Relo­ca­li­ser, une belle grande idée !

belleC’est en lisant certaines inter­ven­tions sur divers forum que j’ai eu l’idée de vous propo­ser cet article, qui se veut bien plus souriant que réel­le­ment sérieux, quoique la mode actuelle ait tendance à aller dans ce sens. Ayant en effet lu ici ou là des écrits de personnes appe­lant à relo­ca­li­ser les produits fabri­qués en Chine, il est inté­res­sant de dres­ser un tableau qui ne se veut nulle­ment scien­ti­fique du fait de l’absence totale ou partielle de chiffres pour une telle hypo­thèse.

Toute­fois, et avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut cadrer un certain nombre de choses indis­pen­sables pour la compré­hen­sion de l’ensemble. Pour cela, voilà donc quelques chiffres qui seront utiles pour la suite :

1°) La Chine est four­nis­seur de l’UE à hauteur de 16 %, ce qui sous-entend que 84 % des impor­ta­tions viennent d’ailleurs, c’est-à-dire des États-Unis avec 12 %, suivis de la Russie de la Norvège et du Japon, pays ensuite suivis d’une myriade d’autres.

2°) L’UE exporte vers la Chine 6 % de sa produc­tion, derrière les U.S, la Russie et la Suisse.

3°) Le nombre d’emplois perdus par la CE au titre des délo­ca­li­sa­tions repré­sente 7 % du total, ce qui sous-entend là égale­ment que 93 % ont dispa­rus pour d’autres raisons telles que moder­ni­sa­tion des outils de produc­tion, infor­ma­ti­sa­tion d’activités autre­fois manuelles, etc …

http://hussonet.free.fr/bilbao7f.pdf

4°) La Chine ne repré­sente que 35 % de ces 7 %, soit 2,45 % de la tota­li­té des emplois perdus, libre à vous d’expliquer où sont passés les autres.

Comme vous avez pu le consta­ter, j’ai pris l’Europe comme réfé­rence et non un seul pays, ce afin d’avoir un ordre de gran­deur plus juste, et de répondre en même temps à ceux qui se retrouvent tout à coup émous­tillés par un senti­ment commu­nau­taire. Je leur laisse toute­fois aller expli­quer à l’ouvrier de Marseille qu’il doit garder le sourire, son emploi n’étant non pas parti à Shan­ghai, mais à Turin ou à Hambourg.

Arri­vé là on peut déjà se deman­der si ce tapage vaut le coup pour si peu, mais conti­nuons tout de même. Afin d’être agréable aux plus viru­lents de cette thèse du rapa­trie­ment salva­teur, et vu le poids rela­tif de la Chine, nous allons élar­gir ces relo­ca­li­sa­tions à tous les pays bas coût.

L’Europe récu­père donc tous les emplois asia­tiques, ceux délo­ca­li­sés au Magh­reb, et grand seigneur, je vous laisse un certain nombre de pays de l’Est, qui bien que prati­quant des coûts de produc­tion très bas sont deve­nus Euro­péens même si cette appar­te­nance récente est plus le résul­tat d’un calcul inté­res­sé que d’une fibre commu­nau­taire quel­conque.

L’Europe comp­tant actuel­le­ment envi­ron 18 millions de chômeurs, soient en 1 million 260 000 personnes au titre des délo­ca­li­sa­tions en appli­quant les 7 % cités plus haut. Il faudra ensuite répar­tir les emplois récu­pé­rés sur les divers pays de la commu­nau­té, ce qui en faisant un calcul le plus simpliste possible donne 1 260 000/27 pays membres soit 46 600 emplois par pays.

Ce n’est donc sans doute pas avec ces quatre dizaines de milliers d’emplois que l’Europe pour­rait se préva­loir d’une baisse notable du chômage, d’autant plus que nous perdrions bon nombre de ventes dont les clients sont juste­ment ces pays expor­ta­teurs, et qui ne manque­raient pas de se passer de nos produits de la même façon que nous nous passe­rions des leurs. A prendre égale­ment en compte, le fait qu’une bonne partie des emplois ainsi récu­pé­rés seraient en prio­ri­té par un certain nombre de pays de l’Est, prati­quant des coûts sala­riaux très bas, tout en étant loin de repré­sen­ter ce que nous achètent aujourd’hui les pays émer­gents.

Cette solu­tion n’est donc qu’un argu­ment de doux rêveur ou de déma­gogue poli­tique visant à faire prendre des vessies pour des lanternes, et surtout des promesses élec­to­rales pour de pures véri­tés.