Porter secours d’accord, mais où est la camé­ra ?

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personnage écrasé par une voitureL’an dernier de nombreux inter­nautes chinois se sont émus de l’indifférence de leurs conci­toyens devant une fillette écra­sée par une voiture. Les critiques avaient alors été aussi véhé­mentes à l’encontre des témoins de cette scène que contre un système de socié­té déve­lop­pant l’égoïsme. Si cette histoire a été large­ment reprise par les médias tant natio­naux qu’internationaux parce qu’il s’agissait d’un enfant, ce genre de situa­tion n’a rien d’une excep­tion et devrait même se multi­plier suite à plusieurs épilogues mettant en cause la personne ayant porté secours avec comme exemple ce qui suit.

Un homme âgé sort de chez lui pour aller faire ses courses quoti­diennes. Alors qu’il emprunte une étroite ruelle, il est renver­sé par une personne circu­lant en bicy­clette. Chutant lour­de­ment, sa tête heurte le sol et perd connais­sance alors que s’éloigne rapi­de­ment la personne ayant causé l’accident. Alors que plusieurs personnes sont témoins de la scène, un autre cycliste s’approche et porte secours au vieillard en même temps qu’il appelle les services d’urgences. Le bles­sé étant amené à l’hôpital et bien que ne le connais­sant pas, l’homme ayant porté secours monte à bord de l’ambulance et avance les premiers frais en atten­dant que la fille du vieil homme arrive. Une fois celle-ci au chevet de son père, le sauve­teur prend congé après lui avoir donné son adresse. Quelques semaines plus tard, il reçoit une demande de rembour­se­ment s’élevant à 25 000 yuans émanant de la fille du bles­sé et corres­pon­dant aux factures émises par l’hôpital.

Après avoir tenté en vain de joindre celle qui lui réclame cette somme alors qu’il n’a pas deman­dé que lui soit versé les 500 yuans qu’il a payé lors de l’admission du bles­sé, il reçoit une convo­ca­tion du tribu­nal de Nanning. Là, il est condam­né à payer les 25 000 yuans sur les seules affir­ma­tions du vieil homme et de sa fille, aucune des personnes présentes lors de l’accident n’ayant dési­ré témoi­gner. La somme récla­mée corres­pon­dant à plus d’un an de salaire, le sauve­teur sort du tribu­nal et quelques dizaines de mètres plus loin enjambe le para­pet d’un pont et se suicide.

Si cet épilogue drama­tique a été rela­té lors d’une émis­sion dédiée aux faits divers, ce sont les conseils donnés en fin de repor­tage qui sont des plus surpre­nants. Après avoir en effet loué le mérite de cette personne venant en aide à une personne âgée, la présen­ta­trice a insis­té sur le fait qu’avant de porter secours, il était préfé­rable de véri­fier la présence d’une camé­ra de surveillance qui pour­ra ensuite prou­ver que le témoin n’a aucune respon­sa­bi­li­té dans la scène où il inter­vient.

Si cette précau­tion semble en effet des plus utiles après ce genre d’histoire, les témoins devront égale­ment véri­fier que la camé­ra est en état de marche, ce après avoir télé­pho­né aux services de police en charge du quar­tier. Je vous laisse dès lors imagi­ner le dialogue ubuesque qui peut suivre qui donnant à peu près ceci :

Je suis dans la rue xxx où une personne a été victime d’un acci­dent. Je voudrais la secou­rir, mais pouvez-vous me confir­mer que la camé­ra placée à quelques mètres fonc­tionne ?

Atten­dez, on va véri­fier. Regar­dez vers la camé­ra et levez un bras.

Oui, c’est fait.

Non, on ne vous voit pas. La camé­ra est sans doute en panne.

Très bien merci, je m’en vais.

Faute de secours la personne acci­den­tée décède quelques minutes plus tard, mais le témoin a écono­mi­sé les quelques milliers de yuans qu’il aurait pu être obli­gé de verser.

Il y a bien sûr la malhon­nê­te­té des victimes et plus souvent de leurs familles, mais la plus grande part de respon­sa­bi­li­té en revient aux juges. Ceux-ci prenant le plus souvent en compte que les décla­ra­tions que de la seule partie plai­gnante, condamnent méca­ni­que­ment les Chinois à être indif­fé­rents devant une situa­tion pouvant fina­le­ment leur nuire. Plutôt que de prendre ce risque, nombreux sont ceux qui préfèrent tour­ner la tête ou regar­der en se gardant bien de la moindre inter­ven­tion, à moins qu’une camé­ra en état de marche puisse prou­ver leur bonne foi.