Pour­quoi l’Europe des idéo­logues n’a-t-elle pas fonctionné

europeLa commu­nau­té euro­péenne est à l’image du Concorde : une superbe machine, mais diffi­cile à exploi­ter commer­cia­le­ment. La raison ? En grande partie parce qu’elle repose sur une fausse idéo­lo­gie. Une autre raison tient au fait que ses gestion­naires succes­sifs ne se sont pas donné les moyens de fina­li­ser ce qui était initia­le­ment pensé comme un contre­poids écono­mique aux USA et à l’ex-URSS.

Le fonc­tion­ne­ment de cette machine repo­sait à ses débuts sur un sché­ma des plus simples, ce qui permet­tait de remé­dier faci­le­ment aux possibles pannes. Un nombre réduit de pays où chacun apporte ses spéci­fi­ci­tés consti­tuait l’idée initiale. Pour résu­mer, la France consti­tue le moteur de l’innovation pour des produits fabri­qués en Alle­magne et commer­cia­li­sés par l’Angleterre. Les banques luxem­bour­geoises sont les dépo­si­taires des fonds communs gérés par les fonc­tion­naires de Bruxelles. Les employés de ces pays vont en vacances en Espagne en étant chaus­sés des produc­tions italiennes. Les Hollan­dais four­nissent le lait alimen­tant les enfants euro­péens et les fleurs offertes à leurs mères. Les reve­nus géné­rés étant sensi­ble­ment diffé­rents en fonc­tion des secteurs d’activité, le gouver­ne­ment de Bruxelles répar­tit les fonds de la manière la plus équi­table possible.

Le premier grain de sable est venu du fait que la France compte plus d’ouvriers que de génies de l’innovation, que l’Allemagne a aussi ses ingé­nieurs ou que l’Angleterre possède ses propres agri­cul­teurs. Après avoir déman­te­lé son indus­trie en partie au profit de l’Allemagne, la France a cédé à grands frais son agri­cul­ture à la Hollande et à d’autres nations euro­péennes. Faute de maîtri­ser au niveau de l’État ce qui lui restait de son indus­trie, la France a lais­sé les respon­sables de ces entre­prises privées délo­ca­li­ser vers l’Italie, l’Espagne puis le Magh­reb avant de trans­por­ter les usines en Chine, tout cela au nom du seul profit. Dans le même temps, l’Europe est deve­nue encore plus dépen­dante des États-Unis tant commer­cia­le­ment qu’industriellement. Le loupé du virage dans le secteur de l’informatique qu’aurait dû assu­rer la France en son nom d’innovateur euro­péen a ouvert en grand les portes aux Japo­nais, ce tant dans le secteur de la haute tech­no­lo­gie que de l’automobile, domaine où la France a long­temps été dans le haut du tableau.

Gène colo­nia­liste aidant, l’Europe a été touchée par la folie des gran­deurs. Compre­nant d’abord six pays puis douze, l’Europe actuelle compte 27 pays dont une bonne partie ne faisant que profi­ter du pactole géné­ré par les pays riches de la Commu­nau­té. Cet empire colo­nial recons­ti­tué par quelques idéo­logues ne pouvait que donner des résul­tats désas­treux d’un point de vue écono­mique. Avec des reve­nus par habi­tant arti­fi­ciel­le­ment gonflés par les aides euro­péennes, l’Europe histo­rique ne véhi­cule plus la civi­li­sa­tion ou la parole du Christ comme par le passé, mais des valises d’euros ayant pour fina­li­té de trans­for­mer des peuples pauvres en consom­ma­teurs. À l’image de ceux cédant au crédit facile pour ache­ter le super­flu dans le but de ressem­bler à son voisin, ces pays se sont forte­ment endet­tés en sachant pouvoir comp­ter sur la géné­ro­si­té des pays euro­péens riches. S’il a exis­té un jour, ce qui n’est déjà pas certain, l’idéal euro­péen s’est enfon­cé dans la mer de dettes alimen­tée par des diri­geants se voyant à la tête de l’Europe de Napo­léon ou des Romains.

« Faire une Europe, mais sans la faire tout en donnant l’impression qu’elle existe » est un autre aspect de cette machine dont les dépu­tés sont bien plus moti­vés par le chèque de fin de mois que par la vision d’avenir de la Commu­nau­té. Pour une bonne partie, on trouve sur les bancs de l’assemblée euro­péenne ceux qui n’ont pu se hisser à un poste bien rému­né­ré dans leur pays d’origine. Mélan­chon, Krivine, Laguiller, Lepen, Désir et autres Bové sont des preuves que l’Europe est en partie un lieu d’accueil privi­lé­gié pour ex-dissidents ou un trem­plin pour ceux en attente d’une fonc­tion natio­nale. Le vrai pouvoir sur l’Europe est en réali­té déte­nu par la Commis­sion. Compo­sée de repré­sen­tants propul­sés par chacun des gouver­ne­ments natio­naux, ce fonc­tion­ne­ment n’est pas sans rappe­ler certaines dicta­tures avec des respon­sables locaux nommés et non pas élus par les populations.

Si vue de l’extérieur l’Europe peut faire impres­sion, l’intérieur est compo­sé d’éléments aux inté­rêts très éloi­gnés ne s’unissant que lors d’occasions télé­gui­dées par le seul maître à bord que sont les USA. La dernière preuve de cet asser­vis­se­ment est le front commun contre la Russie, ce même si la majo­ri­té des habi­tants de l’Europe se montre nette­ment plus critique vis-à-vis de cette façade de circons­tance. Qu’il s’agisse des États-Unis, de la Chine qui réunit des peuples d’origines très diverses ou de la Fédé­ra­tion de Russie, ces trois blocs écono­miques sont égale­ment des unités poli­tiques parlant d’une même voix. En Europe, chaque membre de la chorale chante à tue-tête pour se faire remar­quer par la partie du public faite de ses élec­teurs. Le résul­tat est une caco­pho­nie où chaque inter­prète est malgré tout content de lui sans avoir compris que ce genre de groupe puisait sa force dans l’unicité du son produit.

Le résul­tat est une Europe sans voix et sans poids en n’étant qu’un espace de commerce exploi­té par des lobbies pour qui l’Europe n’est qu’un poten­tiel de clien­tèle. Il y a eu par le passé le rêve améri­cain, depuis peu celui chinois, mais il n’y aura vrai­sem­bla­ble­ment jamais de version euro­péenne faute de volonté.