Ricard et grippe aviaire, un point commun

Il y a quelque temps, certains appe­laient au boycott des produits chinois et de tous leurs déri­vés. Si cet appel avait eu un réel effet, cela nous aurait privés d’une bois­son presque natio­nale qu’est le Ricard ®. Cette bois­son, accom­pa­gna­trice des troi­sièmes mi-temps de rugby, est en effet distil­lée en mélan­geant plusieurs ingré­dients dont un des prin­ci­paux est l’anis. L’un des fruits qui four­nit le plus d’anis est la badiane qui pousse majo­ri­taire en Chine et parti­cu­liè­re­ment dans le Guangxi. C’est en effet dans une partie du Guangxi, fron­ta­lière avec le Viet­nam, qu’est produite la badiane qui va être ensuite trans­for­mée en huile essen­tielle pour être ensuite distil­lée en France afin de sépa­rer les diffé­rents arômes.
Longz­hou est cette petite ville du sud du Guangxi où est culti­vée en abon­dance la badiane et ce sont 350 000 tonnes qui vont être récol­tées, séchées et distil­lées avant d’être expé­diées en France.
La badiane en Chine est avant tout desti­née à des prépa­ra­tions phar­ma­ceu­tiques et est recon­nue depuis des siècles. Elle est à la base d’un certain nombre de médi­ca­ments desti­nés à soigner la grippe aviaire dont un connu sous le nom de Tami­flu.
Cette badiane ou anis étoi­lé a été à l’origine d’un scan­dale en 2005 où la recru­des­cence du virus H5-N1 a provo­qué d’une part une flam­bée des cours, mais égale­ment une « magouille » où était mélan­gé de le la badiane du Guangxi avec une espèce proche origi­naire du japon, mais qui provoque des convul­sions. Il faut en effet savoir que la culture de la badiane est loin d’être inten­sive et de plus n’est récol­tée qu’une fois par an ; de plus, le rela­tif bas coût à l’achat ne pousse pas les agri­cul­teurs à moder­ni­ser cette culture qui existe depuis la nuit des temps. Aujourd’hui et devant cette poten­tielle pénu­rie, le Tami­flu est pour un tiers fabri­qué par des procé­dés chimiques et de biofer­men­ta­tion et pour les deux tiers restants avec la badiane clas­sique.
Loca­le­ment en chine, la badiane est utili­sée tant dans la cuisine que dans la méde­cine tradi­tion­nelle chinoise et demeure un grand clas­sique de la phar­ma­co­pée ; en France et en raison du risque de « confu­sion » entre la badiane chinoise et celle du Japon, l’importation de badiane est stric­te­ment enca­drée et l’utilisation de la badiane du Japon n’est auto­ri­sée ni en alimen­ta­tion, ni en méde­cine.
Pour une fois, c’est la Chine qui se voit copiée par un autre pays ; chose qui n’est pas si courante.