Qu’y a-t-il de pire qu’une dicta­ture ? Une démocratie

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Deve­nues pour la plupart d’excellentes clientes dans de nombreux secteurs écono­miques, les dicta­tures ont été rebap­ti­sées régimes auto­ri­taires. La diffé­rence est à quelque chose près celle qui existe entre une tech­ni­cienne de surface et celle qui était aupa­ra­vant nommée femme de ménage. En ce qui concerne les démo­cra­ties, inutile de prendre la peine de les rhabiller, le paravent qui les protège étant assez large pour permettre toutes les dérives.

La dernière en date est l’œuvre du Conseil Supé­rieur de l’Audiovisuel (CSA) qui vient de remon­ter les bretelles de l’animateur et produc­teur Laurent Ruquier. Lors de son émis­sion, des mots inqua­li­fiables ont en effet été pronon­cés, ce qui impo­sait l’intervention de la milice char­gée de l’audiovisuel. De quoi l’animateur est-il accu­sé ? D’avoir tenu avec ses coéqui­piers des propos miso­gynes lors de son émis­sion. Si de tels propos peuvent paraître logiques de la part d’une personne ayant publi­que­ment fait part de son homo­sexua­li­té, leur inter­pré­ta­tion par le CSA n’est toute­fois pas sans remettre en ques­tion le simple droit d’expression dont l’humour fait partie.

footballQuels sont ces propos valant à l’animateur les remarques du CSA ? Lors de l’émission, le foot­ball fémi­nin a été jugé comme « chiant ». La deuxième est encore plus grave en souli­gnant qu’il était diffi­cile de mettre d’accord onze femmes lors de la tradi­tion­nelle photo de l’équipe. Cerise sur le gâteau, les femmes ont à nouveau été harce­lées (article 222.33.2 du Code pénal) avec une remarque sur la propen­sion du sexe fémi­nin à simu­ler certaines situa­tions, ce qui est parfait dans la pratique du football.

À ce rythme, un mari qui fera remar­quer à sa femme qu’elle a pris quelques kilos ou qu’elle est mal coif­fée pour­ra être péna­le­ment pour­sui­vi. Nous avions déjà les mots d’Arabes ou de juifs qui « mal pronon­cé » peuvent conduire devant les tribu­naux. Cette nouvelle preuve d’un enca­dre­ment autre­fois attri­bué aux dicta­tures laisse entre­voir ce que sera une démo­cra­tie dans les années à venir. Non content de les écou­ter et de les épier à leur insu, les popu­la­tions, dont celle fran­çaise, se retrouvent muse­lées par un système impo­sant un certain voca­bu­laire succé­dant au forma­tage de la pensée.

femmesMalgré ses nombreux défauts, la dicta­ture a l’avantage d’afficher ouver­te­ment son mode de fonc­tion­ne­ment sans se dissi­mu­ler hypo­cri­te­ment derrière une liber­té d’expression n’en ayant que les appa­rences. Il n’est bien évidem­ment pas ques­tion de tolé­rer de véri­tables atteintes morales aux personnes, mais il est aussi inac­cep­table que toute liber­té d’expression soit bannie au seul nom de l’uniformisation impo­sée par une infime mino­ri­té de « bien-pensants ». Finis les blagues sur les blondes, les grands, les petits, les noirs, les gris puisque nous sommes auto­ri­tai­re­ment tous égaux, ce qu’a confir­mé la léga­li­sa­tion du mariage homo­sexuel. Certains mots devraient même dispa­raître de la langue fran­çaise comme celui d’humour ainsi que toute défi­ni­tion souli­gnant une quel­conque diffé­rence. Un bien beau monde que nous préparent ceux qui en contre­par­tie n’hésitent pas à déro­ger aux règles qu’ils imposent.