Quand le social prend un visage humain

Après plusieurs années où la spécu­la­tion était la moti­va­tion majeure de l’achat de loge­ments, le marché immo­bi­lier tend à se stabi­li­ser. La bulle si souvent mise en avant comme argu­ment néga­tif par les « experts » et autres médio­cri­tés du jour­na­lisme n’a pas écla­té en se conten­tant de se dégon­fler en douceur. Sans avoir pour autant atteint un niveau« normal », le marché immo­bi­lier est bien plus orien­té en fonc­tion de l’offre et de la demande que lors des années précé­dentes.

Dans ce petit village, ce sont une ving­taine de chan­tiers de construc­tion qui sont en cours, dont un gros tiers de loge­ments à bas prix. Réser­vés aux habi­tants aux reve­nus modestes, ces appar­te­ments gagnent progres­si­ve­ment en quali­té après des premières années où les « prélè­ve­ments » réali­sés par les respon­sables locaux ont eu un impact néga­tif sur ces construc­tions. D’ici deux ans, la dernière tranche de ces immeubles sera termi­née, ce qui repré­sen­te­ra envi­ron 35 000 appar­te­ments. Ici, pas de fluc­tua­tions en fonc­tion de l’offre et de la demande, le prix du m² est fixé chaque année et n’est rééva­lué qu’en rapport des hausses des maté­riaux et de la main d’œuvre. De 1800 yuans le m² en 2010, il est à présent de 2100, ce qui est peu, mais beau­coup à la fois puisque repré­sente une hausse de près de 15 %. Ces loge­ments ne peuvent être reven­dus avant 5 ans et aux seules personnes respec­tant les mêmes normes que lors de l’achat initial, soit compris entre un reve­nu mini­mum garan­tis­sant le rembour­se­ment du prêt et un maxi­mal inter­di­sant aux foyers aisés d’y accé­der.

On pour­rait bien sûr repro­cher au gouver­ne­ment local d’avoir créé des quar­tiers de seconde zone, ces loge­ments étant concen­trés sur des terrains dédiés. Mais pour la plupart de ces rési­dents, accé­der à la proprié­té ne faisait même pas partie d’un rêve en vivant aupa­ra­vant dans des loge­ments vétustes, voire insa­lubres. En prenant un mini­mum de recul, on s’aperçoit que, quel que soit le niveau de vie des autres pays, ce problème est géné­ral lorsqu’il n’est pas pire avec de véri­tables ghet­tos.

Si ces quar­tiers permettent à des dizaines de milliers de foyers modestes de vivre dans de meilleures condi­tions, ils ont égale­ment donné nais­sance à des milliers d’emplois avec l’ouverture de très nombreux maga­sins de proxi­mi­té. Un problème majeur concerne les écoles avec une diffi­cul­té à laquelle les auto­ri­tés ne s’attendaient pas. Si les jardins d’enfants et autres garde­ries se sont multi­pliés, les premières écoles du cycle primaire vont ouvrir cette année et celles du secon­daire en suivant. Les budgets de fonc­tion­ne­ment sont en place et ces établis­se­ments scolaires offrent pour avan­tage d’être neufs et donc de béné­fi­cier des derniers aména­ge­ments, qu’il s’agisse des salles de classe, des instal­la­tions spor­tives et cultu­relles et des lieux d’hébergement ou de restau­ra­tion.

Alors quel est le souci ? Les ensei­gnants. Sur les centaines d’emplois dispo­nibles pour des postes d’enseignant, seule­ment 20 % ont été pour­vus. La raison ? L’origine sociale des enfants et plus que tout, la concen­tra­tion d’élèves jugés diffi­ciles à gérer du fait de leur origine ouvrière ou paysanne. Si leurs frères et sœurs ont été scola­ri­sés sans repré­sen­ter de grandes diffi­cul­tés, ces enfants étaient mélan­gés à d’autres d’origine sociale « plus élevée ». Dans ce cas, il s’agit méca­ni­que­ment de futurs élèves issus d’un milieu modeste et géné­ra­le­ment plus « remuants », ce d’autant plus lorsqu’ils sont nombreux.

A l’heure actuelle, plusieurs solu­tions sont à l’étude dont une serait de faire appel à des ensei­gnants récem­ment retrai­tés. En échange de quelques heures de présence par semaine, ces person­nels volon­taires choi­sis dans la tranche d’âge des 60–65 ans seront rému­né­rés de manière attrac­tive. Ils pour­raient même voir leur retraite augmen­ter après la cessa­tion de leur acti­vi­té au travers d’une majo­ra­tion de leur rente, la hausse étant prise en charge par le gouver­ne­ment local. Les jeunes ensei­gnants accep­tant un poste dans ces écoles seront égale­ment finan­ciè­re­ment récom­pen­sés par des salaires supé­rieurs à la moyenne. Une réponse sera donnée dans quelques mois, ce qui sera l’occasion d’un nouvel article sur cette Chine qui vit en devant faire face à des défis bien plus quoti­diens que ceux rela­tés par une presse occi­den­tale qui ne s’y inté­resse que sous l’éclairage du style Closer et autres médias attrape-mouches.