Quand le show-biz chinois est obli­gé de se recy­cler

teleIl y a enco­re peu, être une vedet­te du show-biz appor­tait de nombreux avan­ta­ges. Que ces célé­bri­tés soient natio­na­les ou régio­na­les, leur plan­ning était géné­reu­se­ment rempli grâce à la géné­ro­si­té des cadres locaux. Celle-ci s’affichait d’autant plus aisé­ment que les rému­né­ra­tions versées prove­naient des cais­ses publi­ques.

Il était par exem­ple courant à l’occasion de l’anniversaire de son fils ou de sa maîtres­se de faire venir leur vedet­te préfé­rée lors d’une soirée stric­te­ment privée. En supplé­ment du cachet de l’artiste, les frais de récep­tion étaient factu­rés au nom de la collec­ti­vi­té sans que les servi­ces admi­nis­tra­tifs posent la moin­dre ques­tion.

Malheu­reu­se­ment pour ces bien­fai­teurs de la cultu­re, le chan­ge­ment d’équipe gouver­ne­men­ta­le est venu boule­ver­ser ces vieilles habi­tu­des. Le résul­tat est un secteur du show-biz subis­sant les mêmes effets colla­té­raux que les hôtels de Dong­guan après le déman­tè­le­ment d’un impor­tant réseau de pros­ti­tu­tion.

Chan­teurs, danseurs et présen­ta­teurs vedet­tes de CCTV se voient ainsi privés d’une bonne partie de leurs reve­nus, ce qui bien évidem­ment nuit à leur train de vie. Il leur fallait par consé­quent trou­ver un débou­ché capa­ble de venir combler ce manque à gagner. Dédai­gnées durant des années, les émis­sions de télé­vi­sion touchant des secteurs variés se retrou­vent ainsi meublées de vedet­tes qu’il s’agisse de recet­tes de cuisi­ne ou autres domai­nes très éloi­gnés de leurs métiers initiaux.

Une autre acti­vi­té écono­mi­que ayant héri­té de ce « plateau garni » est la publi­ci­té. Vélos élec­tri­ques, médi­ca­ments mira­cles voient leur image acco­lée à ceux et celles qui ne fréquen­taient autre­fois que les « gens de leur monde » et la nomenk­la­tu­ra du PCC. S’ajoutent de nombreu­ses star­let­tes qui ont dû rega­gner leurs régions d’origines après un resser­re­ment soudain des dépen­ses liées à l’entretien ména­ger.

Même léga­le­ment, l’argent public est deve­nu bien plus diffi­ci­le à empo­cher que par le passé. Les ordres étant de favo­ri­ser les talents régio­naux long­temps perdus au fin fond de la Chine profon­de, les vedet­tes natio­na­les vien­nent bien plus rare­ment s’abreuver finan­ciè­re­ment sur les plateaux de télé­vi­sion. Un exem­ple est le gala du Nouvel An qui a placé aux premiers rangs des artis­tes tout aussi talen­tueux, mais nette­ment moins chers. L’éclairage et les décors gran­dio­ses ont été égale­ment remi­sés au placard au béné­fi­ce d’un envi­ron­ne­ment nette­ment plus sobre.

D’élitiste et fonc­tion­nant en cercle très fermé, la télé­vi­sion chinoi­se s’est sensi­ble­ment popu­la­ri­sée. Pour le pouvoir, deux avan­ta­ges majeurs décou­lent de cette nouvel­le poli­ti­que. Le premier est qu’en invi­tant des artis­tes régio­naux, le pouvoir central confor­te son désir de paix socia­le. Quel­ques grou­pes de danseurs venus du Xinjiang se produi­sant sur le plateau de CCTV3 coûtent en effet moins cher que l’envoi de mili­tai­res assu­rant l’ordre public. Le deuxiè­me est les écono­mies réali­sées sur les budgets alloués aux chai­nes publi­ques.

Après avoir renvoyé dans leurs foyers quel­ques milliers d’artistes engrais­sés par les divers corps d’armée, c’est la télé­vi­sion qui a été priée de rédui­re ses dépen­ses. La contre­par­tie est une haus­se du nombre de publi­ci­tés venant finan­cer les dépen­ses incom­pres­si­bles et des émis­sions parfois plus ternes que par le passé. Ce qui est sûr est qu’à ce ryth­me, il y aura sous peu plus de déçus du commu­nis­me en Chine que n’importe où ailleurs dans le monde. De là à voir des mani­fes­ta­tions récla­mant le retour de la corrup­tion …