Prix des cime­tières : ici repose mon trop cher défunt

tombesCette inscrip­tion pour­rait être utili­sée pour orner les pierres tombales en Chine, ces mots prenant ici une réelle valeur. Si pour de nombreux Chinois acqué­rir un loge­ment de leur vivant est diffi­cile, cela le devient égale­ment après la mort. Loin d’être égaux à la nais­sance et durant leur vie, les Chinois ne le sont pas davan­tage une fois décédés.

La fête des Morts étant proche, la fréquen­ta­tion des cime­tières va connaitre le pic de visites habi­tuel. Pour les familles, s’incliner devant la tombe du défunt a un prix bien plus élevé depuis quelques années. Le prix du m² a souvent large­ment dépas­sé celui de l’immobilier rési­den­tiel, ce même pour les empla­ce­ments les plus ordi­naires. À Shan­ghai, une place dans une fosse commune coûte au mini­mum 20 000 yuans. À Shenz­hen, un empla­ce­ment « privi­lé­gié » face au lac est vendu 60 000 yuans le m² auxquels s’ajoutent les 100 000 yuans de frais divers. Un cime­tière moins cher à flanc de colline se négo­cie 15 000 yuans le m² dans une allée située en bas, chaque prise de hauteur valant 680 yuans supplémentaires.

Comme le disait un habi­tant de la capi­tale : « Je n’ai pas les moyens d’acheter une maison à Pékin de mon vivant et je ne les aurai pas davan­tage pour me payer une place au cime­tière ». Il faut dire que la socié­té FSY qui gère une partie des cime­tières en offrant divers services funé­raires se porte parti­cu­liè­re­ment bien. Pour un des cime­tières de Pékin géré par FSY, le chiffre d’affaires annuel est de 700 millions de yuans et génère une marge brute de 85 %. Une tombe qui valait 98 000 yuans en 2010 en vaut aujourd’hui 150 000 avec certaines parties des cime­tières attei­gnant les 400 000 yuans le m².

Vu les prix, il est évident que la créma­tion est la seule solu­tion pour de nombreux habi­tants. Il n’en coûte en effet que 30 000 yuans avec un « héber­ge­ment » de l’urne funé­raire pour 6000 yuans et un cercueil coûtant 10 000 yuans, la diffé­rence couvrant les divers frais.

Qui achète ces empla­ce­ments hors de prix ? Les familles de ceux étalant en perma­nence leurs richesses exté­rieures et qui trouvent là une occa­sion supplé­men­taire de se faire remar­quer. Ces derniers étant nombreux et la surface limi­tée, les prix ne peuvent que s’envoler ce qui inter­dit aux habi­tants plus modestes d’accéder à ces sépultures.

De la même manière que sont propo­sés des loge­ments à prix abor­dables aux Chinois les plus modestes finan­ciè­re­ment, sont mis à dispo­si­tion des HLM de la mort. Gérés par des asso­cia­tions à but non lucra­tif, ces empla­ce­ments ne coûtent que 20 000 yuans. Les respon­sables de ces asso­cia­tions doivent toute­fois résis­ter aux propo­si­tions des socié­tés commer­ciales qui tentent de les corrompre afin de récu­pé­rer les espaces.

Les zones rurales ne sont pas épar­gnées par la flam­bée des prix qu’il s’agisse des cime­tières situés à proxi­mi­té des agglo­mé­ra­tions ou des collines dont les flancs accueillent des milliers de tombes. Là où un paysan se conten­tait de 500 yuans en 2010 en échange de 5 m² de sa colline, le même empla­ce­ment coûte à présent au mini­mum 5000 yuans. Dans de nombreux cas, les empla­ce­ments vendus à l’époque anté­rieure à la flam­bée des prix ont été nettoyés en profon­deur pour libé­rer un espace reven­du bien plus cher. Inutile de préci­ser que cela donne lieu à des expli­ca­tions souvent musclées entre les familles des défunts et les paysans.

La grogne montant, les auto­ri­tés envi­sagent d’encadrer les prix qu’il s’agisse des empla­ce­ments dans les cime­tières ou des services funé­raires. Les reve­nus géné­rés étant toute­fois autant de recettes fiscales et « autres », les respon­sables locaux ne montrent aucun empres­se­ment pour résoudre ce problème. La majo­ri­té des Chinois ont assi­mi­lé que payer cher était normal dans une socié­té de consom­ma­tion. Moins nombreux sont ceux qui savaient que ce système était égale­ment en vigueur après la mort.