Comment dépen­ser utile : mode d’emploi

Jusqu’à il y a quelques mois, le parc entou­rant le monu­ment aux morts ne brillait ni par sa beau­té ni par son entre­tien. Des déchets dissé­mi­nés à ses quatre coins, des chemins en terre rendant son accès périlleux après une averse, cet immense espace boisé n’avait rien d’attrayant. Aujourd’hui, les sentiers sont cimen­tés et éclai­rés, le parc est nettoyé et de plus agré­men­té de nombreuses fleurs et plantes de diverses varié­tés. Cerise sur le gâteau, un espace accueille des manèges pour les enfants reve­nus en nombre avec leurs parents dans ce lieu long­temps évité du fait de son mauvais état géné­ral.

Cet immense chan­tier qui a deman­dé un impor­tant inves­tis­se­ment ne sera termi­né que dans quelques semaines avec l’ouverture d’un musée consa­cré à la nature et les locaux devant abri­ter l’office de tourisme.

Rien n’étant parfait dans le meilleur des mondes il reste encore à chan­ger quelques menta­li­tés, mais dans ce cas même le gouver­ne­ment local de la « dicta­ture » chinoise n’y peut pas grand-chose.

IMGP8667Alors que l’immense majo­ri­té des gouver­ne­ments locaux doit faire face à un gigan­tesque endet­te­ment, on ne peut qu’être surpris par l’ampleur de ces aména­ge­ments, du moins pour un petit village. Cela est d’autant plus vrai que la réha­bi­li­ta­tion du parc n’est pas le seul projet en cours. La créa­tion d’une zone piétonne dans le vieux village devrait en effet être termi­née d’ici à quelques semaines et fera l’objet d’un prochain article. La ques­tion qui se pose donc est de comprendre où les respon­sables locaux ont trou­vé les fonds néces­saires ? Aussi surpre­nante que paraisse la réponse, c’est dans en quelque sorte de leurs poches que proviennent les quelques millions néces­saires au finan­ce­ment des travaux.

Des respon­sables poli­tiques qui apportent leur propre argent ? Il n’y a qu’en Chine que l’on puisse voir cela. En réali­té, il ne s’agit pas réel­le­ment du leur, mais pour partie d’un retour dans les caisses qu’il n’aurait jamais dû quit­ter. Chaque année, un budget est alloué à la créa­tion et à l’entretien d’espaces verts. Le problème est que durant des années, la plus grande partie des sommes allouées ont été détour­nées. Depuis 2013, la campagne anti-corruption a pour effet de refroi­dir les ardeurs des respon­sables locaux, ce qui conduit à des « dépenses » limi­tées. Dans le même temps, il est impé­ra­tif que ces budgets soient utili­sés afin de ne pas trop atti­rer l’attention sur des sommes demeu­rant dans les caisses publiques. Ne pas utili­ser cet argent pose­rait en effet la ques­tion de son utili­sa­tion précé­dente, ce qu’il vaut mieux éviter. Une autre source de finan­ce­ment est le rembour­se­ment « anti­ci­pé » des sommes « emprun­tées » par certains respon­sables et fonc­tion­naires. Avant d’être remer­ciés par la nouvelle équipe en place, ils ont « tenu » à solder leurs dettes pour éviter les désa­gré­ments asso­ciés à une enquête sur leur patri­moine et autres dépenses.

Si ces trans­ferts de fonds se sont réali­sés dans une certaine discré­tion, les habi­tants sont tota­le­ment au courant de ces arran­ge­ments. Pour eux, c’est une page qui est tour­née et ces dérives sont d’autant mieux oubliées que les résul­tats sont au rendez-vous.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.