Quand les ogres de la distri­bu­tion arrivent dans les campagnes.(1/3)

ExotismeCette grande distri­bu­tion qui arrive dans les campagnes n’est pas celle des enseignes inter­na­tio­nales qui s’installent dans les grandes villes en ayant pour objec­tif de toucher la clien­tèle des expa­triés ou des Chinois en mal d’exotisme occi­den­tal, mais de profes­sion­nels locaux ayant souvent leur siège dans une ville d’une plus grande impor­tance. Au travers d’investissement parfois impor­tant, ils apportent une certaine revi­ta­li­sa­tion de ces villes rurales en dépla­çant leur savoir-faire et leur moder­ni­té. En Chine et à l’inverse de ce qui s’est fait en France, les grandes surfaces ne s’installent pas en dehors des villes, mais en plein centre ; les raisons sont simples et sont liées d’une part au fait qu’encore peu de Chinois soient équi­pés de voitures et d’autre part que les terres sont réser­vées avant tout à l’agriculture.
Ils achètent souvent des ensembles d’immeubles vétustes qu’ils démo­lissent afin de lais­ser la place à des construc­tions plus modernes afin avant tout d’être le plus rentable possible, car l’objectif premier est avant tout la renta­bi­li­té.

Fini les entre­prises d’État qui n’avaient pour seul but que d’employer de la main-d’œuvre et donner une image idyl­lique de plein emploi ; aujourd’hui, les diri­geants de ces socié­tés connaissent toutes les ficelles du métier et les appliquent à la lettre.
Il faut d’abord convaincre les proprié­taires des anciens immeubles de vendre leurs biens ; cette phase peut durer parfois plusieurs années et s’avérer diffi­cile face à la concur­rence féroce d’autres préten­dants. Il est en effet évident que c’est le plus offrant qui empor­te­ra l’affaire et il faudra se montrer patient et persua­sif. Une fois cette phase termi­née, il va falloir présen­ter le projet aux auto­ri­tés locales qui sont en droit de refu­ser l’implantation ; les critères sont prin­ci­pa­le­ment ceux concer­nant le montant de l’investissement, mais égale­ment le nombre d’emplois créés tant en ce qui concerne la construc­tion des bâti­ments que celui de l’emploi direct dans le maga­sin. Ces mêmes auto­ri­tés locales vont ensuite étudier le dossier et comme chez nous, un bon « guan­xi »(rela­tions) est des plus utiles. Depuis quelques années, les auto­ri­tés ont l’obligation de contrô­ler l’aspect écolo­gique et envi­ron­ne­men­tal de ces nouvelles construc­tions et en sont respon­sables vis-à-vis de la hiérar­chie admi­nis­tra­tive supé­rieure ; c’est ainsi que dans ma ville, un projet a été suspen­du pour la raison que l’architecte avait prévu de reje­ter les eaux usées direc­te­ment dans la rivière, sans passer par un système d’épuration. Cette erreur a causé la perte pour le promo­teur de plusieurs dizaines de millions de Yuans, car la date d’achat des anciens immeubles ayant été dépas­sée, celui-ci a dû verser d’importantes indem­ni­tés aux proprié­taires.
La durée de ces construc­tions est en moyenne de dix-huit mois et durant cette période, ce sont des centaines d’ouvriers qui vont être employés dans les divers secteurs qui vont de la maçon­ne­rie à l’électricité ; là aussi, une obli­ga­tion pour le promo­teur est d’acheter le maxi­mum de maté­riaux chez les four­nis­seurs locaux, sous réserve que les prix soient compé­ti­tifs. Cette mesure permet aux four­nis­seurs locaux d’avoir une part de béné­fice de ces implan­ta­tions et contri­bue égale­ment à l’emploi. Durant les périodes où les agri­cul­teurs n’ont pas ou peu de travail à la ferme, ceux-ci vont trou­ver un complé­ment de reve­nu sur les chan­tiers assu­rant ainsi une évolu­tion notable du niveau de vie. La venue d’un nouveau chan­tier dans ses zones rurales est donc une véri­table aubaine pour les secteurs de la construc­tion, mais égale­ment pour le commerce local au travers des hôtels et autres restau­rants.
Dès l’annonce, plus ou moins offi­cielle de l’ouverture d’une nouvelle surface de grande distri­bu­tion, il va égale­ment se mettre en route un marchan­dage qui va concer­ner les divers maga­sins entou­rant le futur centre commer­cial, car là où en France l’arrivée de ce style de commerces entraine vers le bas la valeur des commerces envi­ron­nants, cela va être ici exac­te­ment l’inverse. Tout le monde sait en effet qu’une certaine partie de la clien­tèle poten­tielle, drai­née par ce nouveau centre, va égale­ment être un afflux commer­cial pour les petits maga­sins situés à proxi­mi­té et là aussi les trac­ta­tions vont aller bon train. C’est ainsi que le proprié­taire d’une petite épice­rie dont le chiffre d’affaires attei­gnait péni­ble­ment 100 yuans par jour, va se voir propo­ser des sommes impor­tantes desti­nées à récu­pé­rer avant tout l’emplacement qui aura tous les avan­tages de la proxi­mi­té sans pour cela atteindre le coût d’un même empla­ce­ment loué dans un des espaces de la nouvelle gale­rie marchande.
Ces nouveaux commer­çants, venus des villes plus impor­tantes, contri­buent donc de façon signi­fi­ca­tive à la moder­ni­sa­tion des zones rurales, mais qu’en est-il de l’influence sur le reste du commerce local, car il s’agit avant tout d’un concur­rent de poids et il semble diffi­cile aux petits commer­çants locaux de pouvoir lutter à armes égales.