amie.

— Tant pis, je travaille avec qui demain ?

— Je ne sais pas, je ne pensais pas que vous alliez reve­nir si vite et j’ai fait les équipes pour la semaine.

— Reviens avec Ayen demain et je vous dirai avec qui vous faites équipe.

— Très bien, merci et excusez-moi, mais je ne peux pas lais­ser Ayen seule sur le chan­tier en ce moment.

— Je comprends, tu es une fille bien.

San Shuo regagne son domi­cile en prenant le bus qui la laisse en bas de la côte, San Shuo faisant les derniers kilo­mètres à pied. Elle entre dans la maison, fait brûler trois bâtons d’encens devant l’urne qui contient les cendres de son mari, fait un peu de ménage et prépare son portage avant d’aller se coucher.

San Shuo a un peu mieux dormi, l’excès de fatigue sans doute. Bien sûr, l’absence de son mari est diffi­cile à suppor­ter, mais elle a telle­ment de choses dans la tête que cela laisse peu de place à ses senti­ments.

Elle récu­père Ayen sur le trajet habi­tuel. Ayen n’a pas fermé l’œil de la nuit et ses yeux sont remplis d’une fatigue tant physique que morale. La route leur semble plus longue que d’habitude, ce d’autant plus que les mots sont rares.

Elles arrivent direc­te­ment sur le chan­tier et se rendent au bureau de leur patron. Celui-ci les fait asseoir et ferme la porte derrière elles. San Shuo n’a même pas parlé de la propo­si­tion que lui avait faite son patron :

— Bon, avec qui travaille-t-on aujourd’hui ?

— Avec personne, vous ne travaillez plus sur les chan­tiers !

— Bien que gêné par la proxi­mi­té du drame ayant touché les deux jeunes femmes, il savoure l’effet qu’il vient de créer.

— Mais pour­quoi ?

— Vous allez venir avec moi toutes les deux.

— Mais où ?

— Vous verrez bien.

Le patron se lève et invite les deux femmes à en faire autant. Elles le suivent et montent dans sa voiture. Le véhi­cule arrive dans le centre-ville, aucune des deux femmes n’a échan­gé un mot, se deman­dant quel est le but de cette balade. Il se gare en face d’un des maga­sins encore vides d’un nouvel immeuble. San Shuo pensait avoir compris, mais en fait se retrouve dans le vague abso­lu.

Genshe, leur patron ouvre la porte vitrée du maga­sin et les fait entrer. La boutique est en cours de fini­tion et l’électricité reste seule à poser :

— Bon, voilà votre nouvel univers. L’électricité sera posée d’ici à la fin de la semaine, la marchan­dise arri­ve­ra en suivant. En atten­dant, vous allez travailler dans l’autre maga­sin de prêt-à-porter pour apprendre un peu le travail, je vous laisse visi­ter les locaux et ensuite je vous y amène­rai.

San Shuo regarde Genshe. Elle ne sait pas quoi dire, des larmes perlent sur ses joues, elle a la gorge nouée par l’émotion. Genshe remonte dans sa voiture pour aller voir un chan­tier, il récu­pè­re­ra les deux femmes dans un moment. Pendant tout ce temps, Ayen n’a rien dit :

— San Shuo, qu’est-ce que c’est cette histoire ? Je ne comprends rien.

San Shuo relate son entre­tien d’hier et explique qu’elle a refu­sé la propo­si­tion qu’il lui avait faite :

— Tu es folle d’avoir refu­sé à cause de moi.

— Bien non comme tu le vois, ça a marché. Genshe est un brave homme.

— Oui, mais je n’y connais rien en vête­ments et je n’ai jamais rien vendu.

— Moi non plus, mais on appren­dra.

Genshe revient et demande leur avis sur la dispo­si­tion du nouveau maga­sin et obtient pour seule réponse un « merci » parfai­te­ment synchro­ni­sé de la part des deux jeunes femmes :

— Déci­dé­ment, vous êtes insé­pa­rables, même dans vos paroles.

Tout le monde remonte dans la voiture pour se rendre à l’autre maga­sin.

San Shuo et Ayen entrent précé­dées de leur patron. La gérante du maga­sin est une jeune femme du même âge qu’elles, et égale­ment très belle. Genshe fait les présen­ta­tions, la gérante ayant été toute­fois mise au courant de cette visite :

— La première chose à faire est de leur trou­ver des vête­ments plus appro­priés. Tu leur laisses choi­sir ce qu’elles veulent, je passe­rai ce soir te payer. Ensuite tu leur montres tout et tu leur expliques comment fonc­tionne un maga­sin, je compte sur toi.

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