Pour­quoi l’Euro est-il fort ? Parce qu’il est faible

Après le RMB jugé sous-évalué, c’est l’Euro qui est consi­dé­ré comme trop cher. Par qui ? La BCE (Banque Centrale Euro­péenne). Le problème est que si la monnaie est unique, les posi­tions des gouver­ne­ments natio­naux le sont nette­ment moins. L’Euro jugé trop cher, mais par rapport à quoi ? Au dollar US puisque l’économie mondiale est améri­caine depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il fut un temps où une monnaie forte était un signe de confiance dans l’économie d’un pays. Aujourd’hui, la monnaie est un produit spécu­la­tif et poli­tique lais­sé à l’appréciation d’un cercle limi­té de décideurs.

Avant la monnaie unique, chaque pays euro­péen compa­rait sa monnaie au billet vert. Après la mise en place de l’Euro, le dollar est resté la valeur de réfé­rence, seule la compa­rai­son étant simpli­fiée. L’avantage de l’ancien système était de défi­nir avec plus d’exactitude la santé moné­taire d’un pays par rapport aux USA. En créant un pot commun, l’Europe a mélan­gé les torchons et les serviettes en lais­sant croire à un nivel­le­ment des écono­mies. Derrière ce paravent demeurent les valeurs du passé et les canards boiteux, ce qui ne peut qu’être à l’origine d’avis diver­gents sur la conduite à tenir.

Pour­quoi un euro fort est-il dange­reux pour l’économie euro­péenne ? Parce qu’il influe direc­te­ment sur la compé­ti­ti­vi­té des produits expor­tés. En contre­par­tie les impor­ta­tions béné­fi­cient de ce niveau élevé, les échanges commer­ciaux étant factu­rés en dollars US. Un des gagnants de l’euro fort est le consom­ma­teur euro­péen qui paye moins cher les produits impor­tés allant du pétrole aux fabri­ca­tions chinoises. Les perdants sont les grandes indus­tries euro­péennes qui sont méca­ni­que­ment moins compé­ti­tives que leurs homo­logues américaines.

Faire bais­ser arti­fi­ciel­le­ment l’euro aurait pour effet d’augmenter les prix des produits impor­tés sans pour cela que les expor­ta­tions béné­fi­cient d’un réel coup de pouce. Qu’il s’agisse des ventes d’Airbus ou de nucléaire civil dans le cas de la France, les contrats sont bien plus influen­cés par la poli­tique que par les prix. Les alliances commer­ciales étant tissées depuis des décen­nies, il n’est pas certain que des produits euro­péens moins chers se vendraient mieux.

L’Allemagne, qui à l’époque du Mark était un pays doté d’une monnaie forte, s’accommode fort bien de la valeur élevée de l’euro en ayant une poli­tique commer­ciale adap­tée. Elle vend cher des produits indis­pen­sables aux pays émer­gents comme des machines-outils et dans le même temps importe à bas prix les produc­tions venues de ces mêmes clients qui sont pour partie distri­buées sur toute l’Europe. Le problème de l’Euro fort ne concerne donc que les pays faibles, la situa­tion actuelle étant la même que celle d’avant l’instauration de la monnaie unique.

Une Europe des pays faibles orches­trant une baisse de l’Euro aurait un coût qui ne pour­rait que les affai­blir davan­tage. Pour les consom­ma­teurs euro­péens, la facture risque d’être salée avec un taux d’inflation en hausse diffi­ci­le­ment compen­sable par une hypo­thé­tique hausse des salaires. Celle-ci aurait de plus pour consé­quence de rendre les entre­prises encore moins compé­ti­tives, objec­tif inverse de celui souhai­té. Bien plus que la valeur de l’Euro, c’est son assise inter­na­tio­nale qu’il faut déve­lop­per, ce qui demande une volon­té commune d’affronter le grand-frère US. Un autre chan­ge­ment serait celui touchant aux poli­tiques commer­ciales repo­sant aujourd’hui sur les seules déci­sions poli­tiques et commer­ciales des améri­cains. Là encore, il s’agit d’exister face aux USA, ce que peu de diri­geants euro­péens souhaitent réel­le­ment par peur de perdre leurs privilèges.