Poli­tique pratique : la Syrie dépla­cée aux portes de l’Europe

ukraineQu’il s’agisse des diri­geants améri­cains ou des plus belli­queux euro­péens, l’éloignement d’une inter­ven­tion mili­taire en Syrie a causé quelques aigreurs d’estomac. Sans la Russie, tout se serait passé comme prévu et les usines d’armements auraient rempli leurs carnets de commandes. Il y a bien eu les livrai­sons aux oppo­sants du régime en place, mais ces coûteux échan­tillons n’ont pas été suivis des retom­bées écono­miques espérées.

Pino­chet pour les États-Unis et Bokas­sa pour la France étaient des personnes sur qui l’on pouvait comp­ter. Pour la Russie par contre, on peut se deman­der à quoi ont servi les efforts finan­ciers consen­tis pour démo­lir l’URSS si un Poutine les réduit à néant. Il fallait donc trou­ver un autre terrain de jeu et par la même occa­sion rendre la monnaie de sa pièce à cet infâme régime russe protec­teur du dicta­teur Bachar el-Assad.

En pleins jeux de Sotchi, c’est l’Ukraine qui a été choi­sie pour diverses raisons. Tout d’abord, ce pays se trouve aux portes de l’Europe, ce qui évite aux « stra­tèges » euro­péens de devoir mettre en œuvre une lourde logis­tique. Pour les Améri­cains, cet aspect est moins impor­tant puisqu’ils sont partout. Cette omni­pré­sence a même fini par faire oublier le « A » conte­nu dans USA, les États-Unis d’Amérique étant deve­nus les États-Unis tout court en englo­bant divers pays tels que Japon, Philip­pines, Corée du Sud, Angle­terre, France, etc.

Pour­quoi l’Ukraine et pas un autre ?

1°) La corrup­tion qui règne dans ce pays favo­rise les coups d’État finan­cés de l’extérieur.

2°) Une écono­mie fati­guée pour qui la commu­nau­té euro­péenne ne peut rien alors que la Chine est prête à y inves­tir des sommes importantes.

3°) Des échanges commer­ciaux en nette hausse avec la Russie

Une partie des Ukrai­niens sachant qu’ils n’ont rien à attendre de la Russie en termes « d’avantages sociaux », est né un soudain senti­ment euro­péen, sans trop de doute ampli­fié par quelques meneurs rému­né­rés par des caisses plus ou moins noires.

Alors que certains pays membres de longue date de la commu­nau­té euro­péenne envi­sagent de la quit­ter, une partie des Ukrai­niens se verraient bien rejoindre les Roumains dans l’idéal euro­péen qui animent ces inten­tions. Que peuvent-ils y gagner ? Comme la plupart des pays histo­ri­que­ment pauvres : des subven­tions. L’Irlande, l’Espagne, le Portu­gal, la Grèce ont suivi ce chemi­ne­ment d’idées et ont mené l’Europe à être ce qu’elle est aujourd’hui, soit un immense terri­toire virtuel où une mino­ri­té de pays riches s’appauvrissent en aidant ceux qui attendent la manne votée par Bruxelles.

Que peut gagner l’Europe en tant que commu­nau­té écono­mique ? En premier lieu de la main-d’œuvre bon marché permet­tant de concur­ren­cer les produits chinois et ensuite quelques ressources prove­nant du sous-sol comme du gaz, du nickel, du manganèse.

Il faut toute­fois souli­gner que les aspects écono­miques sont ici secon­daires. Le plus impor­tant est d’affaiblir les deux puis­sances que sont la Russie et la Chine qui repré­sentent en s’unissant un poids supé­rieur à celui de l’ex- URSS. Si la voix de la Chine se fait peu entendre en grande partie du fait de sa présence mili­taire très limi­tée à l’extérieur de ses fron­tières, la Russie repré­sente une force non négli­geable. La puis­sance écono­mique de la Chine s’alliant à celle mili­taire de son voisin russe remet­trait en ques­tion l’hégémonie histo­rique des USA et de certains de ses alliés dont la France.

Depuis la guerre du Viet­nam, les Améri­cains ne visent plus les pays forts pour y impo­ser leur présence, mais les plus faibles. Trou­vant ici et là quelques diri­geants euro­péens prêts à jouer les va-t-en-guerre par vani­té, ils utilisent ces cour­roies de trans­mis­sion qui restent toute­fois sous étroite surveillance comme révé­lée par plusieurs affaires d’espionnage. L’Ukraine est la prochaine marche de cet ascen­seur risquant de mettre à nouveau face à face l’Europe de l’Ouest et celle de l’Est, les deux pouvant comp­ter sur le soutien payant des USA d’un côté et de la Russie plus la Chine de l’autre.