Quand la poli­ce muni­ci­pa­le est rédui­te au silen­ce

voitureBoeing dispa­ru, bruits de bottes en Ukrai­ne, l’actualité n’est pas des plus sourian­tes. En Fran­ce, nous avons bien sûr notre clas­se poli­ti­que qui enchaî­ne les numé­ros de clowns, mais ce cirque devient lassant à force de répé­ter les mêmes farces depuis des décen­nies. La Chine étant moins démo­cra­ti­que­ment forma­tée que certains pays « évolués », elle offre parfois un spec­ta­cle moins conve­nu comme la peti­te anec­do­te qui suit.

La lutte contre la corrup­tion a touché de très nombreux aspects de la vie chinoi­se. Je vous ai déjà expli­qué comment et pour­quoi certains commer­ces avaient soudai­ne­ment mis la clef sous la porte après avoir vu dispa­raî­tre tout ou partie de leur clien­tè­le. Pour certains servi­ces muni­ci­paux, ces restric­tions ont entrai­né un phéno­mè­ne inat­ten­du. Si les dépen­ses ont été en effet nota­ble­ment rédui­tes, les recet­tes sont restées les mêmes. Le résul­tat est un excé­dent budgé­tai­re qui ne pouvant plus être employé à des fins person­nel­les, vient amélio­rer les condi­tions de travail des employés.

C’est ainsi que les équi­pes char­gées du nettoya­ge perma­nent des rues ont été dotées de super­bes trois roues élec­tri­ques venant rempla­cer les vieux tricy­cles grin­çants. La poli­ce muni­ci­pa­le s’est égale­ment élec­tri­fiée en étant doré­na­vant équi­pée de voitu­ret­tes. Avant cette dota­tion, la poli­ce muni­ci­pa­le limi­tait leurs missions à quel­ques inter­ven­tions ciblées dans les rues commer­çan­tes afin d’arrondir leurs fins de mois, ce entre deux parties de mah-jong.

Fini l’ennui, les muni­ci­paux sont de sortie et le font savoir. Un peu trop pour certains habi­tants las des coups de sirè­nes venant faire remar­quer que les valeu­reux poli­ciers sont en train de se dépla­cer d’un carre­four à un autre. Aussi­tôt l’intersection attein­te, les muni­ci­paux dégai­nent leurs porta­bles pour remplir leur mission qui consis­te à monter de quel­ques niveaux dans le jeu dont ils sont les héros. Réus­si­te ou échec, la pause est l’occasion de quit­ter le carre­four où ils assu­raient l’ordre public pour se poster quel­ques centai­nes de mètres plus loin et recom­men­cer la partie.

30220K5VcUn avan­ta­ge de cette dota­tion concer­ne les commer­çants exer­çant dans les ruel­les les plus étroi­tes. Les véhi­cu­les muni­ci­paux ne pouvant y circu­ler malgré une largeur limi­tée, ces rues sont tota­le­ment igno­rées par les fonc­tion­nai­res. Pas ques­tion de descen­dre des véhi­cu­les pour une patrouille à pied, ces voitu­ret­tes coûtent rela­ti­ve­ment cher et doivent par consé­quent être renta­bi­li­sées. Comme me le disait un voisin : « Ils devront chan­ger les sièges bien avant les batte­ries ».

Un temps inquiets de cette présen­ce poli­ciè­re renfor­cée, les petits voleurs spécia­li­sés dans la télé­pho­nie mobi­le ont été vite rassu­rés. Si les agents sont nette­ment plus visi­bles en raison du gyro­pha­re signa­lant leur présen­ce à un carre­four précis, ils ne sont toute­fois pas plus actifs.

Restent les coups de sirè­nes agaçants par leur répé­ti­tion et qui permet­traient à un envoyé perma­nent du Figa­ro de souli­gner l’incontestable renfor­ce­ment des forces de poli­ce dans cette ville à forte mino­ri­té ethni­que.

Il y a quel­ques jours, les muni­ci­paux sortent de leur nid à bord de ce qui doré­na­vant leur sert de jambes. Un petit coup de sirè­ne pour aver­tir qu’ils sont réveillés, mais là, surpri­se : aucun son. Un klaxon en panne ? Non, en fait ce sont tous les aver­tis­seurs qui restent déses­pé­ré­ment muets. Travailler sans cet acces­soi­re étant impen­sa­ble, les véhi­cu­les rega­gnent le gara­ge pour être exami­nés. Le verdict tombe aussi­tôt après avoir ouvert la trap­pe donnant accès au fais­ceau élec­tri­que : les fils ont été coupés. Sabo­ta­ge pour empê­cher ces soldats muni­ci­paux de remplir leur mission ? Pas exac­te­ment puis­que seuls ont été tran­chés les deux fils alimen­tant la sirè­ne, les autres étant intacts.

Depuis ce jour, les muni­ci­paux se dépla­cent toujours d’un carre­four à l’autre, mais dans un silen­ce abso­lu. Les fils ont pour­tant été répa­rés, mais le massa­ge a été parfai­te­ment compris : « Jouez d’accord, mais dans le silen­ce ».