Photo­vol­taïque, la Chine va se tour­ner vers les pays émer­gents

solaireLes négo­cia­tions entre les avocats de la partie chinoise et la Commu­nau­té euro­péenne touchent à leurs fins dans l’épineux dossier du photo­vol­taïque. Enga­gées il y a plusieurs mois, les discus­sions n’ont que peu de chances d’aboutir à un accord et devraient se solder par une taxa­tion supplé­men­taire des panneaux solaires impor­tés de Chine allant de 30 à plus de 60%.

Les deux dernières propo­si­tions n’ayant que peu de chances d’être fina­le­ment accep­tées, c’est le 6 juin prochain que sera enté­ri­née cette mesure anti­dum­ping. La première solu­tion propo­sée concerne un quota annuel, mais avec plus de 200 entre­prises expor­ta­trices, cette voie a été aban­don­née par les repré­sen­tants chinois en raison des risques de corrup­tion. La deuxième propo­si­tion porte sur un prix mini­mum des produits expor­tés. Bien que la Chine soit inquiète de voir cette mesure servir de modèle pour d’autres litiges, dont les produits de télé­com­mu­ni­ca­tion, cette solu­tion reste celle privi­lé­giée par les repré­sen­tants chinois.

L’Europe étant un client majeur, la perte finan­cière sera énorme pour la Chine avec des retom­bées néga­tives sur l’emploi. Côté Euro­péen ce dossier s’est forte­ment poli­ti­sé, les diri­geants de plusieurs pays éprou­vant le désir de montrer leur déter­mi­na­tion et ainsi faire bonne figure auprès des opinions publiques. Les chances de parve­nir à un accord sur ce dossier étant des plus minces malgré certains soutiens côté alle­mand, les indus­triels chinois de ce secteur cherchent d’ores et déjà de nouveaux marchés. La Corée du Sud étant un impor­tant four­nis­seur de l’Europe, y construire des usines permet­trait ainsi de contour­ner la taxa­tion supplé­men­taire.

Faute de clients euro­péens, les indus­triels doivent trou­ver de nouveaux marchés. Si celui local repré­sente un impor­tant poten­tiel, la demande est faible pour des produits encore mal connus. C’est donc vers les pays émer­gents que se tournent les regards avec là aussi de grands espoirs. À moyen terme la Chine pour­rait inon­der ces pays de panneaux solaires à bas prix, ce qui aura pour effet secon­daire de barrer la route aux concur­rents occi­den­taux. Avant cela les entre­prises chinoises vont devoir pros­pec­ter ces marchés, ce qui deman­de­ra du temps et d’importants inves­tis­se­ments finan­ciers.

Bien que l’Europe semble sortir gagnante de ce bras de fer, ce n’est que dans quelques années que les résul­tats pour­ront être jugés. Les clients euro­péens suivront-ils cette démarche en instal­lant des produits photo­vol­taïques bien plus chers ? Rien de moins sûr. À cela il faut ajou­ter que la Chine produi­sant 95 % des terres rares dont certaines entrent dans la compo­si­tion de ces produits, elle ne manque­ra pas de faire jouer cet atout. Le paysage final risque forte­ment de se solder par un résul­tat « perdant-perdant » ne profi­tant à personne en dehors de ceux ayant besoin de prou­ver leur utili­té. Si les indus­triels chinois de ce secteur vont devoir revoir leurs ambi­tions à la baisse, il risque d’en être de même pour l’Europe concer­nant certains secteurs des expor­ta­tions vers la Chine. Parmi ceux-ci figurent le nucléaire civil et l’aéronautique. La Chine risque en effet de réduire certaines commandes d’Airbus dont elle n’a pas réel­le­ment besoin et qui n’étaient là que pour tenter d’équilibrer la balance. Qui a le plus besoin de l’autre ? Réponse dans quelques temps …